Bréviaire des vaincus - Expérimentations littéraires

Bréviaire des vaincus - Expérimentations littéraires

Par maitrenanar Blog créé le 30/04/10 Mis à jour le 26/07/14 à 13h50

Le Bréviaire des vaincus vous proposent une plongée originale dans la littérature : science-fiction, romans noirs, fantastique ou oeuvres inclassables. Nous sommes ouverts à toutes les propositions, ceci est un terrain propice aux expérimentations littéraires !

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Extrait
Même s'il est difficile de dater efficacement le mouvement humaniste en France, il n'en demeure pas moins que les humanistes français eurent une importance capitale dans l'évolution de la langue française. A une époque où les savoirs étaient l'apanage du latin, du grec, voire de l'hébreu, les écrivains de la Pléiade appuyèrent les initiatives politiques de François Ier, ordonnance de Villers-Cotterêts, pour faire du français une langue aussi noble que ses consoeurs.
 
Le français de l'époque n'était pas aussi normé qu'aujourd'hui. Il ne s'agissait pas d'une langue standard, ayant la stature d'une langue nationale, mais un panachage de dialectes. Accompagnant la mission unificatrice, politique, du roi, les écrivains de la Pléiade oeuvrèrent donc en français (poèmes de Ronsard, romans de Rabelais...) afin de prouver que leurs lointains camarades (artistes de l'Antiquité comme Homère) n'étaient pas le seuls à détenir les clés de la grande littérature.
 
 
 
Essai court, et très connu, Défense et Illustration de la Langue française de Joachim Du Bellay reste encore aujourd'hui une déclaration d'amour puissante au français. Du Bellay démontre en quoi le français est une belle langue, apporte des idées pour améliorer la langue et surtout lui déclare sa flamme. 
 
En relisant cette défense, je fus surpris à quel point les propos de Du Bellay pouvaient être d'actualité. Après tout, une langue n'est jamais éternelle, elle peut disparaître, devenir "morte" (latin, grec, des langues que les étudiants fuient de plus en plus, surtout au lycée. Ce qui signifie se couper d'une partie de notre héritage puisque nous sommes d'une culture européenne nous Français) ou connaître une véritable dévaluation du fait de l'incursion d'éléments étrangers (anglicisme, mots provenant de langues extra-européennes, etc.) voire d'un remplacement progressif. 
 
Une langue se nourrit des autres, c'est cela qui lui donne sa vitalité. Mais une langue doit aussi défendre son excellence et son assise. Le communautarisme est une volonté globale de faire sécession.  Autant du point de vue commerçant (commerces marquant une appartenance religieuse, ethnique), que du point de vue linguistique. Constater des tracts chinois pour des recrutements dans le 13ème arrondissement de Paris (cas déclinable pour d'autres communautés dans d'autres arrondissements), c'est constater le recul de la culture française, la petite mort de sa langue. 
 
Relire Du Bellay, c'est comprendre à quel point le rapport à notre langue doit prendre des airs de lutte (La Pléaide se définissait bien comme une "brigade"). Lutte contre les particularismes étrangers, contre la facilité (langage SMS, textes truffés de fautes de vocabulaire, de grammaire...). Comme un vêtement bien choisi, bien porté (donc pas de jogging au travail ou à un entretien d'embauche), la langue est le signe de l'effort, du respect d'autrui, de la volonté de s'extraire d'une misère sociale. Le vivre-ensemble commence par le respect du français standard. Le vivre-ensemble commence par le partage d'une culture nationale, donc d'une langue nationale.
 
"Pour conclure ce propos, sache, lecteur, que celui sera véritablement le poète que je cherche en notre langue, qui me fera indigner, apaiser, éjouir, douloir, aimer, haïr, admirer, étonner, bref, qui tiendra son plaisir"
 
" Le principal but où je vise, c'est la défense de notre langue, l'ornement et amplification d'icelle, en quoi si je n'ai grandement soulagé l'industrie et labeur de ceux qui aspirent à cette gloire, ou si du tout je ne leur ai point aidé, pour le moins je penserai avoir beaucoup fait si je leur ai donné bonne volonté"
 
"Pourquoi donc sommes-nous si grands admirateurs d'autrui ? Pourquoi sommes-nous tant iniques à nous-mêmes ? Pourquoi mendions-nous les langues étrangères, comme si nous avions honte d'user de la nôtre ?"
 
"Il me semble (lecteur ami des Muses françaises) qu'après ceux que j'ai nommés, tu ne dois avoir honte d'écrire en ta langue : mais encore dois-tu, si tu es ami de la France, voire de toi-même, t'y donner du tout, avec cette généreuse opinion qu'il vaut mieux être un Achille entre les siens qu'un Diomède, voire bien souvent un Thersite, entre les autres"
 
 
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Commentaires

maitrenanar
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maitrenanar
La question des professeurs se pose, et plus généralement des programmes fixés par l'éducation nationale. De toute façon, les raisons de cette baisse sont multiples. Pour ma part, j'ai attendu l'université pour avoir un vrai éclairage sur l'impact du christianisme sur la culture française (littéraire, etc.). La prof insistait sur ce point, alors qu'elle était athée et féministe. Elle avait simplement conscience qu'il fallait connaitre ces éléments pour comprendre pas mal de choses, retrouver des racines, ce qui ne veut pas dire devenir croyant.
Polochon
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Polochon
(En parlant d'orthographe, j'avais fait deux énormités... on va dire que l'heure n'a pas aidé. Et comme je viens de les corriger en douce, hopla que du feu!)

Encore une fois, c'est une bonne élève dans un lycée correct à Paris. Donc là, honnêtement, je jette plus la pierre à ses professeurs passés. Je suis à peu près persuadée que j'avais entendu parler de cette histoire/légende pour la première fois quelque part en primaire, sans doute sans rapport avec la religion, et justement en mettant en avant cette histoire de langues (parce que c'est un peu la base des choses là-dedans). On a beau dire, l'apprentissage ne passe pas seulement par la connaissance brute mais aussi par ces petites anecdotes qui permettent d'élargir sa culture générale, et d'une certaine manière mieux comprendre le monde. Surtout qu'elles représentent souvent de bonnes bases pour construire un cours (et dans plusieurs matières pour la présente).

Quelque chose s'est perdu dans l'apprentissage depuis quelques (dizaines d')années, la conséquence actuelle est une grosse perte dans la connaissance de la langue française chez les jeunes (encore que des linguistes diraient que c'est normal dans une langue -vivante-), et chacun a une part de responsabilité, professeurs compris. En y repensant, il est même possible que j'ai appris les grandes lignes de cette légende grâce à Ulysse31: la télé ça peut être "lebien", à condition d'être correctement utilisée!
maitrenanar
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maitrenanar
Anecdote intéressante qui montre aussi à quel point les jeunes générations sont coupées des références du passé (aussi bien les mythologies de l'Antiquité, que la culture chrétienne). La question de la filiation est importante et me semble essentielle dans un contexte de communautarisme galopant (justement pour le transcender et univers des particularismes). De même, cette anecdote est pour moi révélatrice de la baisse du niveau général. On pourrait prendre des exemples précis, comme l'orthographe (déplorable chez beaucoup d'étudiants, ce qui n'était pas le cas pour les anciens de l'époque du certificat d'étude). Lorsque l'on constate que les Français regardent, en moyenne, 3h50 (chiffre de mémoire) la télévision difficile d'être étonné. Bref, il faut relire Du Bellay et se replonger dans l'entreprise des humanistes. Ces gens ont lutté pour porter à son excellence la langue française, cette lutte ancienne prend parfois de drôles de résonances avec aujourd'hui.

Pour la citation d'Izis7r, j'attends le développement. Une phrase sortie de son contexte, sans explication, c'est poubelle.
Polochon
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Polochon
Tiens ça me rappelle une de mes élèves en anglais il y a quelques semaines, qui me disait qu'elle avait tenté de lire cet essai de du Bellay (à son programme pour le bac)... et laissé tomber à la première page, qu'elle ne comprenait pas. Ni une ni deux, je lui dis d'aller chercher le livre, et on va voir où et pourquoi ça bloque. Et en fait, elle ne comprenait pas pourquoi il était question de la tour de Babel. Elle connaissait l'histoire, grosso modo, pour le côté "vanité / on va se montrer aussi forts que Dieu!", mais n'avait visiblement jamais entendu parler de la partie "langue unique / langues multiples"...

Pourtant c'est une bonne élève, instruite, que ses parents amènent régulièrement dans des musées, au théâtre et au cinéma. Alors ceux qui ne bénéficient pas de ces ouvertures...

Ca avait l'air intéressant à lire en tout cas, il faut que je pense à y jeter un oeil attentif.
izis7r
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izis7r
« La langue laissée au panthéon des écritures et des politiques est une langue morte. »
Charles Pennequin

Édito

Oeuvrant sous le pseudonyme d'Alfoux, je vous propose ici de découvrir les talents d'hier (oubliés) et les talents d'aujourd'hui et de demain. Des personnes intelligentes et proposant des écrits sortant des sentiers battus.

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