Bréviaire des vaincus - Expérimentations littéraires

Bréviaire des vaincus - Expérimentations littéraires

Par maitrenanar Blog créé le 30/04/10 Mis à jour le 26/07/14 à 13h50

Le Bréviaire des vaincus vous proposent une plongée originale dans la littérature : science-fiction, romans noirs, fantastique ou oeuvres inclassables. Nous sommes ouverts à toutes les propositions, ceci est un terrain propice aux expérimentations littéraires !

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Extrait

Céline est certes l'auteur de romans denses, empruntant à la chronique et au genre du roman picaresque, commeVoyage au bout de la nuit ou Mort à crédit. Qu'il parle de la guerre, de l'enfance ou plus tard avec sa trilogie allemande (D'un Château l'autre...) d'une Europe plongée dans le chaos, Céline reste un écrivain massif. Ces récits ne sont jamais courts et demandent une attention soutenue du fait d'une écriture qui se complexifie au fil des écrits.

 
Entretiens avec le Professeur Y, de Céline

 


Seulement, Céline a également rédigé un court essai sous la forme d'un dialogue entre son double de papier et un interviewer (le professeur Y) : Entretiens avec le professeur Y. Un peu plus de cent pages pour un enchaînement de digressions truculentes au sein d'un seul entretien. On passe d'un sujet à l'autre avec la fougue de Céline, parfois excessif, pessimiste mais touchant souvent juste derrière des airs de carnavals littéraires. Céline critique le public, son mauvais goût tout en se moquant, en pastichant, le style de l'interview littéraire

L'extrait qui suit évoque tour à tour la crise de l'industrie du livre (déjà à l'époque) et la figure (ou le cliché) de l'écrivain qui enfante dans la douleur. Drôle et forcément singulier, du Céline en verve.

La vérité, là, tout simplement, la librairie souffre d'une très grave crise de mévente. Allez pas croire un seul zéro de tous ces prétendus tirages à 100000 ! 40000 ! ... et même 400 exemplaires ! ... attrape-gogos ! ... Alas ! ... Alas ! ... seule la « presse du coeur »... et encore ! ... se défend pas trop mal... et un peu la « série noire »... et la « blème »... En vérité, on ne vend plus rien... c'est grave ! ... le cinéma, la télévision, les articles de ménage, le scooter, l'auto à 2, 4, 6 chevaux, font un tort énorme au livre... tout « vente au tempérament », vous pensez ! et les « week-ends » ! ... et ces bonnes vacances bi ! trimensuelles ! ... et les Croisières Lololulu ! ... salut, petits budgets ! ... voyez dettes ! ... plus un fifrelin disponible ! ... alors n'est-ce pas, acheter un livre ! ... une roulotte ? encore ! ... mais un livre ? ... l'objet empruntable entre tous ! ... un livre est lu, c'est entendu, par au moins vingt... vingt-cinq lecteurs... ah, si le pain ou le jambon, mettons, pouvaient aussi bien régaler, une seule tranche ! vingt... vingt-cinq consommateurs ! quelle aubaine ! ... le miracle de la multiplication des pains vous laisse rêveur, mais le miracle de la multiplication des livres, et par conséquent de la gratuité du travail d'écrivain est un fait bien acquis. Ce miracle a lieu, le plus tranquillement du monde, à la foire d'empoigne, ou avec quelques façons, par les cabinets de lecture, etc..., etc... Dans tous les cas l'auteur fait tintin. C'est le principal ! Il est supposé, lui, l'auteur jouir d'un solide fortune personnelle, ou d'une rente d'un très grand parti, ou d'avoir découvert (plus fort que la fusion de l'atome) le secret de vivre sans bouffer. D'ailleurs toute personne de condition (privilégiée, gavée de dividendes) vous affirmera comme une vérité sur laquelle il n'y a pas à revenir, et sans y mettre aucune malice : « que seule la misère libère le génie... qu'il convient que l'artiste souffre ! ... et pas qu'un peu ! ... et tant et plus ! ... puisqu'il n'enfante que dans la douleur ! ... et que la Douleur est son maître ! ... » (M. Socle) ... au surplus, chacun sait que la prison ne fait aucun mal à l'artiste... au contraire !

L'article d'origine : http://breviairedesvaincus.blogspot.fr/2012/08/celine-et-la-crise-du-livre.html

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Commentaires

maitrenanar
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maitrenanar
En effet, c'est le seul fait reprochable à Céline (si procès il devait y avoir), une lettre de dénonciation pour avoir un plus grand poste. On est quand même loin de la responsabilité de Laval.

Céline était antisémite, ok, et ? Est-ce que l'on ressort cet élément du CV de Voltaire à chaque commémoration ? Ou lorsqu'on parle de Zola ? De Dostoievski ? C'est assez pénible d'en revenir toujours à ça. Il n'est pas le seul à l'être et les autres ne subissent cet éternel procès. Parlons style, récit, c'est déjà plus intéressant.
maitrenanar
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maitrenanar
J'ai du mal à faire des distinctions d'antisémitisme. Je pense que la pensée de Céline pouvait être proche de Jaurès ou de Zola. Céline attribuait au juif, de manière caricaturale (mais d'ailleurs les pamphlets ont un ton très bouffon, à moitié sérieux, à moitié comique), plusieurs maux dont l'argent. Céline, ce n'est pas Drumont. Pas d'étude minutieuse, entièrement premier degré. Ses pamphlets sont un déversoir où il tacle l'armée française, raille les Allemands, s'inquiète des Chinois, charge les Juifs...et propose la semaine de 35 heures (bien avant le PS). Bref, ça foisonne.

Tout ça pour dire que je ne fais pas de distinctions. Céline n'a pas été un collaborateur du régime de Vichy (contrairement à de nombreux pro-Dreyfusard, comme quoi ça ne veut rien dire : Etude de Simon Epstein, Le Paradoxe français). Il n'a pas signé de rafles, il a écrit des pamphlets mais que Vichy n'aimait pas vraiment (la fameuse exposition : "La France et le Juif" ne montre pas les pamphlets). Céline est un électron libre. Son antisémitisme est purement littéraire, comme Voltaire en son temps ou bien d'autres. Je m'en tiens à ça.
Blinis
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Blinis
Hum attention maitrenanar, je ne peux pas te suivre lorsque tu compares l'antisémitisme de Céline avec celui de Jaurès ou de Zola. L'antisémitisme de ces derniers n'a rien à voir avec celui de Céline ; celui de Jaurès et Zola est beaucoup moins important, ne serait-ce que par la place qu'il occupe dans leurs œuvres respectives, et surtout parce qu'il est teinté d'une révolte contre le pouvoir de l'argent, et non contre les juifs en tant que tels.

Céline, ça n'a juste rien à voir, à la fois dans la nature et dans le degré. Dans la nature, puisque ses pamphlets - et même certains passages de Mort à crédit - sont des tribunes contre "le" juif, qui cristallise les maux de la société, qui est une espèce détestable et dont il faudrait la débarrasser. Et dans le degré, puisque justement il participe de bon cœur et appuie les actions françaises dans l'oppression des juifs durant la seconde guerre mondiale. Certains Français ont joué le jeu de l'occupant ou de l'administration de Vichy, parfois par conviction, parfois par opportunisme. Il n'y avait, je crois, rien d'opportuniste dans les actions de Céline. Il n'y avait que de la conviction.

Maintenant, je suis d'accord qu'il ne faut pas jeter l'abruti avec l'eau de son bain, et qu'on peut très bien lire le Voyage aujourd'hui sans trop y remarquer grand chose d'antisémite.
maitrenanar
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maitrenanar
En effet, pourquoi Céline ? Car il est l'un des grands romanciers français du XXème siècle. Il a apporté un style inimitable, et inimité car trop casse-gueule (ça sent la copie), l'introduction de l'oralité dans l'écrit ; il a réactivé le roman picaresque (Voyage au bout de la nuit), rédigé un livre poignant sur l'enfance (Mort à crédit) et révolutionné le "je" du romancier. Différent du "je" de Proust mais aussi puissant en terme de révolution littéraire.

Les idées de Céline ? Lesquelles ? Avec le Voyage..., on le prend pour un anarchiste (des pages antimilitaristes), il est aussi virulent envers les colons. L'antisémite alors ? Comme Voltaire ? Zola (des pages du roman l'Argent) ? Dostoievski ? Jean Jaurès ? La liste est langue, surtout dans les lettres. On juge un romancier pour son style et ses récits. Céline est un grand romancier qui est devenu avec sa trilogie allemande un grand chroniqueur. J'avoue, comme Blinis, moins aimé la suite (la trilogie allemande justement). Le style atteint son paroxysme, éclatement total, etc. C'est un peu comme écouté du free jazz, c'est difficile sur une longue distance. Je préfère le Céline oral mais structuré des débuts (les deux premiers romans). Voilà.
Blinis
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Blinis

J'en connais assez sur l'auteur, pour ne pas avoir envie d'en connaitre plus. Je suis toujours assez surpris de voir la place qu'on lui accorde dans la littérature française, surtout après ses oeuvres des années 30, et ses agissements durant la seconde guerre mondiale.


C'est compliqué. La littérature française accorde une place à Céline surtout pour Voyage au bout de la muit, pour Mort à crédit et pour D'un château l'autre. Un certain public littéraire reconnaît aux pamphlets de Céline à la fois leur idéologie abjecte et leur grand style. En dehors de ces quelques œuvres, je trouve personnellement le reste beaucoup moins bien, et cela inclut le "texte" que nous présente maitrenanar.

Céline, c'est un style inimitable et totalement différent de la grande tradition de la littérature française, ce qu'il appelle la littérature à la Voltaire. C'est probablement un des plus grand dynamiteur de la langue française de l'histoire avec les surréalistes. C'est pour cela qu'il fait partie du Panthéon des écrivains, sans bien sûr cautionner quoique ce soit de ses idées, qui parfois transpirent dans ses textes - mais souvent dans les plus mauvais.
Astha
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Astha
J'en connais assez sur l'auteur, pour ne pas avoir envie d'en connaitre plus. Je suis toujours assez surpris de voir la place qu'on lui accorde dans la littérature française, surtout après ses oeuvres des années 30, et ses agissements durant la seconde guerre mondiale.
bigpaddle
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bigpaddle
Oki, j'avoue ne pas connaitre Céline du tout si ce n'est de nom/réputation et par la chanson qu'on chantait en colo :D
maitrenanar
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maitrenanar
C'est du Céline post-Voyage au bout de la nuit.
bigpaddle
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bigpaddle
Trop de "..." à la fin ;)

Édito

Oeuvrant sous le pseudonyme d'Alfoux, je vous propose ici de découvrir les talents d'hier (oubliés) et les talents d'aujourd'hui et de demain. Des personnes intelligentes et proposant des écrits sortant des sentiers battus.

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