Bréviaire des vaincus - Expérimentations littéraires

Bréviaire des vaincus - Expérimentations littéraires

Par maitrenanar Blog créé le 30/04/10 Mis à jour le 26/07/14 à 13h50

Le Bréviaire des vaincus vous proposent une plongée originale dans la littérature : science-fiction, romans noirs, fantastique ou oeuvres inclassables. Nous sommes ouverts à toutes les propositions, ceci est un terrain propice aux expérimentations littéraires !

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Extrait
Edgar Hilsenrath est un écrivain américain d'origine juive que la France découvre depuis quelques années seulement. L'homme est vieillissant, en fin de vie, mais ses écrits eux conservent une vraie fougue, une vitalité et surtout un sens de l'incorrect. 
Edgar Hilsenrath
Le Nazi et le barbier fit grand bruit, tout comme Fuck America ! narrant le destin de sa famille immigrant aux Etats-Unis. On était loin d'une vie dorée, d'une immigration joyeuse. Au contraire, Hilsenrath décrit un monde de rapines, de survie, de misère et de violence. Mais, c'est surtout avec Nuit que l'écrivain américain provoque un scandale. En particulier envers sa communauté d'origine, la communauté juive.
En effet, Nuit raconte la survie de différents personnages (Ranek, la vieille...), souvent Juifs, dans le ghetto de Prokov en Ukraine. La vision de ce ghetto est noire. On est très éloigné de l'image lisse, à l'américaine, de La Liste de Schindler. Devant la survie, plus d'humanité. On vole, on tue, on viole. Juif ou non, un homme reste un homme et lorsqu'il s'agit de survivre, au jour le jour, tous les coups sont permis. Nuit n'épargne personne, plonge le lecteur dans des scènes souvent insoutenables (dents extraites de force sur un homme à moitié mort, viols...), montre les vices de la communauté juive dans les ghettos (car ils sont d'abord hommes) et ainsi évite la posture de la victime idéale et propre sur elle.
Hilsenrath n'est pas antisémite, il affiche une lucidité sèche et brutale mais salutaire. Un pas en avant vers la réconciliation de tous. L'extrait qui suit, issu de Nuit, évoque la police juive (à la solde des Allemands) dans les ghettos. Une manière de dire "fautes partagées". Il n'y a ni victime idéale, ni coupable idéal mais des hommes avec leurs vices. Ni tout noir, ni tout blanc, un peu des deux.
"« Et pourtant » poursuivit Sigi devenu loquace, « ce n'est pas si fou que ça. Les autorités ne sont pas tombées sur la tête, et cette idée de police juive n'est pas con. Ca marche dans d'autres ghettos sous contrôle allemand. Pourquoi ça ne marcherait pas ici ? Les Roumains ont beaucoup appris des Allemands. Ils savent que la création d'une police juive donne aux rafles, comme on dit, un semblant de légalité. Tu me suis ? Si des juifs font la chasse aux juifs, ça a sa raison d'être. Pourquoi auraient-ils besoin de Roumains ? Ils peuvent nettoyer leur porcherie eux-mêmes. ». « La police juive n'est pas toute seule » dit Ranek. « Il y a encore des roumains et des Ukrainiens pour leur filer un coup de main. »". 

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Édito

Oeuvrant sous le pseudonyme d'Alfoux, je vous propose ici de découvrir les talents d'hier (oubliés) et les talents d'aujourd'hui et de demain. Des personnes intelligentes et proposant des écrits sortant des sentiers battus.

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