Bréviaire des vaincus - blog littéraire

Bréviaire des vaincus - blog littéraire

Par maitrenanar | Blog créé le 30/04/10
Dernière modification le 25/07/11 @ 20h34

Le blog d'un littéraire qui a survécu


25 Avril 2011 @ 08h12 -
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On en reparle depuis qu’il réédite son livre le plus sulfureux, et également son livre le plus connu, Jean Raspail revient pour nous parler de ses craintes, de son attachement à ses racines presque trente ans après son roman d’anticipation, Le Camp des saints.
Une armada de pauvres venue d’Inde débarque sur la côte d’Azur. Panique des différents pays, l’ensemble des migrants représentent tout de même plusieurs milliers de personnes. On suit le périple de ces cargos miteux en observant, à côté, le théâtre humain s'ébattre. Même si Raspail tombe parfois dans la caricature, il n’en demeure pas moins un styliste agréable et un analyste globalement pertinent. Le passage qui suit correspond à la tirade que lance le vieux professeur à un jeune hippie s’étant introduit dans sa demeure pour le menacer, ce dernier se réjouit de voir disparaître le vieux monde du professeur à la retraite. 
 Jean Raspail
 « C’est exact. J’ai toujours mené une vie paisible d’un professeur de lettres qui aimait son métier. Aucune guerre n’a eu besoin de mes services et les tueries d’apparence inutile m’affligent physiquement. J’aurais probablement fait un bien mauvais soldat. Toutefois, avec Actius, je crois que j’aurais joyeusement tué du Hun. Et avec Charles Martel, lardant de la chair arabe, cela m’aurait rendu fort enthousiaste, tout autant qu’avec Godefroi de Bouillon et Baudoin le lépreux. Sous les murs de Byzance, mort aux côtés de Constantin Dragasès, par Dieu ! que de Turcs j’aurais massacrés avant d’y passer à mon tour ! Heureusement que les hommes qui ignorent le doute ne meurent pas si facilement ! Aussitôt ressuscité, me voilà taillant du Savlon en compagnie des Teutoniques. Je porte la croix sur mon manteau blanc et je quitte Rhodes l’épée sanglante au poing, avec la petite troupe exemplaire de Villiers de L’Isle-Adman. Marin de don Juan d’Autriche, je me venge  à Lépante. Belle boucherie ! Puis l’on cesse de m’employer. Seulement quelques broutilles qui commencent à être mal jugées, de l’histoire contemporaine, une triste plaisanterie, je ne m’en souviens déjà plus très bien. Tout cela devient si laid : plus de fanfares, plus d’étendards, plus de Te Deum. Pardonnez la pédanterie d’un vieil universitaire radoteur. Evidemment je n’ai tué personne, mais toutes ces batailles dont je me sens solidaire jusqu’au plus profond de mon âme, je les revis toutes en même temps, j’en suis l’unique acteur, avec un seul coup de feu. Voilà ! »
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Alexis Hassler

Ancien littéraire, bibliothécaire, je profite de mon temps libre pour lire, regarder des films, jouer et écrire en attendant de devenir une star planétaire.
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