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The Bast-Cave

The Bast-Cave

Par Bast6 Blog créé le 21/08/10 Mis à jour le 25/03/17 à 21h16

Le blog d'un monteur vidéo ayant biberonné à grands coups de sprites et polygones.

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Cinéma (Cinéma)

 « Anger Therapy »

Pays :
Etats-Unis, Royaume-Uni
Genre :
Action, Aventure
Réalisation :
Christopher Nolan
Avec :
Christian Bale, Michael Caine, Liam Neeson...
Durée :
2h20
Sortie :
15 Juin 2005

Avertissement : cette critique peut contenir des spoilers.

Synopsis :
Comment un homme seul peut-il changer le monde ? Telle est la question qui hante Bruce Wayne depuis cette nuit tragique où ses parents furent abattus sous ses yeux, dans une ruelle de Gotham City. Torturé par un profond sentiment de colère et de culpabilité, le jeune héritier de cette richissime famille fuit Gotham pour un long et discret voyage à travers le monde. Le but de ses pérégrinations : sublimer sa soif de vengeance en trouvant de nouveaux moyens de lutter contre l’injustice.

Critique :
On est en 2005. Marvel Comics et Sony/Columbia Pictures se frottent les mains et nagent dans leurs piscines de dollars tels l’Oncle Picsou grâce au succès de leurs deux premières adaptations cinématographiques du célèbre Spider-Man, porté à l’écran par un Sam Raimi certes de talent mais loin de sa classe habituelle (ceci n’engage que moi). Constat inadmissible pour Warner Bros, la société mère (propriétaire) du concurrent principal de Marvel : DC Comics qui prend la décision de relancer sa vague d’adaptations cinématographiques de ses franchises de bandes-dessinées et principalement des deux plus grosses : Batman et Superman (qui restera tellement moins bien traité par le cinéma que la chauve-souris avec un Superman Returns mauvais et d’un autre temps et un Man of Steel qui passe à côté de son sujet et qui échoue dans sa volonté de crédibilité à cause d’un Zack Snyder surexcité qui ne peut pas s’empêcher d’en foutre partout). Seulement voilà, le chevalier noir a laissé quelques traces de pneu sur les écrans de cinéma avec ses deux dernières adaptations foireuses et imbitables (mais pas dénuées de bonnes intentions… Probablement) signées Joel Schumacher en 1995 et 1997. Le studio part donc avec une volonté de relancer sa franchise au cinéma en tranchant complètement avec ce qui a été fait. David S. Goyer, scénariste qui a bossé entre autres sur Dark City de Alex Proyas, sur Blade et Blade 2 (une franchise Marvel) ou encore Mission To Mars, est choisi pour l’écriture du projet tandis que la chaise du réalisateur est proposée à Christopher Nolan dont les deux précédents films, Memento et Insomnia, l’ont propulsé sur le devant de la scène et lui ont donné une vraie crédibilité auprès du studio.

Ce qui a probablement motivé Warner à signer Nolan sur le projet Batman Begins, c’est sa volonté de reprendre le récit à zéro et de l’ancrer dans une narration la plus réaliste possible et centré sur le conflit intérieur du personnage de Bruce Wayne plutôt que sur Batman lui-même. Ainsi, on nous raconte la naissance du super-héros. Une naissance dans la douleur, dans le conflit intérieur et dans le sang. Plutôt que d’un Bruce Wayne dépressif qui décide un jour en voyant une chauve-souris de devenir justicier, c’est un adolescent rongé depuis son enfance par l’assassinat de ses parents et dont la rage se transforme en violence et le pousse à envisager le meurtre au tribunal du criminel responsable de son statut d’orphelin bourgeois. Éc½uré par la criminalité grandissante à Gotham City, éc½uré également par lui-même (culpabilité du survivant), Bruce craque son slip et décide de s’exiler en Asie et de se mêler aux criminels afin de comprendre le monde qui lui a enlevé ses parents. Nolan dresse ici les bases de son arc narratif ultra simple proche de la tragédie : la chute, l’apprentissage et la rédemption. Bruce Wayne fait la rencontre de Ducard, homme de main d’un certain Ra’s al Ghul, le leader de la Ligue des Ombres, sorte d’organisation criminelle de ninjas défoncés à la toxine de la peur et qui prétend vouloir rétablir la Justice dans le monde en faisant tomber les sociétés occidentales rongées par la corruption et le crime pour les faire renaitre de leurs cendres. Forcément, voyant Wayne à sa porte, c’est une aubaine financière et politique pour le groupe puisqu’il compte le renvoyer vers Gotham pour accomplir leur funeste projet. Sauf que Bruce se sort la tête du fondement, se rend compte de l’embrouille dans laquelle il est et décide de trahir le groupe et de retourner vers Gotham pour mettre à profit ce qu’il a appris (la muscu, la bagarre et l’art du déguisement over-the-top). Il revient, met à profit le département R&D de Wayne Enterprises mais dans le feutré afin de confectionner ses bat-accessoires et il a juste le temps de faire la bise à Lucius Fox interprété par le génial Morgan Freeman qu’il doit déjà démêler une affaire de toxine de la peur mise en place par l’Épouvantail alias le Dr. Crane joué par Cillian Murphy. Bref, en fait tout ça c’était une machination de la Ligue des Ombres, Ducard était en réalité le vrai Ra’s Al Ghul et c’est lui qui veut contaminer tout Gotham pour lancer un mouvement de panique, une guerre civile et finalement achever la ville et tutti quanti sauf qu’évidemment Batman lui botte le cul et tout va bien. Sauf qu’en fait non car un criminel masqué, violent et dangereux qui signe ses crimes en laissant une carte à jouer de la figure du Joker apparaît en ville et est engendré par la médiatisation de Batman et fin. Oui, fin.

Nolan réussit sa démarche de réalisme en noyant la quête initiatique de son personnage au milieu de sous intrigues sur fond de mafias, de police corrompue (à part Jim Gordon qui comme de par hasard est le flic qui a consolé Bruce enfant le soir de la mort de ses parents… On y reviendra dans deux films…) et de dépression du personnage. Et ce que le réalisateur a bien compris c’est que Batman n’est pas un super-héros : c’est un justicier au sens le plus primaire du terme, et égoïste en plus. Il ne cherche pas à faire « triompher la justice youpi » mais à se venger de son malheur personnel à lui en s’en prenant à tous les criminels façon « plus jamais ça ! ». Noble projet, mais qui reste égoïste, froid et qui fait marcher le personnage sur la ligne jaune et ça le réalisateur l’a bien compris. Pour appuyer son propos, Nolan s’appuie sur deux choses : une réalisation froide et une esthétique réaliste. Exit le gothique de Tim Burton, place à la froideur des immeubles de Chicago (lieu de tournage des extérieurs du film), à la crasse et à la puanteur des dealers, meurtriers et criminels. Le réalisateur n’aime pas le numérique alors son film est tourné en pellicule, les cascades sont tournées en réel et le numérique ne viendra que gommer quelques détails ou ajouter des matte paintings. La lumière est froide. La narration est en mouvement. Mais c’est un peu le propre du cinéma de Nolan, un de rares réalisateurs actuels à Hollywood à ne pas avoir peur de l’ellipse. Il va à l’essentiel, le montage est découpé. Mais l’image est toujours impeccablement soignée et organique. Tout n’est pas une réussite bien sûr. Les combats, d’une part, parce qu’ils sont filmés en longue focale avec un effet caméra épaule rendant la lecture compliquée (n’est pas Paul Greengrass qui veut ! ). Ou bien certaines facilités de scénario qui s’acharnent à justifier l’arsenal du personnage. Enfin, si Nolan est un grand cinéaste qui aime la narration complexe, on ne peut s’empêcher dans ce retour de Batman de ne trouver qu’une histoire simpliste complexifiée par des artifices de narration. C’est plaisant, carrément même, mais ça fait un peu écran de fumée. L’histoire ne va jamais assez loin du côté de la corruption de la figure réaliste de la Justice (la police, les magistrats) et nous en parle plus comme d’une excuse au comportement de Bruce Wayne qu’autre chose. C’est dommage, même si on apprécie la moue frustrée de Christian Bale dans le rôle du milliardaire (et beaucoup moins son délire de changer sa voix en forçant quand il porte le costume) d’autant que ce dernier est épaulé par un Michael Caine dans le rôle de son majordome Alfred absolument fantastique ainsi qu’un score signé Hans Zimmer de toute beauté, tout en puissance et en crescendos.

Note : 7/10

Malgré le talent du réalisateur, un casting de luxe XXL (Gary Oldman, Liam Neeson, pas Katie Holmes !…) et une volonté de raconter l’histoire au travers du regard de Bruce Wayne et non de Batman, d’un personnage déchu, dépressif, en quête de rédemption, Batman Begins ne parvient pas aux sommets qu’il laissait espérer. C’est une fondation solide à un édifice prometteur, mais trop de détails maladroits l’empêchent de transcender son propos.

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Commentaires

Édito

Tombé dans la marmite de pixels et le ragout de pellicule depuis tout petit, il a fait ses armes dans le milieu du film amateur avant de faire une école de cinéma et d'en ressortir monteur et étalonneur barbu ascendant scénariste réalisateur. Tendance à l'éclectisme même si c'est un sport fatigant, c'est avec une tendresse sévère qu'il brûlera de tout son cosmos pour transmettre ses passions à ses lecteurs. En temps normal, il ne parle pas de lui à la troisième personne non plus. Ne pas nourrir après minuit.

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