LE PHYLACTERE
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DEBATS

Le Jeu vidéo, c'est qui ? C'est quoi ? Certains disent que c'est le refuge cathartique d'une bande d'adolescents sociopathes qui cherchent tant bien que mal à échapper à une réalité malheureusement médiocre. D'autres évoquent l'hypothèse qu'il s'agit d'un art. D'autres encore, de l'industrie culturelle la plus prolifique qui soit. Il paraitrait que le jeu vidéo, ça doit forcément être amusant, car ça ne s'appelle pas comme ça pour rien. Mais on dit aussi que le jeu vidéo, c'est l'interaction, et qu'à partir de là on peut s'autoriser à parler de tout sans se limiter au sens premier et benoît de ce terme barbare. Et si on ne savait pas vraiment ce qu'est fondamentalement le jeu vidéo ? Comment le saurions-nous, d'ailleurs, puisque nous n'avons même pas encore commencé à y réfléchir.

Aujourd'hui, alors que la presse papier est en état de mort cérébrale, et que le modèle économique de la presse web l'amène à faire le tapin pour quelques maigres exclusivités, l'amateur du médium vidéoludique se tourne vers le livre traitant de son histoire. Grâce à des gens comme Florent Gorges, ces plumes qui vont sur le terrain pour leurs recherches et qui nous proposent des oeuvres d'une importance  pour beaucoup insoupçonnée, nous pouvons poser noir sur blanc la jeune histoire d'une culture déjà vaste. Une tâche irremplaçable dont nos enfants mesureront la portée lorsque des Miyamoto nous auront quittés depuis plusieurs générations.

Aujourd'hui donc, je peux en apprendre plus sur les jeux, les gens qui les ont créés, et les machines qui les ont faites tournés. Que demander de plus ? Tellement plus pourtant...

Même s'il faut bien sûr s'en féliciter, nous sommes malgré tout cantonnés à parler d'Histoire du jeu vidéo et uniquement d'Histoire. Si ici je ne viendrai pas m'étendre plus que de raison sur la presse vidéoludique qui mériterait une attention toute particulière, c'est le discours général que nous portons à ce médium qui m'interpelle.

Si nous passons tant de temps à nous disputer sur l'identité-même du Jeu Vidéo, que ce soit dans les grands média généralistes, ou même en des sphères bien plus réduites ; n'est-ce pas parce que nous n'avons finalement jamais cherché à l'analyser pour savoir ce qu'il était fondamentalement ? Le jeu vidéo regroupe l'oeuvre créative, l'industrie qui gravite autour du commerce de ces oeuvres, ou la dénomination générale du groupement de ces oeuvres en tant que médium. Et le pire, c'est que nous avons conservé ce terme depuis qu'un scientifique américain a eu l'idée géniale de jouer avec un oscilloscope.

Le Cinéma ne s'est pas appelé ainsi à sa naissance. Lui aussi a commencé comme une attraction technologique de fêtes foraines. Des oeuvres courtes portées par la tromperie saisissante du mouvement. Une évolution lente, qui a pris le temps d'infuser, non sans heurt, pour donner l'art indiscutable qu'il est aujourd'hui. Et si on accepte du septième art qu'il puisse nous offrir à la fois de véritables merveilles tout comme il peut voir germer des navets sans âme ni morale, la difficulté est tout autre avec le jeu vidéo.

Comme nous ne prenons jamais le temps de parler de fond, nous ne savons pas trop de quoi nous parlons, cultivant chacun de notre côté une définition qui nous corresponde, alimentant cette défiance de plus en plus forte entre les joueurs, la presse et l'industrie.  Mais c'est qui déjà, le joueur ?

La moitié de la population française jouerait régulièrement aux jeux vidéo. Mais cette statistique a-t-elle réellement un sens ? Est-ce qu'on s'est déjà risqué à qualifier de cinéphile toute personne ayant déjà vu un navet roumain à trois euros sur NT1 ? Tu joues, ou tu ne joues pas. Si tu joues, tu es un joueur, et si les joueurs sont des cons, tu es donc con. CQFD.

A noter d'ailleurs que le joueur est dépourvu du suffixe « phile ». Doit-on comprendre par là que le joueur est par définition un passionné, un amateur, et qu'il serait malvenu de grossir le trait ?

Et si certains se proclament comme des Ludophiles, c'est plus par un souci de fond et d'analyse que par pure velléité de différenciation.  Chercher à se différencier de la masse, tout en voulant se faire accepter par elle, c'est une notion qui dépasse de loin le cadre vidéoludique, et il serait parfaitement idiot de croire que seuls les joueurs s'échinent à séparer leur catégorie d'individualités par d'autres sous-catégories.

Tout comme nous cherchons à savoir qui nous sommes par ce qu'on aime, nous cherchons également à savoir ce que c'est, cette chose que l'on aime. Ce qu'elle représente, à la fois pour nous, mais dans notre société. Quelles sont les influences des créateurs, quels sont les discours, les propos ou les idéologies véhiculés au sein de ces oeuvres ? Dois-je me prendre à ce point la tête alors qu'il ne s'agit finalement « que » de jeu vidéo ? A cette question je répondrai qu'il en est plus que temps, car cette question qu'on retrouve si souvent demeure à elle-seule la plus grosse insulte faite à ce médium. Parfois proférée par ces propres défenseurs.

Nous sommes sans doute dans cette époque charnière qu'a vécue le cinéma dans les années 70 avec l'arrivée de La Nouvelle Vague et du Nouvel Hollywood. Une époque où les gens qui critiquaient autrefois un médium dont ils jugeaient depuis longtemps la valeur galvaudée, ont décidé qu'il était temps de montrer le cinéma comme ils l'entendaient plutôt que d'attendre que l'évolution se fasse d'elle-même ; ce qui amena à mettre les créateurs au premier plan. Un système cyclique qui arrive aujourd'hui à bout de souffle, comme la fin d'une génération qui doit laisser la place à celle qui s'en est nourrie, et qui se trouve elle-aussi avec un besoin d'inédit.

Comme le cinéma avant lui, je suis persuadé que le jeu vidéo a besoin d'un discours de fond pour évoluer. Et la lassitude grandissante de nombre de joueurs que les plus cyniques prennent pour un caprice d'enfants gâtés, est peut-être ce qui peut arriver de mieux à ce médium.

Le jeu vidéo a besoin de courants de pensée. Il a besoin de gens qui pensent qu'il ne suffit pas à un jeu d'être bon techniquement pour être bon fondamentalement ; que les développeurs massacrent de plus en plus souvent la maîtrise du gameflow, nous polluant toujours plus avec leurs écrans d'astuce pour nous apprendre à jouer. Mais nous avons besoin de théoriciens, des gens qui prennent le temps de réfléchir sur ce qu'est ce médium, ce qu'il peut être, ses dualités et ses contradictions.

L'industrie a attendu près de trente ans avant de découvrir la Méthode Cerny qui a théorisé et rationalisé la manière de concevoir le jeu vidéo en tant qu'outil de développement. Trente ans pour analyser la manière la plus intelligente de produire. Nous sommes à peine entré dans l'ère de l'héritage, ce besoin de récolter son passé pour mieux le transmettre aux générations futures. Je veux voir poindre le jour où on ne me dira plus seulement que «Solid Snake est à n'en pas douter une icône du jeu vidéo» ou que «Avec sa durée de vie convaincante et ses graphismes toujours bien léchés, ce jeu est encore aujourd'hui un pur plaisir à découvrir».

 

Cela fait plus de vingt ans que je joue aux jeux vidéo, et je ne sais toujours pas ce que c'est finalement. Comme un adolescent en quête d'identité, il est irritable, agaçant, explosif... Il grandit plus vite qu'il ne mûrit, c'est exaspérant. Mais c'est une étape naturelle dont nous avons la responsabilité. Dans ce climat bouillonnant, la plus grossière erreur serait justement de fermer nos gueules, au risque de subir les foudres des privilégiés qui ne veulent vraiment pas nous voir bousculer l'ordre établi. L'immaturité n'est pas de croire que la manière de parler et penser le jeu vidéo doit changer, mais de croire que stagner était une solution... 

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Commentaires

Voron
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Voron
En fait la seule reconnaissance qu'obtient le JV actuellement c'est en grande partie celle de son propre public.
On à le droit de croire à son potentiel, d'y voir en lui un nouveau canal de diffusion de message, de développer des jeux qu'on pense qu'il vont être marquant d'une manière ou d'une autre. Mais les dev qui font des jeux pour être reconnu par le plus grand nombres, ça donne juste des triple A sans âmes.
Voron
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Voron
Bon bah j'allais dire la même chose que Liedh è_é
Actuellement les éditeurs de triples A font du pognon avant de faire des jeux. On en fait des tonnes pour impressionner l’acheteur avec des super moteur graphiques, des explosions partout etc. Un trailer de JV aujourd'hui c'est quasiment un trailer de cinéma. Sauf que le jeu vidéo, c'est pas du cinéma, mais le grand public l'a oublié.
Si on veut une évolution, il faut justement rétrograder à un point ou les productions redeviennent quelque chose de plus humble, de plus personnel. Mais pour ça il faudrait une place pour les petit studios qui tente la fraîcheur aux cotés des "géants", et ça c'est pas gagné, vu qu'on les voit ni à l'E3, ni à la télé, ni en magasin.

Je ne sais pas trop comment ça va évoluer, mais je ne pense pas que dans l'immédiat, le JV ait besoin d'une reconnaissance égale à celle des autres médias. La reconnaissance, on l'aura quand le JV aura vraiment vieilli. Notre génération a grandit avec le JV, on s'identifie trop à lui, et donc forcément on cherche à être reconnu parce que le JV, c'est nous.
On verra plus tard quand la nouvelle génération de joueurs qui ne sera pas né avec portera un regard différent de celui qu'on porte actuellement.
En attendant on peut continuer à jouer tranquillement, ou même jouer en réfléchissant à ce que le jeu auquel on est en train de jouer veut dire, comprendre comment il est construit... Et aussi essayer de donner une bonne image de notre communauté. Parce que quand à chaque fois que quelqu'un dit du mal du JV, la communauté de gamer s’énerve et fait son petit caprice, venir demander de la reconnaissance en tant que média mature, c'est un peu fort...

Pour les réflexion poussée et éclairé sur des sujets pointu du JV il faut pour l'instant se tourner vers les blogueurs. Les journalistes sont des professionnels, et doivent être lu, donc ils écrivent des choses que les gens veulent lire. La recherche d'un message profond et caché, l'analyse d'un gamedesign ou leveldesign, n’intéresse malheureusement pas le grand public. C'est un cercle vicieux...

Enfin, en ce qui concerne les développeurs plus modestes (les indés en particulier), quand je vois ce que certains sont capables de faire, je me fait pas trop de soucis pour l'avenir du jeu vidéo.
Zinzolin
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Zinzolin
@Le Gamer aux Mains Carrées : Là, bizarrement, tu m'as enlevé un lourd poids. Même si j'ai l'impression qu'on est peut-être déjà trop de à avoir l'intention d'être théoricien et que ça témoigne d'un soucis en profondeur. (Bon, on sait tous ce qu'il est : pognon !!)
Le Gamer aux Mains Carrees
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Le Gamer aux Mains Carrees
Quand on a des mecs passionnés ET talentueux pour porter un projet, on n'a pas besoin de théoriciens.
Dès qu'on a besoin de théoriciens, par conséquent, c'est que le domaine en question va mal en amont, et qu'on essaie de soigner des symptômes plutôt que le mal.
BlackLabel
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BlackLabel

Si on veut que le jv soit reconnu, au moins en partie, pour ce qu'il a de meilleur à offrir, faudrait (je pense) qu'on se mette à en parler et arrêter de faire du putain de wiki.



Moi je m'en fous que le jv soit reconnu, je veux juste des jeux faits intelligemment sans héros débilos qui s'auto-régènere... C'est pas des théoriciens dont on a besoin, juste de vrais devs qui font des bons gameplays.
johan26
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johan26

Après, je suis d'accord avec la chute des AAA et le renouveau des indés. Les coups sur next-gen vont les obliger à revoir leurs chiffres, leurs ambitions et leurs objectifs.


Molo molo , peut etre que l'indie c'est un phénomène de mode , il y a un moment où les gens vont finir par en avoir marre de toujours voir les memes niveaux en 2D avec des sprites , marre de ces jeux où on aura tout fait sur de la 3D sans beaucoup de contenu , marre de ces jeux bac à sable par centaines où on ne découvre plus aucune histoire.

C'est dommage de s'en prendre au AAA
Zinzolin
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Zinzolin

On a tous connu des fulgurances, des moments de grâce dans un jeu, qui n'avaient pas de lien avec un scénario ou une cinématique.


Combien de moments de grâce pour de moments quelconques ? Je veux bien parler des quelques coups de génie de Spec Ops : The Line, Bioshock 2, Bioshock Infinite ou Silent Hill Downpour, mais après faut parler du fait que dans l'un de ses jeux je passe la moitié de mon temps à fouiller des poubelles, que certaines mécaniques de jeu jurent avec le propos principal ou que l'un d'entre-eux n'a pas su trouver des design de créatures effrayantes.

On a peut-être deux écoles dans ceux qui veulent la maturité du jeux vidéo : ceux qui en montre les victoires, les prouesses et les coups de génie et ceux qui se plaignent sans cesse de ses mécaniques crasses, de ses errements qui nuisent à la plus simple des cohérences. C'est pour ça que j'en attends plus du discours des créateurs parce que laisser plus d'une dizaine de type aux commandes d'un jeu ça offre quelque chose de limite schizophrène.

Après, je suis d'accord avec la chute des AAA et le renouveau des indés. Les coups sur next-gen vont les obliger à revoir leurs chiffres, leurs ambitions et leurs objectifs.
Le Gamer aux Mains Carrees
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Le Gamer aux Mains Carrees
Je suis tout à fait d'accord là-dessus.

Mais avant-même de m'occuper de la narration proprement dite, je pensais avant tout aux pitchs, backgrounds, univers (quand il y en a), personnages et tout le toutim, quand il y en a.
Anfalmyr
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Anfalmyr

Mais tant qu'il réclamera à corps et à cri cette noblesse de statut à laquelle il aspire (pour des raisons tout ce qu'il y a de plus superficielles), il passera aux yeux du monde pour ce qu'il est : un enfant de 5 ans qui veut qu'on le considère comme un grand et qu'on lui donne de l'argent de poche.


Je suis totalement d'accord avec cette partie. On ne peut pas réclamer une once de légitimité si on n'est pas capable de mûrir, non pas pour que le regard des autres changent, mais avant-tout pour nous-même.

Et tu parlais de scénaristes, mais le jv n'a pas "besoin" d'un scénariste conventionnel dans les faits. C'est le souci qui me gène dans bcp de jeux aujourd'hui, c'est l’enchaînement de "gameplay-découverte objets qui alimentent le background-cutscene". Petit à petit on perd cette notion de nous raconter l'histoire à travers le pad.

L'idée derrière Bastion, de narrer nos actions en temps réel, c'est déjà quelque chose de très intéressant, une idée de narration qui prend en compte l'action du joueur. C'est pas la panacée mais c'est une idée intéressante.

Qu'est ce qui fait que dans un DayZ j'ai l'impression d'avoir vécu une histoire de survie encore plus ouf que dans Last of US? Sans mission, sans objectif formel, sans scénario, rien qu'avec du gameplay.

On a tous connu des fulgurances, des moments de grâce dans un jeu, qui n'avaient pas de lien avec un scénario ou une cinématique. Je pense que la prochaine chute des AAA va amener les "indés" à porter une nouvelle génération comme l'ont fait les gars de Zoetrope pour le ciné. Une génération qui sera amenée à décliner avec le temps, qui ne sera pas parfaite, qui aura ses défauts, mais qui apportera quelques décennies de fraîcheur.
Le Gamer aux Mains Carrees
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Le Gamer aux Mains Carrees
Moi, je suis plutôt d'accord avec Snake (QUELLE SUR-PRISE ! :lol:), même si je trouve l'article d'Anfa intéressant et bigrement bien écrit.

Affichant quelques années au compteur, j'ai connu un temps où le jeu vidéo n'était, effectivement, considéré que comme un jeu, un produit de divertissement pur, auquel on se contentait... de jouer, comme ça, sans se poser de questions, sans y réfléchir, sans chercher à y trouver d'autres choses, quelles qu'elles soient... Une époque où le positionnement de chacun vis-à-vis du média était plus simple, mais aussi plus sain, et se faisait spontanément, de manière on ne peut plus naturelle. Il ne me serait jamais venu à l'esprit, alors, de revendiquer le moindre statut assorti : je jouais aux jeux vidéos, entre autres choses. Je n'avais pas besoin d'une étiquette assortie.

ça n'empêchait pas les devs de se casser la tête pour proposer de nouvelles choses, pour expérimenter, pour tenter d'amener les joueurs vers d'autres horizons, pour essayer de donner à leurs œuvres un peu d'art ou un peu de réflexion. Au contraire, même : de mémoire de gamer, la période était autrement plus faste et prolifique que celle dans laquelle nous évoluons (ou plutôt, n'évoluons pas) aujourd'hui.

Et pour cause : les coûts de développements étaient moindres, les aspirations au profit plus raisonnables, l'humilité et la passion primaient de part et d'autre, en grande partie parce que chacun savait rester à sa place, et même s'en réjouir : passionnés et sans plus de prétentions que cela, du côté des créateurs comme de celui des consommateurs. En substance, la scène JV de l'époque ressemblait à la seule scène indé d'aujourd'hui. Pour le meilleur et... pour le meilleur.

Mais voilà, on jouait, et on n'avait pas besoin de plus de caution que ça.


Ce qui gangrène le jeu vidéo, aujourd'hui, à mon sens, outre la "philosophie AAA" et ses sacrosaints objectifs de vente, c'est justement cette volonté de tailler au média un panthéon sur-mesure dont le joueur pourrait profiter par ricochet, histoire de pouvoir bomber le torse et se donner de grands airs en bonne société, comme c'est d'ores et déjà le cas à longueur de forums. Mais en quoi cela amènerait-il un mieux, un vrai, qui excéderait le seul seuil des apparences ?
La critique littéraire ou cinématographique n'a de sens qu'aussi longtemps qu'elle est l'alpha et l'omega de la démarche qui la sous-tend : or il faudrait être dans un déni carabiné pour ne pas voir que les trois quart du temps, cette critique cherche juste à utiliser les oeuvres d'autrui pour briller en leur nom, tout en se dispensant du moindre acte créatif ou de la moindre étincelle de génie. Pour une poignée de gens honnêtes et talentueux, combien de parasites, de fats et de pervers narcissiques en représentation permanente ? "Si tu ne sais pas écrire un livre, fais-toi critique littéraire ou prof de Fac". Est-ce bien ce qu'on souhaite pour le jeu vidéo ?

Car quand on creuse, on se rend compte que "se prendre au sérieux" ne peut amener à rien de bon, à moyen terme. Se prendre au sérieux, c'est déjà, sans le savoir, se poser des limites de fonds et de forme (pour de mauvaises raisons, qui plus est) là où, au contraire, on devrait s'accorder toutes latitudes, au risque de se planter ou de passer pour des hurluberlus. C'est comme ça qu'on avance : à la Gondry plutôt que façon "Nouvelle Vague" (et consorts), mouvements qui finissent par s'autoscléroser et s'auto-dévorer de l'intérieur. A l'opposé, ne pas se prendre au sérieux n'empêche pas de travailler... avec tout le sérieux du monde, voire-même au-delà. Libérés des chaînes du regard d'autrui et de l'image de soi que l'on espère donner, ou des obligations de "brosse à reluire" qu'on se sent avoir vis-à-vis des joueurs.

Pour moi, le problème est inverse : le jeu vidéo doit apprendre à redevenir modeste, tant du côté des devs que des joueurs. Quant il cessera de vouloir se prendre pour ce qu'il n'est pas, alors seulement, il pourra peut-être devenir ledit quelque chose. Mais tant qu'il réclamera à corps et à cri cette noblesse de statut à laquelle il aspire (pour des raisons tout ce qu'il y a de plus superficielles), il passera aux yeux du monde pour ce qu'il est : un enfant de 5 ans qui veut qu'on le considère comme un grand et qu'on lui donne de l'argent de poche.

Au-delà, l'autre gros problème, c'est qu'avant de vouloir "penser", encore faudrait-il s'assurer qu'on en a les moyens intellectuels, car cela ne coule pas de source. Pour disséquer, théoriser, mettre à plat, dépasser, il ne suffit pas d'avoir l'impression d'être en capacité de le faire. LOIN S'EN FAUT. Aujourd'hui, à ma connaissance, il n'existe pas UN SEUL bon scénariste dans le domaine du jeu vidéo, par exemple, ce qui tend à démontrer de réelles limitations intellectuelles, qu'elles soient naturelles ou forcées "pour ne pas faire peur au joueur". Et pour ce qui est de ce dernier, il suffit de le lire se la péter à tort et à travers à longueur de forums avec une prétention n'ayant d'égale que sa maîtrise approximative du français pour réaliser qu'avant de pouvoir penser ne serait-ce que convenablement à quoi que ce soit, lui aussi aurait un grand besoin d'apprendre l'humilité, voire de retourner à l'école pour réapprendre les bases.

Fort de ces considérations, l'avenir du jeu vidéo et son "intellectualisation", de mon point de vue, ce sera juste la Fête du Slip.
ça a déjà commencé. :(
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@Afalmyr: Qu'est ce qu'on attend pour s'y mettre alors? :D
C'est un souci de jeu à mon sens car il faut LE jeu qui fera le déclic, qui fusionnera blockbuster et propos intelligent, pour changer la donne et créer un mouvement qui entrainera les gros éditeurs a vouloir pareil. Quand les jeux changeront (pas tous hein, l'indé peut resté ce qu'il est), la presse sera obligée de suivre... Elle fait les news avec ce qu'elle a aussi...
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@Strife: Il faut des Don Quichotte mais vu que le moulin pèse plusieurs milliards de dollarz, ca va etre chaud... :D
Après la socialisation du jeu est-elle est un discours? J'auriai besoin d'un spécialiste pour le confirmer et si tu es ce spécialiste tant mieux.
Par contre, il faut piger que dans ma réflexion et à cause de ma formation initiale, je me base toujours sur la définition juridique de l'art, c'est à dire le concept d'œuvre de l'esprit qui est plus large que l'art des arts dits majeurs. Et même avec cette définition extensive, le jeu reste encore exclu de cette définition.
D'ailleurs le jeu vidéo est classé en mode port nawak en droit français...
Anfalmyr
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Anfalmyr

Mais la victoire sera acquise quand ce genre de jeu deviendra la norme. Et ce n'est pas prêt d'être le cas.


Après ne faisons pas la confusion entre "les jeux" et "le discours". y'a pas que le discours d'un créateur à travers son jeu, y'a aussi la manière dont NOUS parlons des jeux. Le cinéma peut voir de gros blockbusters à 200M$ qui vont faire un carton avec 90% de greenscreens et un casting banckable. Et c'est très bien, on peut prendre du plaisir sur une oeuvre qui tient plus de l'attraction spectaculaire. Faut pas la rejeter parce qu'elle est creuse. Les films mainstreams cotoient le "Grand Cinéma" sans soucis, et combien de d'excellents réal naviguent entre les deux ? C'est pas un souci de jeu.

Le Souci c'est que dans le jv on fait de ces blockbusters, la crème de la crème. Parce que le seul discours que nous avons actuellement sur le médium vient de la presse jv qui n'est rien d'autre qu'un mag en papier glacé avec de belles images et les gros titres racoleurs. Et si je fais partie des joueurs que ça emmerde, c'est pas parce que ça existe, mais parce qu'il n'y a pas "l'autre" proposition. Où sont NOS Rafik Djoumi, Yannick Dahan et consort? On a besoin de revues, même plus modestes, qui traitent de fond, qui me montre le jv dans ce qu'il a de plus créatif, inspirant. Qu'on puisse comparer l'utilisation d'une vibration du pad au même titre que l'utilisation d'un plan spécifique dans une séquence précise.Qu'on se mette à parler des jeux, non plus comme des produits, mais des oeuvres.

mon avis.
Strife
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Strife
Il y'a 15-20 ans le JV se cherchait encore, il y'avait quelques formes normées mais rares étaient les productions qui n'essayaient pas de nouvelles choses. Aujourd'hui on est dans la situation où une formule qui "fonctionne" (en terme d'appeal au grand public) a été trouvée et est appliquée systématiquement aux grosses prods. Là on est dans une période où ce modèle est en passe de se remettre en question (très vaguement, mais on voit bien que ça s'effondre un peu, crise aidant, et que les chiffres ne sont pas à la hauteur des estimations, ce qui devrait commencer à mettre la puce à l'oreille) et où on voit un vivier de petits créateurs aux idées fraîches. Une partie sera sûrement "récupérée" par les grosses boîtes, ce qui pourrait apporter de la variété dans les prods grand public à terme; et l'autre partie continuera à proposer des expériences alternatives de plus en plus ambitieuses. C'est tout ce qu'on peut espèrer: Que le modèle dominant mûrisse tout en coexistant avec des oeuvres au public plus restreint.
Snake_in_a_box
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Snake_in_a_box
@Zinzolin: Ah oui mais on est d'accord en fait, quand je parles de rentabilité, je parle de gagner de l'argent suffisamment pour pouvoir faire vivre les créateurs et relancer un autre jeu derrière, je ne parle pas d'un calcul économique ultra pointu, couplé a des études de marchés et des tests de joueurs lambdas où ils seraient tout-puissants.
Je ne suppose pas des couts de prod gigantesques. Un jeu même a petit budget qui parle aux gens et leur fait changer petit à petit la vision du media ca existe. Je pense à World of Goo notamment. C'est ce genre de jeu qui vont dans le sens d'Anfalmyr.
Mais la victoire sera acquise quand ce genre de jeu deviendra la norme. Et ce n'est pas prêt d'être le cas.
seblecaribou
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seblecaribou
Je me souviens où Celim l'avait écrit et j'étais par ailleurs d'accord également. Excellent résumé. Étouffez vous avec "ça n'est que du jeu vidéo".
Zinzolin
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Zinzolin
Snake_in_a_box
26/07/2013, 11:07
Oui, si tu veux une révolution en profondeur, qui puisse faire accepter de nouveaux codes et donc tirer le JV vers le haut, il faut un plébiscite, donc 1 million de joueurs a minima.

Oui et pour ça t'as pas besoin de gros jeu qui vise de grosses rentabilités pour atteindre cet objectif. Tu peux très bien faire des jeux qui ne demandent pas d'énorme coup de production, qui peut se permettre de satisfaire une nombre raisonnable de joueur sans condamner ses développeurs/éditeurs et qui peut aller vers quelque chose de moins "jeu" et plus "intellect".
Strife
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Strife

Un jeu ne porte pas de discours.


Là-dessus je suis totalement en opposition mon cher Snake. Toute oeuvre culturelle porte en elle un discours, voulu ou non, et est un produit représentatif de son époque.
C'est plus ou moins remarquable, mais c'est là.
Les jeux les plus anodins des cours d'écoles maternelles, par exemple, portent généralement un discours d'exclusion et d'identité communautaire.


@Zinzolin: Alors si on arrive à l'objectif dont parle Anfalmyr on doit rester sur 2-3 personnes qui pourront se gargariser d'être plus intelligentes que les autres?
Oui, quitte à avoir des jeux avec de vrais courants de pensées à l'intérieur, j'aimerai que cela soit suivi/jouer/compris par le plus grand nombre.


Pour reprendre l'exemple de la Nouvelle Vague en cinéma, mais aussi de nombreux courrants artistiques, le fait que ce soit confidentiel n'est pas une tare. Parfois le public suit, même des années plus tard. Qui aurait cru, quand Braid est sorti, que les jeux indés subiraient une telle explosion de popularité? Encore dans les exemples cinématographiques, l'Intolérance de Griffith a subi un taulé gigantesque à sa sortie, ce qui n'empêche pas les théoriciens contemporains de le considèrer comme un chef-d'oeuvre en avance sur son temps qui marque une transition entre le Cinéma des premiers temps et le Cinéma hollywoodien classique.

Qui pourrait dire si dans les bouquins de JV des générations futures on ne te parlera pas de Heavy Rain, Mirror's Edge ou Deadly Premonition comme des oeuvres majeures, malgré les fours et les polémiques qu'on leur associe aujourd'hui?


...


Mais c'est du boulot de mithridatisation, faut y aller sur le long terme, modifier patiemment, faire accepter, sans en faire prendre conscience. bref, attendre l'évolution naturelle du média. Et quand les ventes suivront, ca sera gagné, mais faut rajouter encore 20 ans au média je pense...

Ah là je comprend mieux le fond de ta pensée. Je pense tout de même que si on attend simplement, ça ne changera pas tout seul. Il faut des Don Quichottes pour lancer les battailles, dussèrent-elles ne porter leur fruit qu'un siècle plus tard.
Celimbrimbor
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Celimbrimbor
Pour la littérature, le fonctionnement a été inverse.
D'abord, seuls les érudits savaient lire : noblesse de robe ou d'épée en France, aristocrate et grand bourgeois en Angleterre (et encore, grand bourgeois, très tard). La conséquence : une élite qui écrivait pour une élite (mettons que Shakespeare est une géniale exception). De sorte que la littérature n'avait pas besoin de correspondre au goût du plus grand nombre, elle se reproduisait en vase clos.
Puis, avec la diffusion de l'imprimerie et de l'alphabétisation, la lecture a été accessible à tous. C'est devenu un marché. Conséquence : Marc Lévy.

Celim.

Ps> Complètement d'accord avec toi, Anfa'. Faudrait que j'exhume mon article là-dessus pour prolonger le tien.
Snake_in_a_box
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Snake_in_a_box
Oui, si tu veux une révolution en profondeur, qui puisse faire accepter de nouveaux codes et donc tirer le JV vers le haut, il faut un plébiscite, donc 1 million de joueurs a minima.
Mais c'est du boulot de mithridatisation, faut y aller sur le long terme, modifier patiemment, faire accepter, sans en faire prendre conscience. bref, attendre l'évolution naturelle du média. Et quand les ventes suivront, ca sera gagné, mais faut rajouter encore 20 ans au média je pense...
Anfalmyr
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Anfalmyr
Quand tu parles jv au grand public il va te dire "mario fifa call of duty" et tous les marronniers dont il se souvient, et nous généralement on lui dit "non mais le jv c'est tellement + que ça". mais le soucis c'est même Nous, on ne prend même pas le temps de le traiter ce "+ que ça". Si on veut que le jv soit reconnu, au moins en partie, pour ce qu'il a de meilleur à offrir, faudrait (je pense) qu'on se mette à en parler et arrêter de faire du putain de wiki.

Je crois.
Zinzolin
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Zinzolin
@Snake_in_a_box : Je pense qu'on doit pas s'entendre sur "le plus grand nombre". Les blockbusters comme Assassin's Creed ou Call of Duty ça touche un nombre faramineux de personne (plus de 5 millions ou 10 millions avec un seul titre), on le sait tous très bien ce constat est pratiquement acquis pour tous ceux qui traînent dans les forums. C'est ce nombre là que tu espères quand tu parles du plus grand nombre ? Ou alors tu parles des acheteurs de Braid qui de tête doit passer les 30.000 acheteurs ?(en se disant que un acheteur n'est pas systématique touché par le jeu)

Contrairement à ta deuxième remarque je veux pas dire que le jeu vidéo doit rester élitiste pour une dizaine de personne sur un forum ou que la vie de la masse est profondément inutile (je le pense peut-être, mais c'est pas que je veux démontrer ici). C'est juste que ça me paraît juste inconcevable pour un média aussi jeune d'avoir autant de penseur/joueur (les acheteurs de blckbusters ou de petits jeux). Je suis presque sûr qu'il n'y a pas eu autant de monde au début du cinéma, du théâtre ou de la littérature. Et comme l'a écrit l'auteur de cette article, on est pas cinéphile quand on voit un navet et je doute que toutes les personnes qui rentrent au cinéma soit capable de me tenir un discours sur la valeur d'un plan, du montage et cie dans la narration.

Bref, mon problème quand tu dis "large mesure"
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@Zinzolin: Alors si on arrive à l'objectif dont parle Anfalmyr on doit rester sur 2-3 personnes qui pourront se gargariser d'être plus intelligentes que les autres?
Oui, quitte à avoir des jeux avec de vrais courants de pensées à l'intérieur, j'aimerai que cela soit suivi/jouer/compris par le plus grand nombre.
Si ce n'est pas possible tant pis, je ferai avec.
Mais une révolution ne se fait pas avec 4 personnes sur un forum parlant de leur jeu vidéo de rêve. Elle peut débuter avec 4 personnes, oui, mais pour voir son accomplissement, il faut un mouvement de fond qui suive. Et là il faut beaucoup de personnes, ces mêmes joueurs/consommateurs... Tu ne peux pas y arriver sans eux. La question de la rentabilité se pose donc. Ne mets pas en opposition intelligence du discours et connerie supposée ou avérée des gens. On fait tous parti de ce public de cons, et la première erreur est de se croire plus intelligent que le voisin.

Tirer les gens vers le haut, ça marche. C'est un travail dur, long, ingrat. Mais il faut du travail pour le déclic se fasse.
Zinzolin
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Zinzolin

Après y'a t'il une part de "fainéantise" et de recherche de rentabilité? Oui, bien sur. Mais au-delà de ça, la structure intrinsèque du jeu vidéo, (car c'est un jeu) l'empêchera d'arriver à cela.

Abandonne l'aspect "jeu" pour te concentrer sur ton discours et ton jeu sera rejeté dans une large mesure ou sera trop confidentiel.


Abandonner dans une large mesure... Quelle large mesure ? Pourquoi ce jeu concentrer sur le discours devrait toucher "une large mesure" ? On en revient à la recherche de rentabilité en visant le plus grand nombre de joueur/consommateur possible.
Snake_in_a_box
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Snake_in_a_box
On aura beau appeler cela à corps et à cris, le jeu vidéo vidéo n'y arrivera jamais. Pourquoi? Parce qu'il y a jeu dedans.
Un jeu ne porte pas de discours.
Le jeu vidéo, est la conjonction de deux facettes, l'une ludique, l'autre artistique (car faisant appel a des œuvres de l'esprit comme on dit dans le code de propriété intellectuelle), elles sont antinomiques. Si tu laisses le joueur jouer alors l'activité du joueur ne permets pas d'installer un discours, car on est occupé ailleurs. Si tu mets trop de narration (pour arriver à mettre ne place les idées, les courants, que tu appeles de tes voeux) alors de te ferra taxer de jeu chiant car on joue pas.
Regarde David Cage: il tente un truc , tout le monde le hait.
Alors c'est pas parfait ce qu'il fait, mais il essaye. Méliès aussi il tentait des turcs avec le cinéma...

Après y'a t'il une part de "fainéantise" et de recherche de rentabilité? Oui, bien sur. Mais au-delà de ça, la structure intrinsèque du jeu vidéo, (car c'est un jeu) l'empêchera d'arriver à cela.
Les jeux de société sont-ils des oeuvres d'art? Jouer est-il un art? Je me suis poser la question quand j'ai bossé en cabinet d'avocat en rédigeant un contrat pour des sportifs.
La réponse est non, un jeu vidéo reste un jeu de rôle mis sur un écran télé, où la machine joue le rôle de MJ incorruputible vissé au scénario et aux règles que le jeu impose.
Abandonne l'aspect "jeu" pour te concentrer sur ton discours et ton jeu sera rejeté dans une large mesure ou sera trop confidentiel.
Après, peut-être qu'un génie a naitre arrivera pour donner les clefs conceptuelles, les bases permettant de repenser le jeu vidéo en rendant compatibles ce que je juge incompatible pour les ambitions que ton articles veut donner au JV.
Personnellement je n'y crois pas.
Mais je peux toujours être surpris. :)

LE PHYLACTERE

Par Anfalmyr Blog créé le 28/12/09 Mis à jour le 02/04/16 à 12h56

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