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"Essential Killing", naissance du survival-war-horror
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"Essential Killing", naissance du survival-war-horror

Critique gamer du film de Jerzy Skolimowski
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Par Poisan - publié le
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Rare et génial, le cinéaste Jerzy Skolimowski nous offre l’un des films les plus puissants de ce début d’année : une chasse à l’homme dans la neige avec Vincent Gallo en taliban. Jouant à fond la carte de l’identification subjective, "Essential Killing" nourrit de nombreux ponts avec le jeu vidéo.

La première scène est explicite. Trois soldats américains descendent dans un canyon, le premier avec un détecteur de mines et les deux autres en racontant des blagues sur des hommes en burqa. C’est la task force telle qu’on la connaît tous, avec son jargon habituel ("j’ai un visuel") et la marche prudente en rang d’oignons qui l’accompagne. Début de film de guerre.

Brusquement, on change de plan. Tout en vue subjective, façon Evil Dead. Un individu est tapi dans le ravin. Il tremble, il s’agite. La scène est vue à travers ses yeux. On comprend qu’il est traqué et qu’il doit survivre. Au sol gît le corps d’un de ses camarades. À côté, un lance-roquettes. L’homme se baisse pour récupérer l’arme et sauver sa peau. Vue subjective, toujours : il relève le canon qui vient se placer dans la diagonale du plan pour viser les trois soldats américains. On est dans un FPS.

Pendant 1h23, on ne quitte plus cet homme qui est propulsé dans un environnement radicalement étranger, en Sibérie ou en Alaska on ne sait pas, pour une sorte de mélange épuré entre Le Fugitif, Rambo et Gerry de Gus Van Sant. La pulsion de survie est le seul sujet du film, avec en son centre un personnage qui ne prononce pas le moindre mot mais qui, tel un animal traqué, émet régulièrement des sons de douleur. On ne saura quasiment rien de lui. L’identification est ainsi totale, à l’image de ce qu’on pouvait connaître dans le premier opus de Dead Space.

L’intensité subjective est l’unique mécanisme qui intéresse Skolimowski. Dès lors, tous les à-côtés sont supprimés : absents les flashbacks explicatifs, les briefings de généraux au QG, les personnages secondaires bons ou méchants, les salauds et les opportunistes, tout ce qui noierait le sujet s’il était traité par – mettons – Paul Greengrass. Ici, on se cantonne à l’ "essentiel" du titre : se cacher, fuir les poursuivants, se nourrir et se soigner. Le décor est celui d’un jeu de guerre, mais le propos est celui d’un survival.

Si on était vicieux, on pourrait trouver que le parcours du personnage est organisé comme un jeu. D’abord habillé en noir dans la neige, il doit trouver un accoutrement blanc pour se camoufler. (vous verrez comment). Entouré d’espèces animales diverses et sauvages, il est poussé à inventer un moyen pour en tirer un avantage de survie. (on sait, depuis Metal Gear Solid, que l’odorat des chiens peut s’avérer utile dans ce type de situation…). Crevant de faim, il cherche à se nourrir, mais où trouver de la nourriture vivante au sein d’un paysage pris dans la glace ? En résumé, la nécessité d’adaptation du personnage, associée aux instincts de survie, font du calvaire de cet homme une sorte de course à la récompense.

Aux deux aspects précédents, war et survival, vient s’ajouter une dernière dimension : l’horror. Puissamment sensoriel, le film promet une expérience cinématographique immersive. Du bourdonnement lourd des pales d’hélicoptère au cahotement fatigué de l’image, en passant par d’étranges scènes d’hallucination, on est plongé dans un sentiment permanent d’insécurité. Les effets de mise en scène sont souvent gros mais fonctionnent idéalement car ils ne sortent jamais du cadre subjectif. En plus d’être corporelle, la douleur du personnage est psychologique. Encore une fois, ce sont des procédés d’immersion, contre tout mécanisme narratif ou explicatif, qui sont employés. L’absence de compréhension du langage par ce personnage étranger est comme une absence d’indicateur d’état lorsqu’il est confronté aux autres : tout individu qui le repère est potentiellement un ennemi, il n’y a pas de marqueur pour lui indiquer la bienveillance ou la malveillance des gens qu’il croise en chemin. Et il doit agir en conséquence, à l’instinct, comme dans un jeu sans HUD. Le sentiment d’horreur s’en voit grandement accru.

Le pari de Skolimowski, en réalisant Essential Killing, est d’inverser le positionnement habituel des films de guerre, en choisissant de s’intéresser à un taliban pourchassé par des Américains. Loin de tout manichéisme ou de toute moralisation (on ne sait pas si ce "taliban" est innocent ou pas), ce parti-pris sert à renforcer l’ambigüité morale pour se consacrer à la dimension proprement humaine de l’individu. Le contexte n’est qu’un décor, mais l’intérêt du sujet réside dans les peurs, les soubresauts, les réflexes que peut connaître un homme quel qu’il soit dans une situation de guerre. De ce point de vue, Essential Killing sonne aussi comme une réponse cinglante à tous ceux qui s’offusquent, dans un jeu de guerre, de pouvoir incarner aussi bien les Marines que les talibans.

 

Essential Killing (2010 – 1h23)                                                                                                   un film de Jerzy Skolimowski avec Vincent Gallo, Emmanuelle Seigner

 

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