J'ai fait une grosse erreur.
J'ai allumé la télé...
Et elle était sur France 2... (Nooooooon!) En tout cas, ça m'a filé l'intro pour mon article

La nullité crasse de cette chaine n'est plus à démontrer: Vous avez le choix entre une Elise Lucet qui sourit béatement en énonçant des catastrophes meurtrières, des fictions pleurnichardes sur une France qui n'existe plus et une équipe des sports qui ajoute au chauvinisme atterrant la médiocrité de la réalisation.
Que pouvait-on faire de pire?
Réponse le 8 mars, avec une flopée d'émissions spéciales sur la Journée de la Femme. Les bandes-annonces que j'ai vu étaient d'une connerie confondante. Des femmes journalistes, écrivains ou que sais-je, nous explique qu'elles sont "insoumises, aimantes, amantes, douces et blablabla..." Ensuite, un programme spécial dans un village français qui va démontrer ce qu'il se passe quand les femmes ne sont plus là. (et donc elles sont indispensables et blablabla)
France 2 dans toute sa splendeur.
Ce qui m'emmerde le plus et qui heurte mes convictions, c'est que cette journée qui prône soi disant l'égalité homme/femme tend au final à creuser encore plus la différenciation.
Pourquoi?
Et bien parce que organiser une journée de la femme, c'est démontrer indirectement que toutes les femmes formeraient un groupe homogène qui penserait toutes de la même manière, qui auraient toutes les mêmes gouts, les mêmes envies, etc...
Il en découle alors que seuls les hommes seraient des individus "normaux", c'est à dire ayant un caractère propre qui ne serait pas conditionné par leur sexe.
Si je tenais ce genre de propos à ma mie, je risquerai une bonne tarte dans ma gueule...
Plus moche encore, le hasard du calendrier veut que le 8 mars tombe le jour de Mardi Gras. La journée de la femme se recoupe donc avec le carnaval, journée de liberté où dans l'Ancien Régime, les conventions sociales étaient retournées pour une journée seulement.
Regardez mesdames! La société vous offre enfin un jour où vous avez la liberté de vous comportez comme des hommes! Mais attention, demain, c'est cuisine et ménage...
Pourquoi je parle de ça et quel rapport avec le jeu vidéo?
J'y arrive.
Ça m'arrive pas souvent de critiquer des bouquins...
Je me suis payé chez Pix 'n' Love (Matin! Quel éditeur!) le quatrième tome des Cahiers du Jeu Vidéo, habilement baptisé "Girl Power."
En d'autres termes, un bouquin de réflexions sur les femmes et le jeu vidéo.
Je suis en train de le lire, et plusieurs choses me dérangent dedans. Notamment le postulat de départ où les hommes sont foncièrement tous des gros connards avec une femme qui veut jouer. Tout le livre pose d'ailleurs un ensemble de problématiques qui ne m'étaient jamais venues à l'esprit.
On y apprend notamment que les femmes sont plus sensibles aux relations des personnages, qu'il faudrait changer le game-design des jeux pour qu'il laisse plus de place à la narration, et autres choses de cet acabit.
Nous retombons donc sur ce sempiternel poncif: "les femmes, c'est plus sensible que les hommes".
Conséquence, il faudrait donc proposer des contenus différents pour ces dernières, mais sans tomber dans la fâcheuse et répréhensible distinction femme=casual gaming.
Alors récapitulons, les femmes ne veulent pas être distinguées des hommes mais il faudrait adapter le contenu des jeux. Créer l'égalité en faisant des jeux différents mais pas trop quand même?
J'appelle ca un paradoxe.
Au contraire de l'ouvrage, j'affirme que beaucoup de femmes gamers aiment exactement la même chose que les hommes et je ne pense pas qu'il soit nécessaire de réfléchir à des jeux "pour elles".
En amenant ma douce amie (peu joueuse pourtant) dans une salle d'arcade, j'ai eu la délicatesse de lui mettre un flingue dans la main et de lui montrer comment exploser du streum' avec la version arcade de Silent Hill (j'en profite pour faire de la pub à la salle Neo Arcadia à Toulouse).
Alors en tant que fille, elle aurait du pousser des hurlements de peur et se ruer sur la borne de Dance Dance Revolution à quelques pas de là?
Que nenni! Après une partie fort sympathique à bousiller de l'infirmière démoniaque, elle m'a demandé si la même chose existait sur Wii...
Et oui, toutes les filles n'aiment pas danser ou s'occuper de petits animaux mignons.
Il me semble donc bien inutile de vouloir a tout prix accrocher un autre public. Plutôt que d'adapter les contenus, pourquoi ne pas laisser le public s'adapter?
En présentant à tous, sans distinctions, les mêmes jeux, ne pourrions nous pas amener les filles à jouer aux mêmes choses que les hommes?
Je pense qu'il est préférable de briser les préjugés, les carcans qui veulent que les filles soient sensibles et les garçons des guerriers. C'est complétement con, un homme ça pleure aussi, et une femme ca peut avoir envie de filer des gnons. On est tous humains, merde à la fin. N'importe qui a le droit de kiffer les headshot, homme ou femme.
Plus gênant: Qu'en est il des filles qui aiment les FPS ou les jeux de baston depuis plusieurs années?
En voulant faire évoluer le jeu vidéo vers le public féminin, on doit soi-disant modifier le contenu. Cela veut donc dire que les filles qui aimaient ces jeux en 95 étaient anormales? Oui, soyons logique, si ces jeux n'étaient pas fait pour elles, comment pourrait-elles les aimer? Donc si des filles apprécient des jeux qui ne sont pas fait pour elles, elles sont donc bizarres...
Stupidité, quand tu nous tiens...
Le livre juge donc souhaitable une évolution du contenu des jeux vidéos afin de se rapprocher du public féminin. Mais penser cela c'est ignorer, qu'a la base, les geeks (homme ou femme) forment un groupe homogène qui aime unanimement poutrer des zombies, faire du jeu de rôles ou jouer aux jeux vidéos quels qu'ils soient.
Bien que je n'en ai jamais rencontré, il existe sans nul doute des gros cons qui trouvent pertinent de jouer au sexiste dans le monde du jeu vidéo, je ne le nie pas.
Mais je pense que la plus grosse erreur pour une gameuse est de mettre en avant sa condition de femme.
SI elle répète à l'envie :"Regardez-moi, je suis une fille qui joue aux jeux vidéos". Alors on verra plus qu'une chose: Que c'est une fille et que, de manière secondaire, elle joue aux jeux vidéos. A partir de là c'est foutu, on verra la fille, mais pas la joueuse.
Quand j'ai rencontré mes amies gameuses, je n'ai pas dit: "Et ca fait longtemps que tu joues ?", comme si c'était une bête curieuse. Non. De suite, on a embrayé sur la pertinence du système de combat de Final Fantasy X et la puissance de Kilik sur Nightmare à Soulcalibur 3.
Une vraie geek (et pas geekette, c'est moche), elle ne dit pas d'abord: "je suis une fille.", elle dit: "Alors t'as fini le Sphérier en mode Expert?".
J'en ai conclu que le meilleur moyen de combattre les inégalités, c'est de pas mettre en avant la condition d'homme ou de femme, mais bien d'obtenir le respect en démontrant que l'on aime les jeux vidéos, en les défendant et en y jouant. Le sexe ne fabrique pas le caractère des individus. On devient pas geek à cause de ses hormones, on le devient grâce à des événements, des rencontres indépendants de notre nature.
Bayonetta / Lara Croft: La condition de l'héroine dans le jeu vidéo.
Enchainement tout trouvé avec une autre partie du livre, qui descend régulièrement Lara Croft au profit de Bayonetta. La première serait une bimbo réservoir à fantasme et l'autre le parangon de la féminité libérée et indépendante.
Pourquoi? Et bien parce que l'une est archéologue avec des gros seins et l'autre une nymphomane sadique débridée. (ouais y'a du raccourci)
Je suis peut-être dans le faux, mais je pense que descendre Lara Croft n'est pas pertinent. Au contraire, mon expérience a montré que Lara attirait les filles dans les jeux vidéos et ne confortait pas uniquement les ados dans leur puberté. Le personnage est caricatural à cause de sa forte poitrine et donne une mauvaise image des femmes? Je ne pense pas.
Avec Lara Croft, les filles qui ne sont pas rompus aux jeux d'actions peuvent trouver un reflet, une base de départ à laquelle s'identifier pour ensuite trouver de l'intérêt aux jeux d'actions et après rejoindre la cohorte des gamers. Une femme forte, agile et débrouillarde me semble un bon exemple à suivre pour attirer des filles qui ont des préjugés ancrées contre les jeux vidéos.

J'appelle ça une femme courageuse, pas vous?
C'est au contraire Bayonetta qui incarne un fantasme typiquement masculin avec sa tenue, son attitude, ses armes...
Toutes ses attaques témoignent d'un sadisme certain. Et paradoxalement, ce sont ces actions sadiques qui démontrent sa soumission. En effet, aussi étrange que cela puisse paraitre, dans une relation sado-maso, c'est le masochiste qui a le vrai pouvoir car c'est lui qui décide quand arrêter.
Bayonetta est une dominatrice? Certes oui, mais les rédacteurs des Cahiers du jeu vidéo on oublié un détail: C'est le joueur qui la dirige. Donc est-elle si dominatrice et libérée que ça?
Mieux: Le rapport joueur-personnage dans Bayonetta respecte les codes sado-maso. En effet, Bayonetta, à la fois jeu et personnage, vous fait souffrir. Comment? A cause de sa difficulté. Le jeu est en effet très difficile, le finir demande à haut niveau une grande maitrise. Nous respectons là les codes de la relation sado-maso. Le personnage fait souffrir à l'écran mais le jeu vous fait souffrir à vous. Bayonetta a donc deux facettes sadiques, à la fois en tant que personnage et en tant que jeu. Mais comme tout relation SM, il en respecte les règles: Si vous en avez assez d'être le maso de service à souffrir en mode Apothéose, vous êtes libre de débrancher la console. Comme tout sadique, notre sorcière est une marionnette entre les mains de celui qui la dirige ...
Alors Bayonetta est-elle vraiment le personnage féminin fort qui redonne aux femmes le pouvoir? Pas forcément. Certes elle écrase tout sur son passage avec les symboles de sa féminité, mais au final, le joueur en fait ce qu'il veut.
Je comprends bien le point de vue des rédacteurs du livre, et la présence de Bayonetta est vraiment une avancée pour la perception des femmes quand on voit comment le personnage met en oeuvre son indépendance. Cependant, une femme doit-elle nécessairement prouver son indépendance avec sa sexualité?
Nouvelle transition parfaite (je tiens la forme aujourd'hui). On va parler sexualité et jeu vidéo.
Je me targue de ne pas trop mal me démerder avec Final Fantasy, mes connaissances étant assez exhaustives sur le sujet. Pourtant, je suis passer à coté d'un détail que j'aurai du voir comme le nez au milieu de la figure.
Le livre m'a appris que, dans Final Fantasy XIII, Fang et Vanille forment un couple.
Alors si vous le saviez, vous pouvez vous foutre de ma gueule, c'est mérité, car en lisant l'article, j'ai commencé à me dire: "ca y est, ils ont encore fumé..."
Puis en réfléchissant deux secondes, des images du jeu me sont revenus en mémoire: des gestes, des paroles. C'est à ce moment là que je me suis exclamé: "Bordel de merde, je suis aveugle ou quoi!"
J'avais l'évidence sous les yeux, et même pas foutu de la remarquer...
Car dans le jeu, rien n'est explicite. Pas de bisou qui enlèverait toute ambiguité. Juste un faisceau d'indices qui convergent vers cette conclusion.
Je me dirigeai vers le Net, pour me rendre compte de ce que tout le monde savait. Plus curieux par contre, les gens débattaient sur le sujet: Vrai ou pas vrai? je suis persuadé que c'est le cas.
Paradoxalement, ne pas avoir vu ça en jouant me rassure un peu. En effet, cela démontre que je n'ai pas l'esprit mal tourné en permanence (je me console comme je peux).
Depuis que je sais cela, Final Fantasy XIII remonte beaucoup dans mon estime. Alors qu'on l'accuse de tous les poncifs du RPG japonais, il nous présente pour la première fois une relation homosexuelle sans connotation fantasmatique. Bien loin d'être un réservoir à libido pour mecs, la relation de Fang et de Vanille est naturelle et normale. Vieux couple de plusieurs siècles, elles n'ont pas besoin de s'afficher ou de se revendiquer avec un coming-out scénarisé. C'est naturellement, dans la conversation, que Fang parle de sa "girlfriend" à Lightning.
De même, nous ne voyons pas dans le jeu une distanciation gênée entre elles (comme si c'était honteux). En effet, elles ne se cachent pas, et Fang n'hésitera pas à vérifier que la Marque de Vanille n'a pas bougé, sur un endroit assez intime.
Alors que Snow nous gonfle avec son amour perdu en gueulant "Serah!" pendant tout le jeu, les deux filles vivent leur romance sans qu'on le remarque. Et elle ne saute pas aux yeux tout simplement parce qu'elle existe de façon normale. Elles s'affichent, mais n'en font pas trop ce qui évite d'être stigmatisé.
Final Fantasy XIII est un jeu immature? Au contraire, il démontre là son intelligence. Là où d'autres développeurs affichent les relations homosexuelles comme élément de gameplay et donc permet de créer une stigmatisation que je trouve libidineuse (Mass Effect), Square préfère, sans bruit, placé le joueur devant le fait accompli. Il n'a pas à choisir, il n'a rien à dire, car tout le monde, même un personnage de jeu vidéo est libre de vivre sa vie comme il l'entend...

07/03/2011, 19:10
A part ça, article très intéressant, merci.
07/03/2011, 19:49
SInon, pour ton article, en général, comme souvent avec tes articles, je suis tout à fait d'accord avec tes propos, c'est bien écrit et agréable à lire...et en plus tu es un des rares à dire quelquechose de véritablement intelligent sur FFXIII, donc c'est du tout bon!
07/03/2011, 20:41
Je te rejoins dans ton argumentation, il faut que je le fasse lire à certaines personnes de ma connaissance
07/03/2011, 21:40
07/03/2011, 22:09
Tu as raison, les inégalités homme-femme, c'st un réel probleme. Mais je pense pas que cette journée change quoi que ce soit.
Les mentalités, ça prend une génération au minimum pour changer.
Un misogyne tu peux lui proposer toutes les journées de la femme que tu veux, il le restera toujours.
C'est pas avec une soirée où on verra des femmes débattre que ça changera quelque chose. Si elles doivent débattre dans des émissions c'est tous les jours, pas lors d'un évènement spécial.
07/03/2011, 22:47
Ce n'est effectivement pas en voulant "genrer" le jeu vidéo que l'on va participer à une émancipation de la joueuse. C'est un peu comme réserver des wagons spécial "femme" ; cela ne fait qu'apporter de l'eau au moulin des sexistes.
Concernant le jeu vidéo, un sujet a priori plus léger, il participe en tant que culture de masse, on peut l'affirmer désormais, à véhiculer les clichés qui alimentent eux-mêmes les fantasmes de la société. Les hommes et les femmes qui rechercheraient un plaisir différent et donc des jeux différents : c'est une absurdité et encore une fois un cliché vieux comme le monde.
Ce n'est pas une diversité de "jeux pour femmes" sur laquelle il faut travailler. Ce sur quoi il faut travailler, c'est sur la diversité de l'offre en elle-même. Comptez le nombre de jeux "à la Ico" et d'un autre côté les blockbusters ciblant clairement les adolescents, et vous aurez compris que la diversité culturelle est assez pauvre, dans le jeu vidéo.
Quant à la connerie des femmes qui attendent toutes la même chose, on est bien d'accord. D'ailleurs, si je peux me permettre une petite correction, on ne dit plus "La journée de LA femme". On lui préférera (à part à France 2) la journée des droits des femmes.
En tout cas, merci ; et bravo : -)
08/03/2011, 13:22
Dans un autre jeu, j'aurais peut être apporté du crédit à ces théories mais inutile de chercher des qualités invraisemblables à un titre qui a clairement focalisé son attention sur l'aspect visuel que narratif.
Mis à part ce dernier point, l'article demeure intéressant.
08/03/2011, 16:15
Surtout que maintenant et pour la première fois, la journée de la femme commence la veille(!!)(cf Grand journal entre autres).
Par contre, pour en revenir à FFXIII, ça se voyait quand même qu'il y avait éléphant sur caillou quand même (qui n'a pas été gêné quand Fang regarde sa marque???).
Mais quel est ce livre?Pour moi c'est plutôt libre aux joueurs de penser qu'elles sont en couple ou simplement comme des soeurs avec des manières assez bizarres certes;)
Par contre, comme d'habitude FFXIII=daube scénaristique j'ai toujours du mal, voyez la fin please;)
08/03/2011, 20:19
08/03/2011, 20:22
Nope, merci de m'apprendre de nouveaux trucs!
09/03/2011, 11:56
Oui je suis une "vraie fille" (d'ailleurs c'est quoi ? ça sort d'où, en premier lieu, cette expression à la noix ? le plus important c'est de se sentir femme, non ? pas de laisser aux autres la décision...) malgré mon amour pour God of War et autres jeux dits "masculins" (sérieux, ça aussi, ça repose sur quelles bases après tout ?) !!
Et non Micromania, je ne veux pas une carte de fidélité rose.... ><
16/03/2011, 20:41
Je partage ton avis sur FF XIII : malgré son statut de bouse icomensurable, je ne peux que saluer ce point là, traité avec une finesse inhabituelle pour le média.
Et la journée de la femme m'a toujours paru une idée étrange.
21/03/2011, 12:15