Je veux être un salaud !

Des héros détestables

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BlackLabel20h41 | 11 Janvier 2011 | 15
Divers
par BlackLabel
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OUTILS
Dans la série The Shield, je n'aime pas Vic Mackay, le policier pourri. Certains lui trouvent des excuses, mais ce mec est une ordure totale, qui prend plaisir à détruire ses adversaires. Cela ne m'empêche pas d'apprécier ses aventures. Ne manque-t-on pas, dans le jeu vidéo, de héros détestables ?

Tuer sans conséquence

Dans Grand Theft Auto 4, j'adore défoncer des motos au volant d'une voiture, voir le pauvre motard décoller brutalement dans les airs et se rabattre lourdement sur l'asphalte (ou sur ma bagnole). Ça en dérange certains, moi ça me grise. Mais ce que je préfère, et c'est une manoeuvre délicate dans la perversion vidéoludique, c'est voler la voiture d'un conducteur récalcitrant, attendre qu'il attrape la poignée du véhicule pour démarrer, rouler à une vitesse modérée pour le traîner sans qu'il lâche, le temps de le cogner contre un poteau ou un autre véhicule. C'est. Le. Pied.

Ce plaisir est totalement sain dans le sens où je n'aie d'une part j'avais eu de telles envies dans ma vie réelle, mais aussi parce que je sais que je ne fais de mal à personne. Ce ne sont que des amas de polygones, qui saignent. Mais en ferais-je autant si, toujours dans GTA4, une maman avec poussette traverserait la rue ? Imaginez la scène ; vous lui foncez dedans en bagnole, et quelque chose sort brutalement de la poussette pour s'écraser plus loin...

Le sens de la vie

Nous regardons des films où des centaines d'anonymes meurent pour notre plus grand plaisir. Die Hard se spécialise dans la mort de terroristes. La mort, dans ces films-là, n'a pas de sens, elle fait partie du spectacle. Les mises à mort sont divertissantes, et inventives.

À côté de ça, il y a des films où le meurtre fait froid dans le dos. Les scènes de tuerie dans le film Zodiac de David Fincher sont redoutables d'efficacité, à peu de frais. Qui meurt ? des gens comme vous et moi, des inconnus, mais surtout, avant tout, des victimes, des gens qui n'ont rien demandé à personne.

Les limites de notre sympathie

Dans le jeu vidéo, chaque fois que j'ai incarné un salaud, il avait ses raisons. On applaudit presque lorsque Kratos massacre des innocents, car c'est "bad-ass", ça fait partie du personnage, ça sort de l'ordinaire. Avec Niko Bellic et John Marston, on n'y fait même pas attention, parce que le jeu lui-même n'y accorde aucune importance. Quant aux autres qu'on tue, des criminels, tout cela nous semble encore une fois normal, non pas parce qu'on manque de morale, mais parce qu'on nous présente les choses ainsi. Je n'aborderai même pas les faux choix moraux d'un Infamous.

Dans les séries télé, c'est déjà moins évident. On trouve parfois des excuses à Tony Soprano, ou Vic Mackay, car on les voit vivre tout au long des épisodes, qu'il y a une logique derrière leurs parcours. On comprend, à défaut d'excuser. Sauf que, quand même, ils ont de temps à autres des actes gratuits qui nous répugnent. Pour les quelques séries criminelles de ce calibre que j'ai pu suivre, ce sont toujours des innocents qui trinquent. Sans spoiler, le premier à tomber dans la Strike Team, c'est celui qui le mérite le moins, tout comme, dans le commissariat, les bavures de Mackay retombent sur des policiers qui n'ont rien fait. La survie d'une ordure se fait au détriment de bons éléments.

Un vrai salaud !

A-t-on déjà incarné un véritable salaud dans un jeu vidéo ? Un personnage avec lequel on n'est pas du tout d'accord ? Moi non. Après, n'ayant pas joué à tout, je ne préfère pas m'avancer, mais selon mes connaissances du jeu vidéo, quand même solides, ça n'est jamais arrivé, si ce n'est dans de courts passages anecdotiques, ici et là.

Vous imaginez, jouer un criminel dans un TPS qui bute du monde juste pour le fric, buter des flics qu'on nous présente comme de braves types qui font juste leur boulot ? Sans qu'on nous justifie le salaud par une enfance malheureuse, une rébellion contre le système, un amour merveilleux pour une femme, pour nous prouver que, quand même, dans le fond il est humain (la bonne blague !). Non, un vrai salaud, comme y'en a tant dans la vie.

J'avais bien aimé, dans Shadow of The Colossus, le fait que pour une fois, l'agresseur ce soit nous. Ça a changé la donne, d'abord par notre rapport au héros et au jeu, mais aussi par rapport à l'univers. Ici, les colosses ne nous attendaient pas sur leurs gardes, prêts à en découdre, comme les boss de God of War. C'est peut-être là la plus grande qualité de SotC, la remise en question des motivations du héros.

Dans les jeux vidéo violents, l'agresseur, c'est toujours nous, mais on déguise ce fait-là. La plupart du temps on joue un héros qui part en guerre contre les vilains, des fois on se rend compte à la fin qu'en fait c'est nous le méchant (plus pour le coup de théâtre final qu'autre chose), mais comme ça on a pu tranquillement buter tout le monde sans se poser de questions.

Faire réfléchir le joueur ? Et puis quoi encore !

Pourquoi c'est toujours notre allié le traître à la fin, et pas nous ? Parce qu'on n'aurait pas envie de jouer un personnage pareil (et donc c'est pas vendeur) ? Parce que le jeu vidéo n'ose pas encore arpenter des territoires potentiellement polémiques (ça, ça fait vendre) ? Vous imaginez, un jeu où on sait dès le départ qu'on va planter nos camarades ? Où on travaille sans cesse dans leur dos ? Une sorte de Splinter Cell Double Agent, mais où on sabote les projets des gentils, des projets humanitaires, par exemple.

Le but, dans ce désir d'incarner un salaud, ce n'est pas de vouloir faire réfléchir le joueur sur la conséquence de ses actes (on reste dans le virtuel, hein, faut pas pousser), mais de lui proposer des aventures où son implication sera forcément différente, bousculée, nouvelle. On ne jouerait pas pour les mêmes raisons, et surtout, on donnerait un sens à la mort, aussi virtuelle soit-elle. 

Quand on me demande dans Grand Theft Auto 4 si oui ou non je veux buter ce criminel, honnêtement je m'en fiche complètement, je n'ai aucune espèce de sympathie pour lui, et je le tue au couteau pour que ce soit plus long (niark !). Si Roman, le cousin de Niko Bellic nous avait trahi, et qu'on avait le choix...

COMMENTAIRES
Meuhoua
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Meuhoua
11/01/2011, 22:06
Dans le genre incartation de salaud, y'a les Kane and Lynch, qui d'ailleurs mise tout dessus, ouliant au passage le gameplay, il faut donc être tolérant envers ça durant une partie.
Le deux est d'ailleurs vrai interessant niveau thématique et ambiance : 2 criminels notoires, passablement losers, se retrouvent pris dans une fuite en avant pour leurs survies dans les bas fond de Shanghai, accumulant les bourdes, les coups de sang et les pertes, s'enfoncant toujours plus loin, sans véritable échappatoire (la fin frustrante en est d'ailleurs révélatrices, on se dit de suite "ça peut pas finir comme ça, aussi simplement").
Bref, une plongé assez unique. Aucun héroisme, aucune morale, aucune limite, effroyablement crédible.

MrBrown
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MrBrown
11/01/2011, 22:46
Article intéressant!
Pour en revenir a la question concernant les jeux ou l'on remet en question ce que l'on nous demande de faire, le seul jeu dont je me souviens qui m'ait faire ressentir un certain remord c'est Manhunt sur PS2 a l'époque ; pourtant, il y a une raison pour la violence qu'on nous demande de mettre en oeuvre (a savoir un mystérieux homme qui nous y oblige, et nous surveille sur des caméras, un peu comme ces conneries de film SAW), mais je ne sais pas pourquoi, c'était malsain et je ne comprenais pas!

Pedrof
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Pedrof
12/01/2011, 11:00
Le problème c'est qu'on est tous humain, même le pire des salauds. Tu voudrais incarner un mec inhumain mais ce n'est par définition pas possible : le jeu sera juste en train de cacher ou faire abstraction de tout ce qui explique le comportement asocial, immoral du personnage. Mais maintenant que j'y pense, on ne fait jamais ça pour le héros qu'on incarne. Du coup moi aussi je suis curieux.

upselo
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upselo
12/01/2011, 11:22
Pas mieux que Meuhoua : Kane & Lynch.
Deux malfrats parfaitement crédibles, égoistes. Dans le premier, tout le monde exploite tout le monde, et en premier lieu notre personnage qui n'hésite pas à laisser ses petits camarades au casse pipe. Et faut pas oublier que sa femme et sa gosse trinquent pas mal pour lui.
Tout ce qu'on fait, c'est pour l'argent et l'ego, on bute des flics qui font leur job. Pas de rédemption ou de bandit au grand coeur.
Le gameplay ne m'a pas dérangé outre mesure, mais c'est vrai qu'il est inhabituel.

BlackLabel
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BlackLabel
12/01/2011, 14:51
Effectivement, puis dans Kane et Lynch, l'un des héros a du bide et une calvitie (d'habitude le héros est complètement chauve), ce qui nous sort du modèle du héros athlétique ou musclé. Malheureusement aucun des deux épisodes ne m'a convaincu en démo.

Pedrof : ce que je souhaite, c'est un salaud qu'on n'excuse pas, qu'on ne justifie pas. Dans Urgences, y'avait un personnage exécrable, puis un jour on découvrait qu'il avait un fils trisomique, ça sentait la grosse leçon de morale "C'est un connard mais en fait il est humain". Non. C'est un connard. On peut très bien être une ordure et aimer sa femme et ses enfants, et ça n'excuse en rien le fait d'être une ordure. Donc, dans un jeu, j'aurais rien contre jouer un salaud qui aime sa femme, seulement si ça ne sert pas de prétexte à l'humaniser, nous le rendre sympathique, parce que là y'a une forme de manipulation.

Pedrof
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Pedrof
12/01/2011, 15:50
@BlackLabel
Tu aimerais diriger un mec que tu hais ?

thyre
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thyre
12/01/2011, 17:02
Moi je crois au contraire que dans la vraie vie justement, il y a une raison à tout.
Penser qu'il y a des gens justes méchants, ça c'est digne de bioman car si on y regarde bien, même Hitler était humain.
Dans un jeu vidéo, tu es amené à te mettre à la place de quelqu'un. C'est la base pour comprendre les autres et comprendre un salaud c'est fatalement trouver l'origine de son comportement mais si cela ne l'excuse pas.
Ce que tu appelles un pur salaud, c'est juste quelqu'un que tu ne comprends pas.

Il y a bien sûr quelques exceptions du style les grands malades mentaux avec lesquels il est absurde de rationaliser.

Meuhoua
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Meuhoua
12/01/2011, 17:03
En même temps, si tu t'arrêtes à une démo et au look, comment veut tu savoir si les perso sont des faux ou des vrais salauds ?

La démo est la pour te présenter le gameplay (qui est moyen sur K&L, tout le monde est d'accord, que ce soit la critique ou les joueurs) , mais l'univers, l'ambiance, le background, faut plonger dedans, on peut pas juger un film sur sa bande annonce ou un livre sur sa quatrième de couv, ca peut être mal film ou mal écrit, il n'empêche que si la matière narrative ou l'ambiance dégagés sont intéressante elle le restent.

upselo
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upselo
12/01/2011, 17:34
@Meuhoua : je crois qu'il veut un jeu avec du bon gameplay (enfin un gameplay qui lui convienne) et des persos salauds. Je pense pas qu'il juge les persos sur la démo. Juste que son envie de persos "méchants" ne surpasse pas son envie de gameplay ^^.

BlackLabel
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BlackLabel
12/01/2011, 17:37
Pedrof
12/01/2011, 15:50
Tu aimerais diriger un mec que tu hais ?

Ben ça pourrait être rigolo ^^


Meuhoua
12/01/2011, 17:03
En même temps, si tu t'arrêtes à une démo et au look, comment veut tu savoir si les perso sont des faux ou des vrais salauds ?

J'achète pas un jeu si la démo me déçoit (en fait ça m'est arrivé, et je l'ai regretté). On dit souvent que les démos sont pas représentatives, mais c'est faux. Tous les jeux qui m'ont plus en démo m'ont plu au complet, et le contraire est vrai aussi.

Et pour moi, c'est le contraire de ce que tu dis ; il faut que ce soit bien écrit, ou bien filmé, car c'est par la forme qu'on atteint le fond. Pour la même raison je suis incapable de lire un texte truffé de fautes.

Meuhoua
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Meuhoua
12/01/2011, 18:31
Je veux bien, mais y'a quand même une différence entre un texte truffé de faute, et un texte mal écrit ou sans style.

Par analogie le "truffé de faute" serait plutôt relatif à des bug, K&L n'en a pas vraiment, juste une IA de aimbot comme dans la quasi totalité des jeux du genre, c'est juste un TPS hypra-basique à base de "cover", comme on en bouffe toutes les mois depuis que Gears of War a rendu le truc populaire.

BlackLabel
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BlackLabel
12/01/2011, 19:45
Meuhoua
12/01/2011, 18:31
Je veux bien, mais y'a quand même une différence entre un texte truffé de faute, et un texte mal écrit ou sans style.


Ben pas tant que ça. Un texte littéraire mal écrit, c'est assez pénible à lire.

Je ne me souviens plus du titre, mais une fois j'avais ouvert un bouquin d'heroïc-fantasy, et la première phrase était du genre "Au milieu de la nuit, les chaînes de la pancarte de l'auberge remuée par le vent émettaient de petits bruits aigus".

Je deviens perplexe, je me dis "émettaient de petits bruits aigus" ? Puis là je tilte. La pancarte grince ! L'écrivain était tellement nul (et le correcteur de la maison d'édition également) qu'il avait fait dans l'approximatif dès la première phrase, alors que son boulot est d'utiliser des mots précis et des formules évocatrices. C'est l'essence même du travail d'écrivain, c'est ce qui donne de la saveur au texte.

Quand tu vas dans un restau, même si tu prends un repas bon pour la santé, tu t'attends quand même à ce que ce soit bon au goût aussi.

ladanettedu94
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ladanettedu94
12/01/2011, 23:03
(spoilers sur God Of War 3, vous êtes prévenus ^^)

Perso, si dans God Of War 1 et 2 Kratos avait ses raisons de buter tout ce qui passe, je trouve que ça va très très loin dans le 3 !
Le passage où on détruit le bras de Gaia, je m'y attendais pas du tout ! D'ailleurs dans ce passage, elle ne nous attaque pas, et comme on joue cette scène, j'ai mis une minute à comprendre que je devais lui exploser le bras. Je pensais vraiment pas que Kratos se retournerait contre elle, en tout cas pas au point de la tuer, ça m'a vraiment étonné.

Mais le pire des passages de GoW3, c'est quand on arrive près d'une salle avec une jeune femme enfermée (par un Dieu, mais j'arrive plus à me souvenir qui...). Au départ je croyais que c'était Pandore, mais pas du tout. Bref, on la trimbale avec nous, jusqu'à un moment où elle doit tenir un mécanisme pour qu'une porte s'ouvre et que Kratos passe. donc j'appuie sur O pour l'obliger à enclencher le mécanisme, kratos l

pika
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pika
13/01/2011, 21:46
(spoilers sur God Of War 3, suite)
Je ne pense pas que God of war 3 aille plus loin que le 2. Si Kratos refuse d'aider Gaïa et détruit sa main de Gaïa, c'est parce qu'elle l'a trahi (après s'être pris une branlée par Zeus au début du jeu). Kratos agit encore une fois sous l'impulsion de la colère et de sa vengeance. Quand à Amphititre (qui est en fait la femme de Poseidon !), c'est comme dans God of war 2, dans le temple du phénix, Kratos les oblige des prêtres à lire des incantations avant de les sacrifier.
Pour revenir à la discussion d'origine, il y a aussi Overlord où l'on joue un vrai seigneur du mal. Mais l'aspect humoristique et le manque de personnalité du personnage (il ne parle pas) atténue l'aspect salaud.

CaliKen
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CaliKen
03/02/2011, 23:53
Superbe constat. Effectivement un bon jeu où l'on incarnerait un bon méchant, sans aucune excuse... Je n'en connais aucun.

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