Y'a-t-il des oeuvres d'art dans le jeu vidéo ?

Cet article est un très gros morceau !

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BlackLabel16h02 | 8 Décembre 2010 | 21
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par BlackLabel
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L'art n'est pas un titre de noblesse. Mais il en donne l'illusion dans l'opinion populaire. Dès qu'on aime quelque chose, cela devient "une véritable oeuvre d'art". Une figurine Warhammer joliment peinte, une affiche de cinéma très stylisée, le dernier album de Justin Bieber. Tout et n'importe quoi.

Comment définir l'art ?

 

Avant de répondre à cette question, il faut distinguer deux formes d'art. Il y a une forme destinée à tous, que chacun peut appréhender, et une autre destinée aux initiés, c'est-à-dire qu'il faut développer un goût pour la chose pour être capable de la savourer, ou au moins avoir une prédisposition. En somme, toute personne sachant lire peut dévorer Les Trois Mousquetaires d'Alexandre Dumas, par contre apprécier à sa juste valeur Marcel Proust demandera un peu d'effort.

 

Bien entendu, ces deux formes ne sont pas pures, il y a quantité d'intermédiaires, des romans à plusieurs niveaux de lecture, de grands films qui ont connu un très bon succès populaire. De même, si nous n'écoutons pas forcément de l'opéra ou de la musique classique, nous connaissons et apprécions souvent certaines pièces grâce aux bandes originales des films, ou encore grâce à la publicité.

 

L'art des initiés ne se destine pas à une élite quelconque, mais tout simplement à des personnes prêtes à donner un peu d'elles-mêmes pour satisfaire leur appétit de découverte et leur curiosité. Il est d'ailleurs assez facile d'illustrer cela ; il y a quantité de films qui nous intéressent vers la vingtaine, sur lesquels nous n'aurions pas porter notre attention quelques années auparavant. L'art des initiés, c'est en somme apprendre à voir et reconnaître des choses qui ne sont pas évidentes pour tout le monde.

 

Il y a deux préjugés à combattre sur l'art, celui des ignorants, et celui des intellos. Les ignorants auront tendance à dénigrer ce qu'ils ne comprennent pas, probablement par frustration. Le Rouge et Le Noir de Stendhal ? Beaucoup de bruit pour rien, tout au plus un gros pavé illisible. Les intellos font la même chose, mais vers le bas pour se croire appartenir à une élite. Harry Potter ? Ça ne vaut rien du tout ! Comment je le sais ? Pas eu besoin de lire les romans, c'est tellement évident ! Je retourne à mon Stendhal ! Ce sont surtout ces intellos qui donnent l'impression que l'art est un titre de noblesse, tandis que les ignorants laissent croire que l'art, ce n'est au fond pas grand-chose, tout en s'empressant de donner ce titre à tout ce qu'ils aiment !

 

En fait, pour apprendre à apprécier l'art, il faut d'abord posséder une certaine humilité, être capable de se dire qu'on ne possède pas forcément (pas encore du moins) les outils nécessaires pour comprendre telle ou telle oeuvre. Il faut apprendre à connaître ses limites. On peut rester étranger à certaines formes d'art (moi c'est la peinture contemporaine), et alors décider de suspendre son jugement sur ce que l'on ne comprend pas, ou comprend mal. 

  

Aux origines de l'art pictural et du cinéma 

 

On parle souvent de l'art comme une représentation, notamment lorsqu'on dit "représentation théâtrale". C'est peut-être le mot "représentation" qui dès le départ ne convient pas pour définir l'art.

 

La notion d'art est absente de la préhistoire, pourtant les hommes préhistoriques ont dessiné sur les parois des grottes. On trouve différentes théories contradictoires pour expliquer les dessins dans les grottes, mais les spécialistes se rejoignent sur un point essentiel ; les dessins ne sont pas des représentations, mais des présences. C'est un art de l'apparition, et non de l'apparence, comme une statue de dieu en Inde ne représente pas le dieu, mais est ce dieu sous cette forme-là. Certains dessins des grottes représentent des animaux à huit pattes. Ces animaux ont réellement existé ; c'est la première retranscription du mouvement, l'origine du cinéma. J'ai parfois lu, dans des théories de joueur comparant le jeu vidéo et le cinéma, que le cinéma, lui aussi, était un gadget technologique à ses débuts, avant de devenir un art. Un des premiers "films" est un cheval qui court. Ça n'est certes pas d'un grand intérêt artistique, et cela attire la curiosité légère de n'importe quel badaud. Mais il me semble évident que la même motivation est la même chez les hommes préhistoriques et les pionniers du 7ème art ; capturer le réel. Pourquoi ? Alors ça, c'est une vaste question sur laquelle je n'ai aucune idée.

 

Mais bientôt, on en vient à raconter des histoires, à trouver une utilité à notre trouvaille. On donne une forme à ce qu'on vient de capturer. D'abord par la peinture, ensuite la sculpture, puis la littérature, la photographie, le cinéma, par la chanson (par la musique par contre, c'est un tout autre débat...). Et avec le temps, cette recherche s'affine, se perfectionne. Il suffit de comparer le degré de réalisme des films d'aujourd'hui à celui des années trente pour le constater. On donne forme, à travers l'image du cinéma, avec des cadres choisis, à travers le chapitrage des romans, le style de l'écriture, et des symboles évocateurs, à ce réel capturé. D'où cette impression parfois, même en sachant qu'on ne regarde qu'un film ou qu'on ne lit qu'un livre, que c'est réel. 

 

Si on accepte comme possible cette définition de l'art, il faut d'abord différencier les oeuvres cherchant (inconsciemment ou non) à capturer le réel et à lui donner forme, et les oeuvres d'imagination. Tolkien n'auraient donc pas produit d'oeuvres d'art, mais des oeuvres basées sur l'imaginaire. Ce qui n'enlève rien à ses talents de conteur.  Bien entendu, les deux formes, encore une fois, ne sont pas pures, il y a ici aussi des intermédiaires. Molière fait parler une statue dans Don Juan, Shakespeare a souvent recours à des sorcières. Il y a certaines formes de poésie et de peinture qui vont très loin dans l'abstraction.

 

Maintenant, il faut se demander une chose pour savoir s'il y a des oeuvres dans le jeu vido ; est-ce que le jeu vidéo, dès sa naissance, a cherché à capturer le réel ?

 

Le jeu vidéo et les limites du réel

 

Lorsque notre personnage se fait arrêter par la police dans Grand Theft Auto, il ne va pas en prison. Peu importe le crime d'ailleurs, un vol de voiture ou un massacre d'innocents civils dans un parc, c'est pareil. Après son arrestation, notre héros ressort quinze secondes plus tard d'un commissariat. Lorsqu'il meurt, il ressuscite à l'hôpital. Pour guérir de ses blessures, Chris Redfield mange des plantes, Nathan Drake se cache quelques secondes histoire de récupérer, et l'un des derniers Prince de Perse n'a même pas à s'inquiéter de sa santé.

 

Les jeux vidéo sont bourrés d'invraisemblances de ce type. L'univers lui-même est limité en possibilités ; nos grenades ne font pas toujours des trous dans les murs, nous sommes parfois bloqué par une barrière nous arrivant seulement à la taille, John Marston a une allergie mortelle à l'eau. À cela s'ajoute d'autres limites. Dans un jeu vidéo, le scénario et le gameplay sont sans cesse en conflit. On peut tuer des centaines de méchants lors des phases de jeu, et être kidnappé juste par deux ennemis lors d'une cinématique.

 

Cela fait partie du contrat. Le joueur accepte, jusqu'à un certain point qui est personnel à chacun, cet état de fait. Malgré tout, lorsqu'il s'agit de se demander si tel jeu est une oeuvre d'art, les joueurs ont tendance à ne jamais considérer le jeu dans son ensemble. Souvent, le gameplay disparaît de la donne. Le jeu est une oeuvre d'art pour "son scénario, son univers". On oublie donc souvent de considérer le gameplay et toutes sortes d'autres limites quand on parle d'oeuvre d'art du jeu vidéo ; c'est à la fois curieux et révélateur. Curieux, car au fond, pourquoi jouer aux jeux vidéo si le gameplay importe si peu ? Quel intérêt de parcourir des mondes si un peu de difficulté nous rebute, et si on joue seulement, ou en grande priorité, pour l'histoire ? Les romans sont faits pour ça. Les films sont faits pour ça.

 

La plupart du temps, lorsque nous faisons l'éloge d'un scénario de jeu vidéo, il n'y a en fait aucun critère solide pour étayer un tel point de vue. Il y a tellement de trous, d'invraisemblances, d'incohérences, d'exagération, de caricature, d'approximation, de situations illogiques, que ce qui paraîtra réussi à l'un semblera ridicule aux yeux d'un autre. On peut trouver Red Dead Redemption formidable d'un point de vue scénaristique, on peut tout aussi bien se pencher d'un peu plus près et constater que rien ne tient la route du début à la fin. Pour ceux qui aimeraient en savoir plus à ce sujet, voilà un article exhaustif : http://www.gameblog.fr/blogs/upselo/p_8545_red-dead-deception-john-marston)

 

Si en plus on compare Red Dead Redemption à certains westerns de cinéma, là ça devient littéralement la catastrophe. C'est ici que l'oubli des limites du jeu vidéo est révélateur. En somme, le jeu vidéo, c'est mieux que le cinéma selon certains, mais si quelqu'un pointe certaines limites citées plus haut, alors on rétorque comme une évidence :"Ben oui, mais c'est du jeu vidéo !". Le joueur se place de telle façon qu'il gagne, ou croit gagner, sur tous les tableaux. Il n'a pas de position fixe, il change d'angle de tir quand cela l'arrange. Il pardonne chez le jeu vidéo ce qu'il critique au cinéma. On en trouve certains qui n'aiment pas les blockbusters débiles au cinéma, mais qui en raffolent dans les jeux vidéo (en ne les trouvant pas débiles d'ailleurs), position que personnellement j'ai vraiment beaucoup de mal à comprendre, d’autant plus quand on cherche à mettre cinéma et jeu vidéo sur le même piédestal.

 

Le but premier du jeu vidéo a été de nous divertir, et de nous opposer "à…". C’est une forme aboutie des jeux de société. Le jeu vidéo, au fond, c’est un challenge qui prend forme sur notre écran de télévision ; il prend forme dans une histoire, avec un style graphique particulier, des personnages, et grâce à ce gameplay qu’on se plaît tant à oublier. Le jeu vidéo est un tout imparfait, bâtard, hybride, qui cherche sans cesse un équilibre entre virtuel et réel (ou vraisemblable selon les jeux) qu’il ne trouve jamais vraiment. Certains n’aiment vraiment pas le nom du jeu vidéo, et préfèrent lui trouver des sobriquets plus avantageux socialement. Média interactif, entre autres. Et c’est là aussi un préjugé assez fatigant. D’un côté, l’art comme titre de noblesse, de l’autre le jeu comme relégué à l’enfance. Pourtant, le jeu s’adresse à tous les âges (pas toujours son contenu, par contre), il a une diversité extraordinaire ; on joue pour l’exaltation légère des jeux de scoring, tout comme on joue de manière plus sérieuse à des jeux réclamant de la réflexion. La plupart du temps, les joueurs ne sont pas hilares, ils sont concentrés.

 

Nous divertir n’empêche aucunement au jeu vidéo d’avoir d’autres qualités, des histoires profondes, des univers fouillés qui nous donnent envie d’aller plus loin, jusqu’au bout. Je dirai même que plus le travail artistique est de qualité, plus le jeu est agréable à parcourir. Et nous sommes en train de perdre cela au profit d’une reconnaissance illusoire. Prisonnier du prisme de ses préjugés, le jeu vidéo d’aujourd’hui a des aspirations culturelles et délaisse de plus en plus le ludisme. Le jeu vidéo n’a jamais été, depuis sa naissance, d’une telle médiocrité, alors qu’il a les moyens technologiques de son aboutissement. En délaissant ce qui fait sa force, en s’aventurant sur des territoires où il devient infirme, le jeu vidéo ne devient pas un art, tout comme un nain ne devient pas une personne dans la norme en se faisant étirer les membres (j'avais vu un reportage là-dessus il y a quelques années). Le jeu vidéo commence même, avec la disparition progressive du challenge, à ne plus être du jeu vidéo. C’est ce qu’on appelle, je crois, une crise identitaire.

COMMENTAIRES
upselo
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upselo
08/12/2010, 16:33
Donc du Picasso n'est pas artistique car il ne cherche pas à reproduire le réel ?
J'ai bien trop de désaccord avec ton raisonnement pour le discuter de façon intéressante.
De mon point de vue, qu'il existe ou non des oeuvres d'art dans le jeu vidéo ou pas, je n'en sais rien. Je pense juste qu'il est tout aussi possible d'en créer qu'avec d'autres média.

Ityfalik
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Ityfalik
08/12/2010, 16:57
Au-delà de ton développement, ta définition de l'art et ton résumé sur les théories d'une poignée de philosophes, portent un énorme préjudice à la lecture de ton article. De fait, j'ai tout de suite tilté. Tu définis l'art selon le public qu'il vise. Or, tu n'apportes aucune définition à l'art. "C'est comme dire : qu'est-ce que le chocolat ? C'est destiné principalement aux enfants mais des adultes en mangent aussi"
Ensuite, tu résumes de façon bien trop concise le point de vue des philosophes en question. Résumer la catharsis aristotélicienne par "Aristote voyait dans l'art un moyen de nous purger de nos émotions violentes, de nous libérer d'elles" et enchaîner sur "ainsi, nous ne pouvons pas nous contenter de la définition d'Aristote", c'est très dangereux, surtout qu'Aristote a énormément développer la "mimesis", l'imitation de la réalité dans l'art, ce que tu développes par la suite. La Poétique est une oeuvre de plus de 500 pages où Aristote tente de définir l'art, donc résumer sa pensée par une formule, c'est pas forcément pertinent.
Tu généralises beaucoup trop, et il suffit d'un argument (comme celui d'upselo) pour venir ternir ton argumentaire.
Je pense que tu cherches à trop en dire et que du coup tu balances des sentences très discutables sans vraiment t'en rendre compte. Il ne faut pas chercher de définitions systémiques je pense.
Comme upselo, j'ai trop de désaccord avec ton développement pour débattre, mais si j'ai le temps, je le ferais.

BlackLabel
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BlackLabel
08/12/2010, 19:45
upselo
08/12/2010, 16:33
Donc du Picasso n'est pas artistique car il ne cherche pas à reproduire le réel ?

Pour Picasso, tout dépend de ta définition du réel. Il est certain qu'avec l'arrivée de la photographie, la peinture n'avait plus beaucoup d'intérêt à reproduire le réel tel quel, ou disons tel que nous le percevons avec les yeux. Quand Picasso peint Guernica, il s'inspire d'un bombardement réel, et je pense qu'à sa façon, il tente d'exprimer l'horreur que cela lui inspire.

upselo
08/12/2010, 16:33
De mon point de vue, qu'il existe ou non des oeuvres d'art dans le jeu vidéo ou pas, je n'en sais rien. Je pense juste qu'il est tout aussi possible d'en créer qu'avec d'autres média.

La question n'est pas s'il existe des oeuvres dans le jeu vidéo, mais des oeuvres d'art.


Ityfalik
08/12/2010, 16:57
Je pense que tu cherches à trop en dire et que du coup tu balances des sentences très discutables sans vraiment t'en rendre compte.

Je m'en rends compte, seulement l'article est déjà particulièrement long. En fait le problème vient de tout ce que je n'ai pas pu développer par manque de place (et par flemme aussi). Ce qui fait qu'on peut en conclure comme Upselo que je ne considère pas les oeuvres de Picasso comme des oeuvres d'art, alors que ce n'est pas mon propos.

Ityfalik
08/12/2010, 16:57
Or, tu n'apportes aucune définition à l'art.

Je dis clairement que l'art, du moins en partie, c'est une capture du réel auquel on donne forme. Comme le processus du cinéma qui a consisté d'abord à capturer le mouvement, pour ensuite aboutir à des histoires racontées avec ce nouveau format.

BlackLabel
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BlackLabel
08/12/2010, 19:51
Bon, j'ai retiré la première partie sur les philosophes qui était vraiment trop simplificatrice, pas du tout étayé. Je pense que même si le texte manque encore de développement, il ressemble plus à ce que je cherchais à dire.

Je vais ajouter aussi deux ou trois choses que vous m'avez inspiré avec vos commentaires.

Ityfalik
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Ityfalik
08/12/2010, 21:06
Merci de prendre les commentaires en considération, et j'espère que tu ne m'as pas trouvé trop abrupt...

Je pense que l'art sert justement à "représenter", et que le terme est très juste. D'après Régis Debray, l'origine de l'art vient du fait que les hommes avaient besoin d'appréhender l'inconnu (et non le réél). Lorsqu'il était question de soucis très prosaïques (comme survivre tout simplement), on peut se demander d'où viennent ces inscriptions dans les grottes. Il s'agit d'après Debray d'appréhender ce qu'on ne connait pas (ces animaux terrifiants), ou le transcendental (les divinités). L'image serait né de cette façon. D'ailleurs l'imago était une idole divine représentant les dieux. Debray vient plus loin en disant que c'ets la mort, l'idée de la mort qui a motivé la création artistique chez l'homme à l'heure où les préoccupations étaient pratiques. Il y avait donc un rapport effectif à l'art et à la mise en image. L'art servait à appréhender l'obscurité. Bien sûr tout cela a évolué, l'art n'a plus besoin d'être effectif, mais reste cette idée de représenter les choses qui nous surpassent. La représentation, c'ets le fait de présenter la réalité mais selon un angle propre à l'art, qui permet de la transcender.

glauktier
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glauktier
09/12/2010, 02:06
Personnellement, je vois l'Art de la même façon que Scott McCloud:

"L'Art en globe toute activité humaine qui ne découle as directement de l'une des deux pulsions fondamentales de l'être humain: L'instinct de conservation et l'instinct sexuel."

Avec ça je ne me prend pas la tête et je ne suis pas pompeux à vouloir faire de l'élitisme avec l'Art. ^^

Pedrof
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Pedrof
09/12/2010, 10:02
Je rajouterais une troisième pulsion fondamentale : développer son ego. Et à ça, l'Art répondrait.

Snake_in_a_box
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Snake_in_a_box
09/12/2010, 11:17
D'un point de vue juridique, tous les jeux vidéos contiennent ce que l'on appelle: des "½uvres de l'esprit". Ce terme vaste implique aussi bien, dans le droit d'auteur, le plafond de la Chapelle Sixtine, les symphonies de Beethoven et tout ce que l'on appelle communément, des ½uvres d'art.

Le jeu vidéo contient indubitablement des ½uvres d'art, qui sont protégées par le droit d'auteur. Un charact designer qui dessine n'importe quel personnage fait une ½uvre d'art (c'est du dessin) qui est protégée en tant que telle. Une boucle MP3 de musique est aussi une ½uvre d'art. Toutes les textures, tout le graphisme d'un jeu vidéo sont des ½uvres d'art. Pour aller même plus loin, les lignes de codes d'un programme informatique sont protégées par le droit d'auteur.

Ainsi, en tant que juriste, si on me demande: "Y'a t'il des ½uvres d'art dans le jeu vidéo" Je réponds "oui" sans hésitations. Cet argument ne répond pas à ton questionnement philosophique, mais il répond à des faits. Il y a dans le jeu vidéo des productions de l'esprit humain qu'il faut protéger. Par le biais de l'argument juridique, un Renoir ou un modèle 3D de Mario mérite le même respect et les mêmes protections.

Par contre, c'est la présence de l'élément ludique qui empêche de percevoir le jeu vidéo comme une ½uvre d'art dans sa globalité. En tant que "Tout" un jeu vidéo n'est pas une ½uvre d'art, car les règles d'un jeu ne peuvent pas être protégées.

Je te rejoins sur le jeu vidéo comme aboutissement du jeu de société. Cependant, j'avais développé une autre idée dans un article, où le jeu vidéo serait une forme de jeu de rôle papier, où le livre de règle est remplacé par le jeu et où la console est le MJ.

Enfin, si tu ne supporte pas les scénarios, rien ne t'empêche de jouer à Geometry Wars toute la journée. Personnellement, mon vif intérêt pour les histoires de toutes sortes ne me limite pas au seuls livres et films. Je me réjouis de voir que le jeu vidéo est un vecteur d'imaginaire. (sur le sujet, voir test de Final Fantasy 6) Je ne vois pas en quoi c'est une tare.

Taussane
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Taussane
09/12/2010, 12:35
A mon sens, l'art est une démarche et ne dépend donc pas de son support. Pour savoir si telle ou telle création est de l'art, rien de mieux que de poser la question à son créateur.

BlackLabel
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BlackLabel
10/12/2010, 13:45
Ityfalik
08/12/2010, 21:06
Merci de prendre les commentaires en considération, et j'espère que tu ne m'as pas trouvé trop abrupt...


Ben en fait ça m'a surtout aidé à réaliser que la partie sur les philosophes était très faible, ce dont je ne rendais qu'à moitié compte lors de la rédaction, car j'avais une idée en tête. Tant que les commentaires sont constructifs, ça ne peut qu'apporter du mieux.


Ityfalik
08/12/2010, 21:06
Je pense que l'art sert justement à "représenter"

Dans mes réflexions personnelles, l'art a longtemps été une notion comme le diable, plus on s'en approche, plus la définition devient floue et fuyante. Puis en lisant une synthèse sur les dessins préhistoriques dans les grottes, qui parlait de "présence" et non de représentation, la notion a pris forme.
On ne copie pas la réalité, on la recompose (ou on la décompose, si on pense à Picasso). Les dessins des grottes avaient pour les hommes préhistoriques des vertus magiques, et dans l'imagination populaire, l'art a aussi cette vertu. Les écrivains passent souvent pour des "magiciens", on parle aussi de "magie du cinéma".

Dans le jeu vidéo, je ne dis pas qu'il n'existe pas d'oeuvres, mais simplement pas d'oeuvres d'art, car j'ai toujours eu l'impression que le jeu vidéo ne cherchait pas à recomposer la réalité, que ce n'est pas son but. Peut-être que ça viendra un jour, à la façon d'un Total Recall. Mais pour l'instant, là où avec les romans et le cinéma on oublie parfois qu'ils ne sont que des romans et du cinéma, le jeu vidéo doit composer avec ses limites.


Snake_in_a_box
09/12/2010, 11:17
Je me réjouis de voir que le jeu vidéo est un vecteur d'imaginaire. Je ne vois pas en quoi c'est une tare.

Moi non plus.

Snake_in_a_box
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Snake_in_a_box
10/12/2010, 15:07
Alors que reproches-tu au jeu vidéo aujourd'hui?

Les mots sont forts, pour toi, ils sont aujourd'hui dans "une telle médiocrité"...

Ces propos m'ont fait pensé que tu trouvais injuste l'abandon du strict ludique pour des choses trop scénarisées ou trop scriptées comme c'est le cas aujourd'hui.

BlackLabel
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BlackLabel
10/12/2010, 19:14
Snake_in_a_box
10/12/2010, 15:07
Alors que reproches-tu au jeu vidéo aujourd'hui?


L'abandon progressif de la difficulté et du challenge. Quand je joue, j'ai envie de participer à l'histoire, et non pas de courir d'une cinématique à l'autre avec, en guise de parenthèses, du gameplay inconsistant. Les jeux aujourd'hui ont tendance à offrir de plus en plus de variété au niveau du gameplay, mais sans approfondissement réel. Le scénario devient aussi de plus en plus envahissant ; l'équilibre est rompu.

Snake_in_a_box
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Snake_in_a_box
10/12/2010, 20:01
Donc c'est une question d'équilibre, ok. C'est quoi pour toi le jeu équilibré par excellence?

Et aussi en quoi le gameplay d'aujourd'hui est-il inconsistant?

Je dois toujours appuyer sur des boutons pour faire avancer mes persos. D'abord quand je faisais sauter Mario, puis aujourd'hui pour faire tirer Nathan Drake.
Je ne vois pas réellement de différences entre les 2. Le jeu vidéo reste toujours une interface avec des boutons.

upselo
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upselo
10/12/2010, 20:08
Je sens venir un débat gameplay vs interactivité ^^

Snake_in_a_box
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Snake_in_a_box
10/12/2010, 20:11
Ouais va falloir arreter vite... On va se répéter.

Mais je suis vraiment curieux d'avoir la réponse au moins à ma première question après j'arrête, promis.

Manic
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Manic
11/12/2010, 22:17
"J'ai parfois lu, dans des théories de joueur comparant le jeu vidéo et le cinéma, que le cinéma, lui aussi, était un gadget technologique à ses débuts, avant de devenir un art.
Un des premiers "films" est un cheval qui court. Ça n'est certes pas d'un grand intérêt artistique, et cela attire la curiosité légère de n'importe quel badaud. Mais il me semble évident que la même motivation est la même chez les hommes préhistoriques et les pionniers du 7ème art ; capturer le réel. Pourquoi ? Alors ça, c'est une vaste question sur laquelle je n'ai aucune idée."

Si ça t'intéresse, les vues avec un cheval qui court se rapportent au zoopraxinoscope de Muybridge ! Après, je sais pas si on peut dire que le cinéma était "un gadget technologique" car même si il a servi à des fins scientifiques, très vite des gens comme Mélies et Émile Cohl ont vite utilisé le "cinéma" à d'autres fins, plus artistiques.
Et puis, l'être humain a toujours voulu capturer le réel et le mouvement, me demande pas pourquoi, je pourrais pas donner une réponse correcte. Mais une chose est sûre, une fois l'arrivée de la photographie, la peinture a pu enfin se libérer de cette "retranscription de la réalité" mais ça fait toujours d'elle un art (comme tu l'as déjà dit dans un précédent commentaire.)
Après, pour moi, un art ne peut pas être rabaissé à un simple divertissement. Même les films font la promesse d'être une oeuvre d'art, qu'ils la tiennent ou non. Et puis, l'art nous permet de vivre des choses qu'on ne pourrait pas vivre sans l'art. Alors, on pourrait du coup avec cette phrase insérer les jeux vidéo dans cette catégorie mais ça reste l'opinion de chacun.

Après je dirais que un jeu comme MSG4 m'a fait vivre quelque chose de tellement intense que j'aurai bien envie de dire "Ceci est une oeuvre d'art" mais bon, je pense qu'au final, j'ai plus regardé des cinématiques que de jouer au jeu lui-même donc je reste méfiant (d'ailleurs, Kojima devrait commencer une carrière de réalisateur.) Mais après tout, le théâtre se permet lui-même d'explorer d'autres médiums, pourquoi pas le jeu vidéo lui-aussi ?

OmegaBahamut
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OmegaBahamut
13/12/2010, 12:57
Pourquoi l'homme veut reproduire la réalité? C'est simple, l'homme aime l'omniscience et l'omnipotence. Il aime croire qu'il est ce que les religieux appellent un Dieu. L'homme essaye de se persuader qu'il peut être le créateur de tout.

Pour moi je résume l'art comme Bruce Lee:"un art martial, comme tous les arts, est l'expression du genre humain". L'art à pour but de faire passer un message, de donner son point de vue, de partager son imagination.

On peut je pense dissocier le beau de l'art. Je suis un béotien en philosophie donc je préfère pas péter plus haut que mon c**.

BlackLabel
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BlackLabel
13/12/2010, 14:32
Snake_in_a_box
10/12/2010, 20:01
Et aussi en quoi le gameplay d'aujourd'hui est-il inconsistant?

Ben y'a au moins deux raisons à ça. L'une d'elles est qu'aujourd'hui les jeux sont devenus si chers à créer que l'industrie prend moins de risque, et offre souvent des gameplay qui ne rebuteront pas la majorité des joueurs, avec une difficulté moindre et une grande automatisation des actions. Aujourd'hui l'important n'est pas que le joueur participe au jeu, mais ait l'impression d'y participer. Tu parles de tirer dans Uncharted, le coeur même du gameplay, qui est très bien calibré. Par contre les phases de plateforme complètement automatisées, ou encore les énigmes avec les réponses dans le carnet, c'est loin d'être aussi pertinent.

L'autre raison est reliée à l'envahissement du scénario. J'ai rien contre un scénario développé qui vient compléter le gameplay, comme par exemple les systèmes de dialogues où tu as le choix entre plusieurs réponses, car alors le scénario devient lui-même du gameplay, en quelque sorte, donc de la participation de la part du joueur.

Mais aujourd'hui on a plutôt le contraire, c'est-à-dire des phases de gameplay qui viennent compléter (ou plutôt justifier) le scénario. Donc de phases de jeu sans grand intérêt ludique, mais qui soi-disant ont une importance scénaristique, comme de surveiller des vaches dans Red Dead Redemption, par exemple. Personnellement, je trouve que c'est un non-sens. Tout comme des sentences du genre "Ce jeu, faut le faire pour son scénario" me paraissent absurdes. Pourquoi jouer, alors ? Quel intérêt de suivre une histoire par le biais d'une interractivité inconsistante ?

Snake_in_a_box
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Snake_in_a_box
13/12/2010, 16:08
L'exemple de Uncharted 2 est très pertinent.
Je comprends ce que tu as voulu dire.

jinsayen
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jinsayen
22/09/2011, 00:21
Donc selon toi l'art est la représentation du réel ou du moins sa capture.Soit.
Et logiquement tu poursuis en décrivant les aberrations du jeux vidéo en terme d'univers.J'ai plusieurs problême avec ce paragraphe.
Evidement le jeu vidéo souffre d'invraisemblance!
- A cause des limitations techniques inhérente à l'époque, au support ou même du poil dans la main des développeurs(Bethesda,si vous lisez c'est pour vous).C'est comme si tu pointais du doigt un fim des années 50 pour ses effets spéciaux (exemple scène en voiture absurde d'irréalisme) en clamant que ce ne sont pad des oeuvres d'art.
-A cause de la volonté des développeurs de ne pes frustré le joueur.Imagine un peu, ça fait 4h que tu joue et ton personnage meurt.Selon toi ce serait mieux et plus "artistique s'il mourrait pour de bon et que tu doives recommencer une partie.
-Le gameplay qui, parfois pour proposer des mécaniques de jeux intéressantes, spectaculaires, prend de grande liberté avec les lois qui régissent notre monde.Par soucis de "ludisme" tout simplement.
D'ailleurs tu parles du gameplay comme critère de jugement,si j'ai bien compris, à inclure pour démontrer si le jeux vidéo relève de l'art.Je suis curieux de savoir comment, sur quelles notions tu pense que l'on devraient se baser pour dire si tels ou tels gameplay participent à rendre tels ou tels jeux vidéo une oeuvre d'art.
Pour en revenir à ton paragraphe sur le jeu vidéo ce qui m'embête c'est que finalement tu parle beaucoup de vraisemblance, de cohérence mais pas de la patte, touche graphique, ou du rendu visuel, du grain de l'image, de son traitement,( présent ou absent soit dit en passant) des textures, des décors.Et je ne parle même pas de la partition musicale qui,si j'en croit un notre de tes articles, ne te touches pas particulièrement dan les jeux vidéos.
Donc j'en reviens à ta définition de l'art.Une capture du réel.Alors si je filme moi-même mon quotidien, est-ce de l'art?N' y a-t-il pas des codes formels, esthétiques à respecter.Parce que sinon même si je suis séduit par cette idée que l'art n'est pas une distinction, un titre.Comment faire la différence entre deux romans qui traiterait d'un même sujet.Sauf que l' un est de l'art l'autre une belle bouse.
L'Art, je pense, ne devrait pas tant être défini par une fonction, un rôle que par son esthétique au sens large, ce qu'il dégage ,ce qu'il évoque en nous.

Alors même si je ne suis pas d'accord avec toi sur bien des points je salue l'initiative, ambitieuse de définir l'art.De plus il est plus difficile d'avoir une idée, de la construire, de trouver des arguments que de rebondir simplement dessus et d'en trouver les imperfections.

"Tout comme des sentences du genre "Ce jeu, faut le faire pour son scénario" me paraissent absurdes. Pourquoi jouer, alors ? Quel intérêt de suivre une histoire par le biais d'une interractivité inconsistante ?"

Tout simplement parce que certain joueur aime avoir un scénario consistant et y prendre part même si cela reste limité.Ce sera toujours plus interactif qu'un livre ou qu'un film.Et puis par le biais du jeu vidéo on peut raconter des histoires de manière différente, inédite intrinsèque à ce support.Alors pourquoi le comparer au cinéma ou a la littérature?Et puis certaines histoires sont une part tellement importante du jeu et du plaisir qui en découle alors pourqoi se priver.P

jinsayen
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jinsayen
22/09/2011, 00:31
Pour finir, quand on aime qu'on nous raconte une histoire pourqoi passer à côté sous prétexte que le jeu vidéo n'est pas le support le plus adapté pour en raconter et faire l'impasse dessus pour se jeter sur un livre ou un film.

En espérant avoir une réponses à mes différentes questions même si j'ai conscience d'avoir pondu un pavé.

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