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The End

Metal Gear Solid 3 : Snake Eater
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Par Numerimaniac - publié le
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Pas d'analyse, pas d'avis, pas de critique. Juste des mots qui narrent une petite partie de l'expérience jouée par un joueur qui désire la partager avec d'autres. Pour donner envie, pour nous souvenir, pour le plaisir!

Serrant les bandages de sa cuisse, aussi fort qu’il le pouvait, allongé dans une souche pourrie de la jungle, Naked Snake avait pris refuge ici pour éviter le pire. Trempé par la sueur, l’humidité et la moisissure de sa cache, il s’injecta le sérum puis passa la main devant ses yeux pour vérifier que les ténèbres qui obscurcissaient sa vue disparaissaient. Doucement, Snake se glissa pour observer l’extérieur. Les rayons de soleil perçaient le feuillage dense. Il percevait à nouveau toute l’incandescence du ciel blanc, qui recouvrait la forêt d’une chape de moiteur écrasante, lourde et malsaine.

Nul besoin de se presser. Son adversaire a attendu ce moment depuis longtemps. On peut même dire qu’il ne vit que pour celui-ci. Surnommé The End, ce vieillard croulant sur son fauteuil roulant s’est levé une dernière fois, du haut de son centenaire, pour son ultime combat. Il avait préservé ses forces pour offrir à Snake son talent, celui du plus grand des snipers. Si Snake se confond avec la nature grâce à son camouflage, The End, lui, se fond littéralement en elle. Il est une part d’elle. Elle est son alliée. Snake, au-delà du tireur d’exception, se confronte à la Nature. Chaque craquement de brindille, chaque rond dans l’eau boueuse est susceptible d’indiquer au vieux sniper sa position. Pourtant incrédule, Il l’avait vu de ses propres yeux, cette nature qui écarte ses branches pour offrir à The End quelques rayons de soleil salvateurs et lui conférer soudain une nouvelle santé. Il l’avait vu aussi, sous les vagues vertes de l’océan vert, cet oiseau, un perroquet bien trop bavard, mouchard à la solde de son maître. Snake avait été contraint à la fuite, à la planque. Le vieux sniper lisait ses mouvements grâce son compagnon et s’amusait avec l’espion. Acculé, Snake avait abattu l’oiseau qui le suivait sans cesse. A l’instant même, il avait senti tressaillir The End du fond de la jungle, pousser un cri empli du plus profond des désespoirs. Snake avait brisé l’omniscience que lui conférait la Nature et récolta son courroux.

Il sentait encore la brûlure de la fléchette empoisonnée, mais il devait repartir au combat. A l’heure qu’il était, il avait acquis la quasi-certitude que pour la première fois, ni l’un ni l’autre ne savait où se trouvait son ennemi. Les cartes avaient été rebattues pour être également distribuées. The End appartenait dorénavant plus à la caste des hommes qu’à celle des esprits de la forêt. Renversant l’avantage de son ennemi, Snake décida qu’il était temps de se mouvoir tandis qu’il présumait que The End attendait qu’il passe dans sa ligne de mire, noyé dans les nuances de verts. A même le sol, dissimulé dans les hautes herbes, Snake avançait doucement, silencieusement. Réfléchissant à chacun de ses mouvements pour ne pas se révéler, il reprenait son instinct de chasseur en même temps qu’une confiance nouvelle. Avec une rare méthodologie, il rampait avec patience à tous les points de tirs de la zone du duel, les même que The End. Puis il s’emparait de son fusil à lunette, scrutait la forêt à la recherche, par exemple, d’un reflet brillant pouvant trahir la présence invisible de son ennemi.

The End devait être perché, patient, à attendre une erreur fatale du gamin. Qu’importait à The End de mourir, puisqu’il devait déjà être mort. Il avait invoqué la Nature pour lui accorder le crédit de quelques heures en plus parmi les vivants. Comme les autres membres de la Cobra Unit, cinq soldats hors normes aux ordres de The Boss, jadis le mentor, l’amie et aussi la mère de substitution de Snake, The End ne se battait pas pour une idéologie. C’était simplement son devoir. Un devoir, un destin qui l’opposait désormais à Naked Snake. Il s’était accaparé l’endroit et jouait avec Snake dans un combat formateur, sans haine, préférant lui asséner dans ses chairs du poison que du métal. Il usait Snake, tentait d’effriter sa patience, de le casser, de l’humilier, dans le jeu cruel qui les opposait. The End devait être perché, patient, le doigt posé sur la gâchette, prêt à infliger une nouvelle punition à l’élève.

Snake progressait. Tirant profit au maximum de ses capacités d’infiltration, il tentait de renverser l’avantage du terrain à son profit. Bouger, toujours et encore, en silence, réduire et encercler progressivement son invisible ennemi. Cela ressemblait à une traque, celle d’un serpent qui préparait son attaque avec minutie, avant de bondir, enfin, sur sa proie. Cependant, son corps était criblé de blessures, de stigmates, sans compter les douleurs musculaires. Il ne se nourrissait que chairs crues de la faune locale : poissons, crocodiles et serpents. S’il devait sans cesse se rabaisser à l’état d’un animal, d’un fauve pour accomplir sa mission, il s’était hissé comme le plus grand prédateur de ce monde sauvage. Il s’arrêta un instant, redoutant à chaque instant sentir, dans un violent éclat sonore, la nouvelle morsure de The End. Snake écoutait désormais la forêt. En apparence silencieuse, elle grouillait de bruits indistincts, des feuilles bruissantes, d’insectes, de chutes d’eaux lointaines, d’animaux... puis un faible sifflement, tout à fait inhabituel. Le coeur de Snake tressauta, mais resta immobile, ses doigts enfoncés dans la terre saturée d’eau. C’était la respiration malade de The End. Ils étaient là, à quelques mètres l’un de l’autre. The End ne pouvait l’avoir vu, sinon Snake aurait déjà reçu une sanction. Il ne restait plus qu’à le localiser. Snake avançait peu à peu, la respiration sifflante devenant de plus en plus perceptible. Puis, soudain, il vit les tâches de vieillesses qui balafraient le crâne chauve du sniper. Il était juste devant lui, de dos, à attendre, arme au poing, patient. Il guettait lui aussi la forêt à travers sa lunette et ne se doutait pas que son ennemi était désormais trop près pour le voir. Les muscles bandés, Snake, le visage grave, visait le vieillard avec son pistolet.

Cinq coups de feu résonnèrent sous le dôme verdoyant. The End était mort. La Nature pleurait son enfant, et en signe de deuil, s’était parée des couleurs d’automne.

 

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