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ImmorTall : Mais pourquoi reculer ?

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Par SocioPads - publié le
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L’article narre l’expérience unique de ce jeu gratuit. Surtout, jouez au jeu avant de lire le texte! Cela dure 5 minutes. Puis lisez le texte. Puis rejouez au jeu!

Avant même de lire mon article, vous devez faire ce jeu vous-même. Je gâcherais vraiment une expérience qui n’appartient qu’à vous. Voila le jeu en question, il ne dure pas plus de 5 minutes. Je vous conseille vivement de sacrifier ces quelques minutes à cette fable unique que l’on doit au studio Pixelante.

Un vaisseau s’écrase sur une planète que je connais bien, la Terre à priori. Ma première interrogation est de savoir ce que j’incarne dans cette aventure ? Un martien venu nous avertir de la bêtise de l’homme, apporter la sagesse ou nous annoncer que la Terre gène la construction d’une autoroute cosmique et qu’il va falloir nous raser de l’univers ? A ma grande surprise, ce n’est rien de tout ça, je suis une... larve. Je suis petit et frêle, et un seul chemin s’offre à moi. Alors j’avance, du moins, je rampe.

     

La musique résonne dans mes oreilles et enduit le monde grisâtre qui m’entoure d’une triste rêverie.
Me déplacer est un jeu d’enfant, deux touches qui se résument à avancer et reculer... Mais pourquoi reculer ?
J’avance déjà dans l’optique d’atteindre la fin du niveau, vers une petite fille assise dans l’herbe. Peut-être que l’ambiance maussade me trompe mais elle semble cafardeuse. D’ailleurs, ma présence l’arrache de sa contemplation, elle semble enjouée ! On pourrait croire qu’elle m’a attendu tout sa vie. Elle m’aide gentiment à franchir une butte de terre, un obstacle ridicule mais impraticable pour l’être rampant que je suis.

C’est alors que mon corps, comme pour s’adapter, se pourvoit de deux jambes. Le monde se teint en vert et l’ambiance morose s’envole en même temps que ma solitude. Me voilà accompagné d’une petite fille qui suit mes pas.

Nous rencontrons alors, perché sur un arbre, un jeune garçon que j’imagine être son frère. Au lieu d’être effrayé par mon apparence, c’est tout naturellement qu’il m’offre une pomme que je déguste aussitôt. Je grandis à vue d’œil et c’est le bleu qui colore maintenant le monde. Me voilà devenu un géant et j’attends mon rayon laser ou le pouvoir de provoquer des tremblements de terre... mais rien ne se passe. Tout comme à mes débuts, pas de super-pouvoir, seulement la possibilité d’avancer ou de reculer. Le jeune garçon s’installe sur mon dos et nous continuons notre bout de chemin.

    

J’arrive très vite à proximité d’une maison que je surpasse maintenant de quelques mètres. Un homme et une femme que je devine être les parents sont apeurés et s’enferment dans leur maison. Je veux bien comprendre leur réaction, après tout ne suis-je pas un alien monstrueux pour le commun des mortels ? Pauvres humains !

Devant la réaction des parents, le petit garçon descend de mon dos et rentre lui aussi dans la demeure familiale... dépité. Le monde bleu en devient nostalgique, heureusement la petite fille est restée près de moi. Le cœur d’un enfant, elle m’attendrit autant que l’adulte en moi sourit, non sans une pointe de cynisme, de cette belle niaiserie. Que puis-je faire hormis avancer ? A peine, nous dépassons la modeste maison, que la petite famille stoppe ma marche. La mère s’avance et m’offre ce qui semble être une bouteille de lait. Le monde est maintenant jaunâtre, joyeux, c’est une famille entière qui désormais m’accompagne.

Mais le bonheur ne dure jamais, et c’est le cas de le dire puisqu’il aura duré pas moins de quelques pas. Tout à coup, le monde se teint de nouveau en gris, le jaune agréable s’envole à jamais et laisse place à La Guerre. A peine ai-je le temps de comprendre ce qu’il se passe, qu’un soldat tire dans ma direction et forcement celle de l’affectueuse famille. Toujours pas de rayon laser... je me demande alors comment vais-je pouvoir affronter cette épreuve et c’est instinctivement que j’utilise mon propre corps comme un bouclier. Mes compagnons sont sains et saufs et le jeu devient enfin limpide. Je suis, comme le titre l’annonçait, immortel et je dois sauver cette famille, ma famille !

           

J’avance sans m’arrêter et je bloque tous les obus et les tirs de mitraillettes. C’est la guerre, elle semble absurde et dénuée de raison. A chaque mitraillade, la famille se paralyse, ils se crispent... ils ont peur. Leur détresse m’encourage, je suis le seul en mesure de les protéger.
Il en arrive toujours plus, et la tâche semble parfois impossible. Un Tank à ma gauche et un soldat à ma droite, je crains le feu croisé et d’être incapable de protéger tous les membres de la famille. Heureusement, le temps ralentit et il m’est alors possible de contenir les deux assauts... mais voilà que je me courbe. Je pensais être immortel mais ma silhouette pitoyable m’indique le contraire.
Je panique devant cette idée et je me résous à atteindre rapidement la fin du niveau, avant qu’il ne soit trop tard.

Je commence à fléchir dangereusement, et toutes les émotions, l’attachement pour cette famille commencent à faire place à mes automatismes de joueur. Que faudrait-il que je fasse pour m’en sortir ?
Si j’arrête de protéger ma... famille qui devient encombrante, je pourrais éviter au moins les bombardements d’avions et de tanks. Peut-être qu’ils ont des points de vie, qu’ils peuvent survivre à quelques tirs mais j’en doute. Pourtant la tentation et grande et c’est en calculateur que je laisse une balle traverser ma défense. Le père meurt sur le coup, et je m’arrête un instant. La famille horrifiée et triste entoure le cadavre, la mère verse des larmes... J’avance.

          

 

Puis je commence à oser le croire, et si ce n’était pas un jeu lambda...
Avancer, avancer, avancer... mais pourquoi faire ? 1000 points bonus pour chaque individus que l’on aura sauvé ? Des félicitations pour avoir survécu aux vagues d’assauts ou peut-être même un succès ! Et si, ce jeu n’en était pas un.

La musique ralentit, les tirs sont autant de notes de désespoir qui me font alors comprendre cette vérité : il n’y a pas de fin de niveau. La seule fin possible est ma mort, j’avais oublié la grande Faucheuse et je pensais qu’à la fin de ma vie, on m’accueillerait avec mon score et la possibilité de Retry. La mort est souvent une frustration durant mes aventures imaginaires mais rarement une fin. Cela semble pourtant évident qu’une histoire ne se termine vraiment qu’à la mort de son héros, en dépit du fait qu’il sauve des princesses ou le monde. Devant cette pensée, protéger cette famille semble une tâche vaine, à quoi-bon ?

La seule chose qui peut ressortir de cette randonnée macabre, c’est ma mort dans cette guerre absurde.... puis là encore, un déclic. Je pensais être tombé sur une force d’invasion, un conflit comme un autre, je pensais être le héros qui protègerait une famille. Mais la raison de cette guerre, c’est moi.
Tout a commencé avec mon arrivée, j’ai suivi le chemin qui était devant moi sans m’interrompre. Je voulais atteindre la fin du niveau comme à mon habitude.

Je viens de comprendre toute l’ironie de la situation, cette famille que je tentes vainement de protéger est en danger pour mon bon plaisir.

Ce sont des pixels, ils me donnent un but, une immersion et une narration. J’ai besoin d’eux si je veux avoir un fil directeur, moi, qui suis incapable d’avancer sans un objectif, une fin. Je viens de comprendre, et enfin après si longtemps, je vais faire preuve d’initiative :

je vais revenir sur mes pas, je vais reculer.

Le chemin est beaucoup plus long qu’à l’aller, je suis blessé et même mourant, je marche lentement. Cette route que j’ai parcourue en à peine quelques minutes est déjà le cimetière de mes souvenirs et de mes regrets, et c’est avec une once de culpabilité que je dépasse le cadavre du père défunt.
Je ne rencontre ni soldats, ni tanks, il suffisait de rebrousser chemin pour qu’ils disparaissent. Comme je le pensais, Je provoque la guerre, avancer n’était pas mon salut mais la mort assurée.
J’arrive enfin à destination, de nouveau, me voilà auprès de mon vaisseau. Il m’attendait, il n’a jamais bougé. Mais là encore, mon intuition est-elle bonne ? Les créateurs derrières ce triste univers sont-ils vraiment allés jusque-là ?

A ma grande joie, le vaisseau décolle et je quitte enfin cette planète.
Les survivants de ma famille provisoire me font des gestes d’adieux et la petite fille verse quelques larmes, elle ne devrait pas être triste. Tout ira bien pour eux maintenant... je ne suis plus de ce monde.

                                 

Lorsqu’ils ne vous sont pas donnés sur un plateau d’argent,
Lorsqu’ils ne sont pas déjà prémâchés,
deux choix, deux alternatives,
c’est déjà trop.



Bokurano qui voulait partager 5 min dans un monde fermé, sans les milliards d’investissements et les centaines de développeurs.

Contribution de sociopads pour Numericity

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