"Mais mon pauvre petit, tu n'arriveras jamais à rien avec les jeux vidéo !"

Si nombre de phrases ont marqué l'histoire de l'humanité, celle-ci a bouleversé la vie d'un petit garçon. Lâchée sous le coup de la colère de sa mère, arrivée aux limites de sa patience tandis qu'il s'évertuait à zapper les canards à l'écran, le message n'aura pas manqué de se graver dans son esprit, de s'imprimer au fer rouge dans son inconscient, marquant définitivement une voie de non-retour à l'image de celle qui a accueilli et frappé des générations entières de son "Arbeit macht Frei".
Ainsi, à l'aube de ce jour funeste, une passion est devenue un vice. Ce qui était encore la veille un plaisir, s'est transformé alors en débauche, objet de honte et de dédain. L'innocence fit place au mépris, s'insinuant en lui comme un poison, frappant sa vie d'une malédiction. Incapable de renier son amour pour une luxure désignée, il s'affarait alors à soulager ce besoin irrépressible en cachette, la nuit venue, souvent. Et comme si la souffrance de se voir réprouver un domaine auquel il se destinait n'était pas assez abominable, l'objet de son délit passionnel figurait toujours dans sa chambre, comme un paquet de cigarettes laissé à l'attention d'une résolution trop jeune, trop fragile. Soumis à la tentation, les regrets succèdaient aux crises et aux faiblesses, alimentant un déni toujours plus violent d'une partie de lui-même, refoulant au plus profond de son être une part de sa personnalité. Jamais rien, ni loisirs, ni sports, ne sont jamais parvenus à effacer le souvenir de cette âme soeur croisée. Le réflexe du doigt appuyé sur le bouton d'alimentation n'a jamais failli, sitôt la porte franchie. Petit à petit, face à tant de rechutes ressenties comme des échecs, la vie, finalement, perdait toujours un peu plus de son sens. Et puisqu'il devait se refuser l'unique chose dont il s'était épris, bientôt le chaos déborda, s'installa. Ses maigres temps libres réservés à sa dépravation, ses amis s'éparpillèrent. Sans objectifs savoureux, sa scolarité vascilla. Livré à lui-même, sans personne à qui se confier, il se referma sur lui-même. Adoptant le masque qu'on voulait bien lui faire porter, il suivait les directives, les souhaits, les espoirs qu'on lui signalait, suivant les ordres comme un zombie savant. Puisqu'il devait renoncer à la seule chose qui avait de la valeur à ses yeux, le monde ne lui apporterait jamais plus de saveur. Rien ne saurait jamais plus égaler cette intensité ressentie.
Alors, aujourd'hui, vois donc les dégâts causés, mère ! Toi qui a coupé les ailes de ton fils avant de le lancer dans le monde, contemple l'étendue de ton erreur ! Là, où cette futilité aurait pu motiver l'apprentissage des langues. Là, où cette addiction aurait permis de développer une sensibilité artistique. Là, où la superficialité aurait pu consacrer l'imagination. Toi, tu m'as préféré ta réalité du monde, celle qui a attisé les reproches, celle qui a effrité la confiance, celle qui a remis en question mon existence, celle qui a transformé mes rêves en cauchemars. Prends désormais toute la mesure de tes convictions et réfléchis aux cimes qu'aurait pu atteindre ton fils si au lieu de contrainte et d'amour étouffants tu avais préféré la confiance et les encouragements.
"Tu n'arriveras jamais à rien avec les jeux vidéo !", vraiment ? Redis-le pour voir...
22/04/2010, 15:55
22/04/2010, 16:10
23/04/2010, 17:08
Du coup, tout stratagème pour contourner leurs restrictions devenait un délice. Et avouez que jouer l'infiltration dans la maison pendant la pause de midi, alors que j'étais censé manger à la cantine, tout ça pour brancher ma Nes pendant une demi-heure essentielle à mon bien être, ça fait quand même de chouettes souvenirs.
23/04/2010, 18:01
23/04/2010, 18:13
Après tout pourquoi pas, mais c'est osé. Un peu à l'image de ton texte que j'apprécie beaucoup. Même si je ne partage pas du tout ta vision des choses.
23/04/2010, 18:15
Ma première Game & Watch pour mon premier bulletin scolaire, mon premier appareil de salon: l'Atari VCS 2600 obtenu a renforts de bonnes notes et dont les jeux ont égayé nos soirées familiales mes parents et moi-même, le 800XL par lequel les bonnes notes ont fini par périr et attirer les foudres de ma famille.
Mais ils savaient... que j'étais tombé dans la marmite...
Et le jeu vidéo m'accompagne depuis lors (j'ai 35 ans) et ma fille suit gentiment le profil de gameuse que je ne lui ai jamais imposé... tout au plus y aura-t-elle assisté et s'y sera intéressée.
Mon épouse a qui il a fallu tout expliquer très souvent à renforts d'arguments plausibles à ses yeux, pour qu'elle comprenne que ce n'est pas qu'une passion juvénile... Que non, finalement, ça ne va pas me passer...
Je pense que nous sommes la dernière génération pour qui le jeu vidéo pose problème à son entourage. Les aprioris lentement s'estompent.
Certains en auront probablement plus soufferts que d'autres, je n'en fait probablement pas partie.
Même si, encore, mes parents font semblant de rien, un léger rictus d'incompréhension au coin des lèvres, alors que je déballe de nouveau le dernier jeu souhaité à chaque occasion qu'ils ont de m'offrir un cadeau...
23/04/2010, 18:31
J'ai eu la chance d'avoir des parents très ouverts à ce niveau (même s'il n'a jamais été un grand joueur, mon père a quand même fini mario 64 et OOT!), qui voient le jeu vidéo comme un loisir, pas foncièrement différent du cinéma.
De toute façon, le jeu vidéo commence à rentrer dans les moeurs, et les prochaines générations auront sûrement de moins en moins de mal à accepter le jeu video.
23/04/2010, 19:21
Je comprends ce que tu souhaite dire, depuis petit, je prends autant de plaisir à faire des jeux vidéo qu'à les jouer. Mais une fois le bac en poche, va dire à tes parents que tu veux faire un école de jeux vidéo ! Vu que la plupart des écoles sont privées, donc chères, mes parents n'ont pas voulu prendre le risque que je me lance la dedans, et j'ai finit avec un diplôme de physique. Finalement j'ai finis par réussir mon rêve, je suis artiste pour du jeu dans une boite à Montréal ou je gagne très bien ma vie et mes parents sont très fiers de moi.
Je ne leur en veut absolument pas, avec du recul leur réaction est tout à fait compréhensible. Quand t'as la conviction, même erroné, que ton enfant s'engage dans une voie sans débouchée, tu fais tout pour l'en empêcher.
J'espère que tu ne leur en veut pas, moi ça m'a permis de me booster dans ma vie professionnel. Je voulais leur montrer qu'il avait tord et j'ai travaillé comme un acharné juste par fierté. J'espère que ce soit le cas pour toi aussi ... Montres leur que comment ils s'en trompent
23/04/2010, 19:39
Stanley : "Arbeit macht Frei", merci de la rectifictation, je vais changer ça tout de suite !
Merci pour les autres (Guedin, tu le sauras en lisant la suite... Peut-être).
23/04/2010, 20:02
23/04/2010, 20:12
23/04/2010, 22:21
23/04/2010, 22:47
Pour le reste, on a dû presque tous passer par-là... Ma mère, elle, s'amusait à virer ma Megadrive par la fenêtre lorsque j'avais de mauvaises notes. Inutile bien sûr de parler des autres gosses qui me dévisageaient avec la plus extrême circonspection.
Pourtant, le thème de "l'artiste maudit" n'a rien de nouveau : le premier poème des Fleurs du mal, Bénédiction, dit exactement la même chose que ton texte. Hélas, les situations se répètent, mais personne ne semble pouvoir se les remémorer...
Cela dit, mon petit plaisir revanchard aujourd'hui est de regarder avec un petit sourire narquois ma mère jouer à Professeur Layton sur DS. ^^
23/04/2010, 23:44
24/04/2010, 00:19
tu sais il y a des choses bien à l'extérieur.
bien écrit ce texte mais un peu trop culpabilisateur peut être
24/04/2010, 02:35
Quand à la comparaison avec les camp au travers d'une seule citation, si c'est ce qu'il a ressenti, pourquoi pas ? Il n'est pas en train de crier le renouveau du 3em Reich
24/04/2010, 08:48
Quant à la référence (erronée d'ailleurs) aux camps de concentration, elle n'y est présente que pour justifier/illustrer l'impact de certaines phrases sur les esprits. Ainsi, il n'y a aucun parallèle entre le JV et le Nazisme, simplement une phrase qui s'est empreignée chez un gamin à la hauteur de la référence. C'est osé, j'assume.
Maintenant je suis conscient qu'on ne peut pas plaire à tout le monde. J'ai juste tenu à préciser quelques détails à la lueur de vos commentaires un peu trop entreprenants en extrapolation.
24/04/2010, 13:16
Voila voila
24/04/2010, 13:55
24/04/2010, 14:45
25/04/2010, 13:48
Tout le monde s'accapare ton article et maintenant il n'est plus ce qu'il fût, dommage.
Les ogres existent, et si ton article est culpabilisant, il n'est pas comparable à ce qu'un géant peut faire ressentir à un enfant tout au long de sa jeunesse et de sa vie à force d'autorité gratuite et de phrase volontairement dégradante. Le spectre de la tyrannie à petite échelle.
Ce que j'aime surtout, et je l'ai compris ainsi : c'est que la subjectivité de ton article sert vraiment à pointer ce qui blesse, pas tant que l'on t'empêche de jouer mais qu'on te culpabilise de le vouloir. Jouer devenait un acte de faiblesse, tu devenais un rebelle qui ne voulait pas forcement l'être, honteux d'aimer.
25/04/2010, 18:46
Ouh la, l'exemple vaseux. Tu t'es expliqué, mais dans le genre "phrase qui marque", pfff... T'avais un million de choix possible et ça aurait été bien de te renseigner un minimum là dessus. Comme quoi passer un peu plus de temps à bosser ses cours et jouer un peu moins de temps en temps ça peut servir.