Velvet Assassin : Requiem pour un Cauchemar

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SocioPads11h18 | 20 Avril 2010 | 4
Divers
par SocioPads
Loin des médailles et des honneurs, j'ai tué, assassiné, saboté et j'ai provoqué la mort d'innombrables civils. J'ai joué mon rôle dans une folie humaine dont personne n'échappe à la souillure. L'horreur, l'horreur !

de Bokurano

Le visage endormi de la jeune femme m'enfonce dans ses rêves, l'atmosphère brumeuse et la musique lancinante laisse supposer la profondeur et les tourments dans lesquels cette Belle-au-bois-Dormant est prisonnière. Je n'incarne pourtant pas un monstre, j'incarne une héroïne, une héroïne de guerre. C'est ainsi que je plonge dans le cauchemar de Velvet Assassin.

Curieux, je me demandais comment est-ce qu'un studio allemand allait traiter l'histoire de Violette Summer, espionne anglaise durant la seconde guerre mondiale. Je le souhaitais loin de tous ces rêves d'héroïsmes, de toutes ces tueries maquillées auxquelles on voulait me faire participer. Je ne voulais pas un rêve, mais un cauchemar... et je l'ai eu.

Dans une atmosphère de fin du monde, un ciel orangé qui laisse présager à tout moment la venue des ténèbres prochains, j'alterne entre paysages surréalistes et bunkers glauques et angoissants.
Je m'enfonce au plus profond des lignes ennemies, je tue en silence mais mon meurtre n'est jamais propre. Il y a tant de façons d'abattre un homme que je suis sans cesse horrifiée par mon sang-froid, tuant par coups secs où parfois mutilant le corps ennemi dans un recoin sombre, ma main est comme possédée et je ne lâche pas le couteau. Ces souvenirs me sont désagréables et mon mal est limpide puisqu'on m'injecte une dose de morphine lorsque je patauge dans un délire horrifique. Et là tout devient un laps de temps... plus simple.

                 

L'ennemi n'en est pas toujours un, parfois j'aimerais ne pas avoir à assassiner tel ou tel soldat, l'un boit pour oublier ses tâches ingrates, l'autre se demande pourquoi il participe à cette folie collective, d'autres tentent de suivre les ordres sans trop s'impliquer tandis que certains succombent peu à peu à la folie environnante. Dans cette abîme où les hommes tâtonnent pour donner un sens à leur condition, j'entends de tout, une discussion sur l'art, l'un préfère les licornes et leurs rêves tandis que l'autre est fasciné par la noirceur impénétrable d'un tableau. Pire que la haine, le mal est banalisé et un soldat au rire gras apprend comment faire brûler efficacement les corps. J'alterne entre mépris, dégout et pitié mais au moins ils m'inspirent encore des sentiments humains, et ce n'est pas le cas de tous. Tenant plus de la créature que de l'homme, les soldats au lance-flamme ne laissent passer aucune émotion sous leur masque. La mort frappe aux fenêtres, avec la froideur de la distance, le sniper fauche mécaniquement tout ce qui semble humain.


Et moi, serai-je une exception dans cette folie ambiante ? Je la combat mais nul besoin de regarder l'abîme pour comprendre que je suis déjà dans le gouffre béant, et que je m'y complais comme un abris qui me conforte et m'horrifie.
J'alterne les missions comme l'assassinat d'un SS qui tient du boucher, j'allège de leur vie d'autres espions moins chanceux pour que leur langue ne se délie pas sous la torture et enfin je sabote avec brio une installation pour que les Alliés effectuent un bombardement : 30 000 civils tués succomberont à la mort venue du ciel. Mais il y a une chose qui me rassure dans cette descente surréaliste dans un monde qui tient du purgatoire et de l'enfer à la fois : ce n'est qu'un cauchemar. Violette va se réveiller et comme Alice, son fantasme disparaitra avec son réveil.

A demi-mot, j'entendais des voix autour de moi, je suis dans le coma et on décide de ce que l'on doit faire de moi. Les voix résonnent, à peine audibles, j'entends des bribes, je suis une espionne et ces Français veulent combattre l'occupation mais me garder en vie et me cacher reviendrait à signer leur arrêt de mort. Et pendant qu'ils débattent de mon sort je revis l'horreur.    Ils sont morts, je me réveille et je reprend petit à petit mes esprits, fuir est ma priorité mais peut-être aurais-je mieux fait d'être livrée. Les SS hargneux se vengent sur le village à proximité, et c'est dans un élan suicidaire de culpabilité que je m'enfonce dans le village brûlé et vidé de ses habitants.


Les cauchemars interminables que je venais de vivre n'étaient rien comparé à ce que j'avais sous les yeux, les ténèbres étaient encore plus oppressants et lourds, la seule lumière qui jaillissait était celle du feu dévoreur que les SS avaient allumé. L'apothéose de la monstruosité humaine flambe sous mes yeux, une église brûle et à l'intérieur femmes et enfants hurlent à l'aide, j'utilise tout ce que j'ai pour mettre en fuite les créatures dantesques qui ont imaginé ce crématoire de fortune. Je frappe alors la porte de toute mes forces mais rien n'y fait, je ne peux sauver personne.

C'est la fin de cette fresque sinistre, l'enfer est loin derrière mais laisse le goût amer de l'absurdité de la guerre, je n'ai jamais pu me sentir héros tout au long de cette aventure éphémère. Seulement l'horreur humaine dont personne ne peut échapper à la souillure, véritable écho au massacre d'Asnières-sur-Seine, tuerie gratuite et immonde pour un détaché de SS qui devait faire pression suite à la recrudescence de sabotage. On dit que les jeux vidéo ont déjà utilisé le thème de la guerre mondiale sous toutes ses coutures, mais à mon sens il n'en est encore rien et c'est dans les ténèbres que j'ai trouvé ma muse qui s'efface des considérations héroïques, vestige de ce que l'homme peut accomplir et continuera d'accomplir.

Et pendant ce temps sur Sociopads, on continue "d'accomplir" nos sombres articles !

 

    

COMMENTAIRES
Nilav
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Nilav
22/04/2010, 21:04
Pour compléter l'histoire, Violette Summer est inspirée d'une vraie femme franco-anglaise : Violette Szabo. Le petit village incendié (l'église) de la fin du jeu représente en fait le massacre d'Ouradour sur Glane près de Limoges. La moitié du village, essentiellement des femmes et des enfants ont été enfermés dans cette église, les vieux et les individus ne pouvant s'y déplacer ont été tués dans leur lit (nuit) le plus souvent. Vous pouvez visiter les lieux qui ont été laissés tel quel...
Violette Szabo est morte trois jours avant le massacre. Quand dans le jeu, on se réveille, sauvé par les résistants après avoir pris une balle, dans la réalité, les résistants n'ont pas pu la sauver, c'est elle qui leur a demandé de partir.
Tout comme toi, c'est un jeu qui m'a pris les tripes, l'ambiance du ghetto de Varsovie est impressionnante... et oppressante. Surtout, il n'est pas question dans ce jeu de dire que les Alliés ont été mieux que l'Axe, l'opération Gomorrhe en est la preuve : 30 000 civils allemands tués au cours d'une seule nuit.

SocioPads
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SocioPads
23/04/2010, 11:35
Ah j'étais curieux de savoir si d'autres avaient vécu cette expérience ainsi.
L'horreur de la guerre, pas de pathos, pas de facilité scénaristique (ma femme est mooorte) juste une femme qui en quelques mots me laisse pantois devant l'absurde Un incroyable purgatoire où la mort et la folie sont banalisés.

Merci d'avoir apprécié mon requiem pour un studio qui n'est plus, j'aurais aimé être témoin de ce qu'ils auraient pu créer avec plus de moyen... Et surtout merci pour les informations, elles complètent très bien l'article.

Numerimaniac
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Numerimaniac
23/04/2010, 12:03
Oui, vous m'intéressez beaucoup avec ce jeu. Dire que je l'ai vu dans un bac d'occaz et que je ne l'ai même pas regardé, mis à part la police du titre.

SocioPads
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SocioPads
23/04/2010, 19:22
C'est déjà ça !

Après je ne voudrais pas te faire gaspiller de précieux euros pour une expérience qui pourrait-être foutue en l'air par son gameplay.
L'aventure n'est pas facile à boucler, et le gameplay est approximatif. Moi je m'en tape, au contraire, mais ça peut en rebuter plus d'un. Pour te dire, j'ai considéré l'infiltration dans ce jeu comme une série de puzzles.
Pour trouver la solution idéale, je devais agir au moment opportun et dans le bon ordre. Se faire repérer signifie le plus souvent la mort.

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