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Analyse Sensuiste de Ghost in The Shell 2nd GIG : The 11 Individuals
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Analyse Sensuiste de Ghost in The Shell 2nd GIG : The 11 Individuals

Partie 1 : Kazundo Goda le réformateur
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Par Sensui - publié le
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Un dossier en trois parties concernant ce qui a mon sens reste le meilleur arc de la volumineuse saga Ghost in the Shell.

 

 

Aujourd’hui je vais vous parler de la saison n°2 de la série télé Ghost in the Shell : Stand Alone Complexe intitulée : The eleven Individuals. C’est un des nombreux arc qui composent l’ensemble de l’½uvre phare de Masamune Shirow et qui fut révélé aux yeux de tous par le premier film animé de 1995 dorénavant mondialement connu et reconnu comme culte à la fois pour sa beauté graphique mais aussi pour sa porté politique et philosophique. En cela je ne vous parlerais pas de la récente « polémique » concernant l’adaptation cinématographique sensée mettre en vedette une « Gaijin » pour camper l’emblématique Major Kusanagi – héroïne stoïque et sexy des plus charismatique de la saga – ou encore de la future tournure que pourrait prendre la série etc…

 

Non. Ce qui me pousse à écrire un billet sur cet Arc en particulier et pas sur les autres - au demeurant bien plus abouti techniquement et spectaculaire visuellement - est qu’il s’agit purement et simplement du meilleur en terme scénaristique.  Une autre des caractéristiques les plus marquantes de cette saga est aussi sa capacité a produire des histoires extrêmement bien ficelées tout en réussissant l’exploit de soulever avec brio des thèmes décisifs de notre réalité quotidienne comme par exemple le problème du vieillissement de la population dans les sociétés occidentales traité dans le troisième OAV Solid State Society ou encore d’explorer les souterrains de l’industrie pharmaceutique dans la série OAV Le Rieur. Les 11 Individuels s’attaque lui a quelque chose d’encore plus totalisant puisqu’il s’agit purement et simplement de l’Etat ! Là ou cette saison devient intéressante  c’est qu’elle aborde le sujet d’une manière aussi subversive et critique que surprenante tout en parvenant à rester terriblement crédible au regard de notre actualité bien réelle (toute proportion gardée).

Voila pourquoi dans cet écrit j’aimerais simplement revenir sur quelques points abordés dans cet ensemble et que j’ai trouvé d’une stupéfiante ingéniosité. L’auteur y revisite avec une éclatante subtilité les mécanismes politiques auxquels nous sommes constamment confrontés tout en parvenant à en soulever les contradictions les plus évidentes et les mieux connus mais qui, justement parce que bien connues ne sont pas connues…  Ce n’est pas tout les jours qu’une série d’animé propose un scénario d’une telle profondeur - bien que ce ne soit pas la raison première qui me pousse à en regarder - mais quand c’est fait avec tant d’efficacité pourquoi ne pas en profiter pour y regarder de plus près ! D’autant qu’a ma connaissance Les 11 Individuels n’est pas la partie la plus encensée de GITS, je n’ai moi-même eu que de très rares échos a son sujet avant de la voir et encore moins d’informations sur sa qualité intrinsèque qui pourtant vaut largement le détour.

 

Bien évidemment cette tentative d’exégèse contiendra de nombreux spoilers. Elle s’adresse avant tout à toutes personnes intéressés par le sujet mais pourra très facilement « gâcher » la surprise aux lecteurs n’ayant jamais vu cet arc et souhaitant s’y mettre. A ceux là je conseillerais donc de regarder la série pour revenir la lire en suite. Bien que lire cet article en premier pourrait tout aussi bien vous faciliter le premier visionnage tant les 26 épisodes regorgent de péripéties toutes plus complexes les une que les autres. Car comme dans tout bon GITS qui se respecte il est très facile de perdre le fil si l’on n’est pas attentif au vu de la vitesse du débit d’informations. Ce qui deviendra très vite fâcheux lorsqu’il vous faudra recoller les morceaux du puzzle en approchant de l’épilogue, exercice récurrent dans la saga.

 

Après cette petites intro nécessaire entrons dans le vif du sujet et posons rapidement le contexte avant d’engager toute analyse.  L’histoire se passe au Japon en 2034 deux ans après l’affaire du Rieur décrite dans la saison 1 et qui avait ébranlé le pays (je me permets de mettre en lien un petit mais excellent texte de ce cher X-K décrivant cette partie). A  la suite du Rieur un nouveau Stand Alone Complex fait son apparition concernant cette fois les « Réfugiés » réparti dans plusieurs points disparates du pays. Ces réfugiés sont en fait des ressortissants asiatiques (principalement coréens) ayant fui la guerre dans leurs pays demandant le droit d’asile au Japon et totalisant une population cumulée de 3 millions d’âmes.  Progressivement cantonnés dans des ghettos et sur une ile au sud de l’Ondo nommée Déjima, ces réfugiés sont la cible de critiques de plus en plus virulentes venants de tout bords les accusant de parasitisme…  C’est alors qu’une suite d’attentats terroristes et autre assassinas revendiqués par un groupe nommé Les 11 Individuels s’enchainent et terrorise le pays. Ces hommes ont pour réclamation la libération des réfugiés, c'est-à-dire la fermeture des ghettos et l’obtention de la citoyenneté plaine et entière pour chaque membre de cette population. C’est ici que la fameuse section 9 dirigé par Aramaki, le Major Kusanagi et son équipe entre en scène pour mener l’enquête sur cette nouvelle affaire.

 

Postulat assez minimaliste a première vu mais qui va très vite s’intensifier pour laisser place a un conflit d’ordre politique, social et économique d’une intensité telle qu’il engendrera de lourdes  conséquences  insoupçonnées pour la nation entière.

 

Cette série est dense et pour en faire la critique complète et digne de ce nom il faudrait réaliser un travail plus que conséquent, chose que je ne suis en mesure de faire par manque de temps c’est pourquoi dans un souci de synthèse et pour une lecture plus souple, je baserais mon propos sur trois personnages clé de la série dans trois articles bien distincts mais liés par un fil conducteur. Trois des personnages qui a mon sens sont les plus importants et par lesquels les éléments les plus pertinents de l’arc prennent source. Il s’agit de Hideo Kuzé, ex soldat de la paix démobilisé, de Patrick Silvestre essayiste et Kazundo Goda un haut fonctionnaire du ministère de l’intérieur rattaché au CIS. On peut tout de suite se demander quels liens peut-il y avoir entre ses trois individus que tout semble opposer à première vu. Et bien c’est ce que je vous propose de voir maintenant. Je tiens a préciser que pour les idées que je développerais ici je me baserais uniquement sur  ce qui est dit dans la série (si possible avec citation précise et numéros d’épisodes) sans tenir compte du manga (que je n’ai pas lu) bien sûr mes extrapolations et autres élucubration émanerons de mon esprits et n’auront pas vocation d’ être prises pour vérités absolues bien au contraire, l’idée étant que tout lecteur puisse développer les siennes avec sa propre compréhension de l’½uvre (et du monde) afin de débattre et de les confronter au texte le but étant principalement d’échanger.

 

Kazundo Goda le réformateur idéologue

 

De part ses fonctions au sein de l’Etat, Goda occupe une place décisive sur l’échiquier politique japonais. Une place qui lui servira a réaliser son but : Réformer l’Etat. Rien que ca ! Goda est un idéologue qui ne rêve que d’une chose, rendre aux japonais leurs paradis perdu. Il lui donne même un nom a ce paradis perdu, il le nomme Shangri la comme le légendaire Élysée oriental décrit dans moult mythes issus d’extrême orient. Mais si l’on veut être concret, de quel paradis peut bien faire allusion Goda ? Une telle chose a-t-elle déjà existé dans le passé du Japon? Nous y reviendrons bientôt. Goda est un ingénieur de génie mais qui se considère comme un linguiste de haute volée encore non reconnu a sa juste valeur par l’élite. Avant d’entrer au service du gouvernement il travaillait pour un groupe privé dans lequel il développa une technologie révolutionnaire ayant pour but de neutraliser les frappes nucléaire ainsi que les retombées radioactives a la suite de catastrophe atomique (provoquée ou accidentelle). C’est ce que le monde connait désormais sous le nom de Miracles Japonais (retenez  bien ce nom pour la suite)! Sauf que l’auteur de ce miracle, Goda, est resté anonyme et tout le mérite de sa création n’est revenu qu’a sa société voir au pays entier au regard des autres gouvernements.

Ce sentiment d’injustice est l’étincelle qui a fait naitre chez Goda un besoin de reconnaissance, un besoin d’Individualisme… Ou devrais-je dire l’une des étincelles, car la seconde n’est autre que le livre écrit par son maitre a penser Patrick Silvestre intitulé Essai sur les Révolutions sur lequel nous nous attarderons dans un autre article mais pour rapidement résumer, dans cet ouvrage l’auteur théorise la réforme de l’Etat au travers de différentes révolutions qui ponctuent l’histoire humaine et qu’il considère comme incontournables. Cet essai contient un chapitre nommé Les 11 Individuels dans lequel Silvestre revient sur un évènement (historiquement réel) survenu au japon et connu sous le nom de L’Incident du 15 mai. Vous pouvez faire une petite visite sur Wikipédia pour savoir de quoi il s’agit exactement mais pour synthétiser globalement, la chose se passe au début des années 30s alors que la grande crise de 29 continue de frapper l’économie mondiale provoquant crises sur crises aussi bien économique que sociale et par conséquent politique. Suite à cela c’est d’abord en Italie (un peu avant la crise) qu’apparait un mouvement politique qui se rependra comme une trainé de poudre un peu partout dans le monde occidentale : Le fascisme. C'est-à-dire la négation de la « social démocratie ».

 

C’est coup sur coup l’Italie, l’Allemagne, l’Espagne, le Portugal, et la Russie avec le Stalinisme qui basculent dans un nouveau régime dictatorial… Les Etats Unis, L’Angleterre et la France y échappant de peu, quoi que le Pétainisme soit souvent considéré comme un fascisme. Le Japon quant à lui, y échappe seulement en apparence (et pour très peu de temps encore) mais dans les faits, la social-démocratie est sérieusement critiquée et menacée par toutes sortes d’adversaires dont les plus dangereux pour le pouvoir en place sont les militaires (parce qu’en dernière instance c’est toujours celui qui tient les fusils qui obtient le dernier mot). C’est dans ce contexte de crise que survient l’incident du 15 mai lors duquel des éléments ultraréactionnaires de la marine impériale et de l’armée fomentent une tentative d’assassinat massive sur de hautes personnalités politiques et économiques. Une liste est établie ou sont désignés 20 personnes des plus influentes dans le milieu politique et financier pour qu’elles soient assassinées dans le but de purifier le sommet de l’Etat et d’y instaurer un nouveau régime ou l’Empereur aurait les pleins pouvoirs. L’opération n’aura que partiellement réussi (18 survivants sur les 20 personnes ciblés) mais le premier ministre sera tout de même assassiné, l’autre victime étant le directeur d’un grand conglomérat bancaire. Les jeunes auteurs des assassinats au nombre de 11 ce sont eux même rendu à la justice non pas pour quémander l’indulgence mais au contraire pour justifier leurs actes prétendant agir au nom de l’Empereur. Chose surprenante pour nous autres occidentaux, les juges, les avocats, l’audience ainsi que l’opinion publique les prendront en affection. Pour aller plus loin le tribunal chargé de l’affaire recevra plus de 350 000 lettres de la population signées avec du sang en guise de pétition pour réclamer la grâce et stopper toutes condamnations. Plus surprenant encore 11 autres personnes se sont présentées  devant les juges pour être condamnées a mort à la place des conjurés. Et pour prouver leur sincérité ils envoyèrent 11 doigts coupés dans une boite en bois témoignant de leur détermination… 

 

Contre toute attente les jeunes hommes auront su  gagner le soutient de la nation en devenant des héros aux yeux du peuple et ne subiront qu’une peine minimale pour leurs crimes (en redorant du même coup le blason de l’armée). Ce fut la première étape dans la montée de l’impérialisme japonais qui ne prendra fin qu’en 1945.

L’incident du 15 mai et la lecture qu’en donne Patrick Silvestre deviendra la clé de voute qui permet d’enclencher chez Goda sa conscience politique et du même coup son plan pour la réforme de l’Etat. Comme je le disais plus haut, Kazundo Goda est un linguiste, en tant que chef du CIS il dispose d’un budget quasi illimité pour modeler l’opinion publique à l’avantage du gouvernement  sauf que lui l’utilisera pour son propre plan personnel au lieu de le faire pour son employeur.

 

De l'Humanisme au racisme

 

La manipulation de l’information et du langage. Premier point qu’on pourrait mettre en parallèle avec ce que nous voyons quotidiennement. Pour mener a bien son idéal, Goda a besoin du soutient de la population. Selon lui aucun changement radical ne sera possible tant que le peuple n’est pas près à l’accepter. Pour se faire, il faut que la grande majorité de la population y adhère (que ce soit dans son intérêt direct ou non). Ainsi, Goda va se servir de 2 éléments à sa disposition pour faire basculer l’opinion publique dans une direction qui lui sera favorable : Les Réfugiés d’une part et le racisme latent des japonais de l’autre…

 

Par cette série d’attentats revendiqués par les 11 Individuels (dont Goda est le réel instigateur dans l’ombre) et qui prétendent agir pour la libération des réfugiés, un sentiment de peur et d’exaspération va naitre au sein de la population qui sera amenée (a l’aide d’une bonne campagne médiatique en bonne et due forme) à réclamer elle même leurs libérations et la citoyenneté pour ces étrangers. Ce qui peut paraitre contradictoire au premier abord vu qu’on est loin du nationalisme enraciné dans le c½ur des japonais que souhaite extérioriser Goda mais ce n’est que la première étape du plan. Dans l’idée, après l’obtention de leurs citoyenneté et leurs intégration dans la société japonaise, les réfugiés (devenu citoyens) seront sensés se comporter a terme comme ce qu’ils sont : Des parasites.

 

Leurs aides sociales coupées, leurs ghetto fermés, ils n’auront plus d’autre choix que de se fondre dans la population en s’insérant par le travail. Mais c’est la que le bas blesse, étant dorénavant des citoyens a part entière, plus personne n’aurait d’intérêt à les embaucher et a les payer « normalement » car jusqu'à présent, les réfugiés servaient de main d’½uvre bon marché pour la reconstruction du pays après la quatrième guerre mondiale. Dans un échange de bon procédé, le Gouvernement japonais leurs accordait le droit d’asile contre leurs force de travail a moindre coût… Ce qui permit au Capital une fulgurante remonté. Un dumping social bien connu de par chez nous avec la population issu de l’ancien empire coloniale français venu elle aussi faire du dumping social pour une reconstruction discount de la France d’après 45 (La France n’étant évidemment pas le seul pays à en profiter).

On comprend maintenant pourquoi les 11 Individuels sensés êtres anti-réfugiés commencent par demander leur libération. Sans emplois, sans aides de l’Etat, sans ghettos et vivant désormais au contact de la population locale, les réfugiés seraient forcés de se tourner vers des moyens de subsistances détournés pour  ne pas dire illégaux pour survivre. Un terreau propice au vol, à la rapine, à la criminalité et la mendicité. Par ces moyens ils montreraient ainsi leurs vrais visages aux japonais et réveilleraient  en eux leurs nationalismes jusqu'à présent étouffé par des années de prospérité économique et de propagande humaniste. Une affirmation qui n’a rien de délirante, cette situation est déjà apparue au lendemain de la seconde guerre mondiale au japon lorsque les populations asiatiques au départ forcé de travailler sur l’ile pour remplacer les hommes partis à la guerre se sont retrouvées abandonnées par le gouvernement. Une vague de criminalité submergea les grandes villes où les bandes agissaient impunément du fait que la police japonaise n’avait pas d’armes. Ces gangs d’étrangers coréens et chinois appelés « Gurentaï »  étaient d’une violence remarquable (causée en partie par le ressentiment) et il aura fallu que la pègre locale – les fameux Yakuzas – s’en chargent eux même…

 

Ici, les producteurs de l’animé donne une leçon de sociologie a bon nombre de politicards en montrant indirectement que la délinquance et le crime n’a rien de génétique ou d’idéologique mais découle avant tout de situations matérielles et sociales. Je pense notamment a l’un de nos illustres élus  (je vous laisse deviner lequel) qui osait dire très tranquillement aux heures de grandes écoutes  et sans que personne ne s’offusque que s’il y avait de la délinquance à l’école dans certaines banlieues, il fallait en dépister la cause du coté de l’ADN de ces petites terreurs… Un comble !

 

Du Terrorisme et de l'Etat

 

Grâce a sa fonction Goda va manipuler l’information et diffuser des idées prédéfinies empêchant toutes réflexions et conduisant a la facilité pour qui les absorberait en empêchant toutes remises en question du discours ambiant. J’ai pour exemple le passage ou après la scène de l’hélicoptère, Goda regarde une émission télévisée traitant des réfugiés et constate sourire en coin la bonne tourne que prend le débat publique après avoir leaké certaines (fausses) informations reprise en masse (et en boucle) par la presse. Ce qui est décris ici peut faire sourire et personne n’oublie qu’il s’agit d’un simple animé. Certes mais un animé qui se veut réaliste ou du moins crédible (dans son univers) et par conséquent qui s’inspire de la réalité.

Modeler l’opinion comme le fait Goda est l’un des sports favori des élites et cela quelques soit le régime ou l’époque. N’oublions pas que le terrorisme n’a jamais rien apporté d’autre que le renforcement de l’Etat. En effet jusqu'à preuve du contraire aucune nation n’a encore été soumise ni contrainte à des volontés externes sous la pression de terroristes. Bien au contraire l’Etat finit toujours par en tirer profit en absorbant ses attaques pour se renforcer lui-même (loi martiale, décret d’exception, loi liberticide) pour terminer par anéantir les cellules terroristes ou les empêcher d’opérer tout en renforçant son appareil répressif. Nous en avons encore un exemple tout récemment cette année même en France avec  la nouvelle loi sur la surveillance (sensée prévenir le terrorisme) qui permet désormais au gouvernement de recourir à la surveillance de masse et aux agents de renseignement de s’immiscer dans la vie privée de n’importe quel citoyen en bénéficiant d’une impunité totale et sans passer par la justice. Tout cela sans même avoir consulté la société civile pour un débat publique. Ghost in The Shell avait donc un coup d’avance sur la France mais pas  sur les Etats Unis qui dès 2001 ont lancé le Patriot Act qui correspond à notre loi sur la surveillance  mais qui en plus permet a l’Etat de décréter la loi martiale sans intervention du congrès. Toutes ses mesures répressives font suites à une chose commune: des attaques terroristes.

Les Terroristes eux ne sont désormais plus une menace et n’ont pas obtenu ce qu’ils désiraient et l’Etat lui au lieu d’être affaibli gagne en autonomie et se renforce lui même. Une force qu’il n’aurait jamais pu obtenir sans ces attentats. Autrement dit le terrorisme ne sert objectivement qu’à une chose : rendre l’Etat plus fort ! CQFD

 Goda en est bien conscient et s’appuie sur ce fait pour mener à bien son projet. Mais ce projet justement, quel est t-il exactement? J’ai posé qu’il s’agit du Shangri La d’après Goda lui-même dans une conversation qu’il a avec le major dans l’épisode 9 dont voici l’extrait :

 

Gouda: ‘[Just like my former idol, Patrick Sylvester,] I too was given a mission. That mission became my newly-found purpose in life: I was to rebuild the system known as the state.’

Major Kusanagi: ‘An advocate of state reform? Or just a guy with delusions of grandeur?’

Gouda: ‘I’ll tell you what this country is searching for right now: it’s the return to a Shangri-la way of life that’s built entirely on the backs of outsiders. Although occurring by accident, there was a period of this country’s history in which this had come to pass. Even now, those without motive yearn for this without realising it. All I’m doing is giving them what they want… I realise what my role is and it’s to be the producer of that hero. My purpose is to create an activist who will represent the unmotivated and fulfil the desire of the people. One who will give them what they crave for but are unable to put a voice to…’

Major: ‘You’re trying to manipulate and direct the general public by setting up the refugees to be an imaginary enemy of the state, an easy target. Am I right?’

Gouda: ‘It’s necessary to guide the people’s thinking, as is bending the law in order to do that. The end justifies the means, as they say. This theory applies equally to terrorists and democratic nations. (episode 9)

 

 C'est-à-dire une structure forte et cohérente capable d’encadrer un espace vital ou le japon retrouverait sa grandeur passée. Si on se base sur la bible de Goda, l’Essai sur les Révolutions de Patrick Silvestre et le chapitre sur les 11 Individuels, le modèle a perpétuer pourrait bien être le japon impérial qui nait juste après l’incident du 15 mai. Après tout durant cette époque qui va globalement de 1930 à 1945 le pays atteint sa plus grande expansion territoriale tout en gardant son homogénéité en métropole en se remettant doucement mais surement de la crise (au détriment des nations voisines) l’Empereur retrouve une certaine autorité sur le gouvernement et sur la nation et les japonais sont de nouveau fiers d’affirmer ouvertement leurs supériorité sur les autres peuples d’Asie. Cela semble correspondre à ce que Goda souhaite atteindre ou réactiver.

Mais pour que cela soit vrai, il manque quelques choses d’important : la prospérité.

Shangri La est le lieu ou la notion de pauvreté disparait du vocabulaire courant or dans le japon impérialiste les inégalités de classes persistent bien que gommées en surface par le sentiment ultra nationaliste poussé a son paroxysme. Pour ma part je pense que ce que vise Goda n’est pas le Japon impérialiste d’avant guerre mais bien une émulation du japon capitaliste d’après guerre allant des années 50 au début des années 90. Période qui voit l’économie japonaise grimper en flèche de manière exponentielle  profitant cette fois a toutes les couches de la population avec un taux de chômage frôlant le zéro absolu. Ce japon devient un exemple à suivre montré du doigt par toutes les nations occidentales qu’elles surnomment… Le miracle Japonais… du même nom que prendra plus tard l’invention technologique de Goda tout aussi enviée à travers le monde. Voyez comme s’entremêlent bien ici fiction et réalité.

 

Quand Militarisme rime avec Capitalisme

 

Avant tout essayons de bien recontextualiser le monde de GITS au moment des agissements de Goda pour donner une plus grande consistance a ce qui vient d’être énoncé. Les grands conflits militaires ont pris fin à travers le monde et le japon n’est plus impliqué militairement à l’étranger. La plus part des grandes superpuissances sont en cours de reconstruction tentant de regagner leurs rangs économique et militaire d’avant guerre. Pour le moment elles parviennent à peine à retrouver une stabilité encore toute relative mais nécessaire pour passer à l’étape supérieur. Etape supérieur qui consiste a suivre le cours logique de tout Etat impérialiste que nous avons connu au cours de l’histoire : Accroissement et expansion des puissances capitalistes et financières au niveau national puis sur le marché international, conquêtes militaires (souvent travesti en missions humanitaires) qui ouvrent d’autres marchés ou les gouvernements locaux élus démocratiquement sont renversés au bénéfice de dictatures plus coopératives sur le plan économique comme pour le cas du Salvador ou du Chili avec les USA (parmi tant d’autres exemples). Vient en suite l’inondation de nouveaux produits culturels et les nouveaux modes de consommations brisant toutes solidarités horizontales des classe laborieuses, entretenant ainsi les nations impérialistes avec le consentement même des populations cibles .

 

Mais pour le moment les grandes nations et le Japon n’en  sont pas encore à ce stade. Le temps ou les anciennes puissances impériales redeviennent impériales n’est pas encore venu. Ce qui veut dire que l’état géopolitique du monde de GITS est toujours dans une période pacifique (bien que les conflits intra-étatiques existent toujours) ou les guerres d’expansion sont arrêtées. Aucune nation en particulier ne règne encore sur le monde qui pour le moment attend toujours de tomber comme un fruit mûr dans les mains d’un pays assez fort pour le garder. Situation qui ressemble fortement au 17ème siècle ou au début du 20ème siècle quand les nations occidentales se regardaient en chiens de faïences avant d’ouvrir les hostilités et de dézinguer à tout va. L’histoire n’est jamais la même mais pourtant se répète.

 

Le plan de Goda nécessite un haut niveau de militarisation du monde et du japon pour fonctionner. Le pays a besoin de concentrer ses efforts et son énergie à la reconstruction d’un arsenal militaire conséquent et d’une armée puissante afin de préparer au mieux le prochain conflit mondial. Pour que le peuple consente à un tel changement pour passer du pacifisme au militarisme il faut une idéologie, un dogme institutionnalisé pour accompagner ce virement radical ou du moins une bonne excuse. Le gouvernement japonais ne pourra remilitariser le pays sans avoir trouvé au préalable une excuse de le faire mais avec un bon évènement appuyé par une propagande acharnée demandant obéissances, demandant plus de productivité, demandant le consentement pour une augmentation du budget militaire par le parlement bref avec une propagande démagogique basée sur la peur et la nature agressive de l’autre ca ne pourrait que fonctionner. Pour démarrer la guerre en Irak en 2003, le gouvernement Bush avait trouvé l’excuse du raffinement de plutonium dans ce pays pour lui permettre de se doter de l’arme nucléaire. Information démenti par les commissaires de l’ONU depuis mais à l’époque cela avait suffit à l’opinion publique américaine pour accepter la guerre (ce qu’ils regretteront en suite nous le savons aujourd’hui).

 

Rappelons nous encore des USA qui durant la guerre froide inondaient les ondes de propagandes anti-communiste et anti russe jusqu’aux films hollywoodiens  conduisant la population dans une frénésie McCarthyste. Dans cet état de frénésie anti-rouge le gouvernement fut en mesure de développer considérablement sa force militaire en y dépensant des sommes colossales (toujours issue des deniers publiques) durant plus d’une vingtaine d’années pour en suite partir en guerre contre des pays comme la Corée ou le Vietnam. Les USA s’étaient lancés dans une tournée macabre coutant la vie a des milliers de personnes avec le soutient populaires (qui ne dura pas éternellement) grâce a une  campagne anti-communiste qui avait préparé les esprits en amont durant deux décennies. (Signalons au passage qu’il ne s’agit pas de faire passer le peuple américains pour des barbares assoiffés de sang d’autant plus que c’était plus ou moins la même chose du coté Russe, les gouvernements respectifs de ces pays étant les principaux responsables).

 

Encore une fois pour reprendre un exemple plus proche de nous et que nous avons tous vécu cette fois, regardons comment Washington essayait désespérément d’inoculer la peur aux américains pour faire accepter la guerre en Irak (peur d’une population qui vit pourtant a des milliers de kilomètres de là) cela a prit neufs mois de campagne intensive anti-Saddam et de propagande hyper agressive anti-arabe poussant parfois presque au racisme avec ce qu’il faut de lobbying pro démocratie-libérale pour faire accepter la guerre aux citoyens américains. Même durant la guerre froide la campagne n’avait pas été aussi frénétique que durant les années 2000 ce qui eu comme conséquence un retournement de l’opinion publique qui ne soutenait plus les guerres impérialistes, notamment au Vietnam avec cette vague de mouvements contestataires (qui donna Woodstock et le phénomène hippies) cause indirecte de la défaite américaine au Vietnam avec des soldats démotivés qui ne comprenaient pas vraiment pourquoi ils se battaient à l’autre bout du monde contre des hommes qui a première vu ne leurs avaient rien fait. Résultat catastrophique pour le gouvernement de l’époque qui fut forcé de changer de Président en hâte (Watergate) et de mettre fin à la guerre en rapatriant ses soldats la queue entre les jambes. L’Etat aura bien retenu la leçon d’où une campagne plus poussée et plus étouffante pour l’Irak des années plus tard.

 

Ne jamais sous estimer le pouvoir des mots, Goda plus que  n’importe qui en est bien conscient et sait que dans la population japonaise subsiste un sentiment dormant de nationalisme et de racisme qui n’attend qu’a être émoustillé. Traditionnellement le nationalisme (dans ses aspects les plus impérialistes) sert de canalisateur aux classes les plus remuantes pour les faire aller dans le sens que souhaite le gouvernement. C'est-à-dire éviter le problème social de politique intérieur pour le remplacer par des questions de politique extérieur : un des grands classiques de l’Histoire. La guerre de 70-71 entre la France et la Prusse en est un des parfait exemple (et est loin d’être le seul). Le racisme anti-réfugiés présente ces derniers comme des barbares inhumains qu’il faut mettre en quarantaine sur l’ile de Déjima. Un bon début pour Goda car cela sous entend qu’on ne peut pas agir autrement avec eux d’ailleurs le fait des appeler « Réfugiés » et de ne pas les désigner par leur nationalité est un jolie coup de sémantique qui fait d’eux d’eternels vagabonds n’ayant pas leur place sur terre. Plus important encore cela met en place une formulation idéologique qui fait qu’on ne se réfère jamais à eux comme on le ferait pour des gens ordinaires. Et pour couronner le tout on ressort l’argument incontournable disant que les réfugiés coûtent des millions à l’Etat en taxe laissant croire aux japonais qu’ils sont la source de tous leurs soucis, ce qui fait d’eux un merveilleux bouc émissaire. Tout ceci peut nous rappeler bien des choses. Ainsi il est montré dans l’animé que le degré de nationalisme et le racisme japonais sont des éléments pouvant déclencher une situation explosive, un baril de poudre sur lequel le premier ministre est assis ne sachant pas quelle décision prendre et menant une politique balbutiante en essayant malgré tout de tenir une position centriste et modéré face a une puissante opposition d’extrême droite, ce qui en effet reste une tache bien difficile.

 

Dans un contexte pacifique a l’internationale Goda sait que le cas des Réfugiés reste sa meilleur chance de relancer un fort sentiment nationaliste en prévoyance d’une remilitarisation du pays. En prônant un retour aux valeurs nationales et anti étrangers comme dans les années 30 et en cultivant ce racisme latent, il espère faire renaitre un sentiment xénophobe  ultra chauvin déjà connu dans le passé et qui faciliterait grandement cette remilitarisation tant voulue.

Une fois qu’on comprend ce que Goda est en train de faire avec sa politique anti réfugiés dans le but de conduire le pays dans une xénophobie généralisée alors on peut clairement considérer les différents évènements qui ponctuent la série. Tous les incidents dramatiques qui se produisent paraissent enfin clairs et ont un sens (l’incident de l’hélicoptère dans le ghetto réfugié), les fausses informations divulguées par le CIS (comme la fuite volontaire du leak faisant croire aux média que les réfugiés détenaient du plutonium) ils ont tous pour but de répandre des idées extrémistes contre les réfugiés. Lorsqu’on regarde la série pour la première fois on est noyé par une montagne d’évènements qui entretiennent la confusion et empêche d’y voir clair, la revoir une seconde fois avec toutes ces connaissances sur le plan de Goda rend le tout beaucoup plus simple.

Le projet s’éclaire sous nos yeux et tout devient plus limpide : Les réfugiés ne sont qu’un groupe de parasites nuisible a la société coutant une fortune a l’Etat, ils ne travaillent pas et sont la source d’attentats terroristes alors pourquoi les garder dans notre pays ? Pourquoi ne pas les renvoyer d’où ils viennent et nous débarrasser de ce problème gênant dont nous ne tirons aucun bénéfice ?

Une fois cette frénésie chauvine lancée et une fois qu’il sera admis par tous (après que les médias est fait le travail) que les réfugiés détiennent des armes et du plutonium, l’armée japonaise pourra avoir les mains libres pour lancer un assaut sur Déjima. Attaque qui servira de thermomètre pour Goda. Si la population accepte que Déjima soit bombardée par l’armée tuant par la même occasion des milliers de réfugiés, alors c’est que la nation est prêtre à accepter la remilitarisation massive du pays a l’inverse si elle conteste ces attaques alors il faudra redoubler d’efforts au niveau de la propagande médiatique encore quelques mois pour faire basculer l’opinion publique (tout en faisant attention que l’effet inverse ne se produise pas c'est-à-dire une prise en affection totale de la population envers les réfugiés auquel cas le plan tomberait à l’eau. Tout est dans le dosage).

Le plan de Goda va encore plus loin, en divulguant la rumeur auprès de la population que les réfugiés détiennent une arme nucléaire il va faire croire au suicide collectif en déclarant qu’ils ont utilisé l’arme atomique sur Déjima par désespoir ( or qu’il s’agit en réalité d’une frappe nucléaire menée par l’allier américain) ce qui aura pour conséquence d’augmenter encore plus le sentiment xénophobe des japonais envers les pays asiatiques dont les habitants seront considérés comme barbares et créant ainsi des tension entre les nations au premier rang desquelles la Corée (pays principal d’origine des réfugiés) tension nécessaire a la remilitarisation espérée. Rappelons au passage  que de véritables tensions entre le Chine et la Corée avec la Japon sont toujours d’actualité et que le Japon vient a peine de reprendre ses discussions diplomatiques avec la Corée du Sud, discussion qui avaient été suspendu depuis 2009… Après tout si ces réfugiés sont capables de se faire exploser ainsi c’est tous les barbares asiatiques qui sont potentiellement des kamikazes en herbe (voyez l’ironie).

 

Comme on le voit dans l’animé c’est aussi un moyen pour Goda de développer une alliance plus étroite avec les USA pays recherchant lui aussi sa gloire perdu.  Le monde serait alors coincé entre deux Etats puissants militairement, d’un coté les USA possédant les dernières technologies en termes de feu nucléaire et de l’autre le Japon qui est à la pointe de la défense anti nucléaire avec le Miracle Japonais. Terreau propice a l’émergence du Shangri la

 

La Guerre froide : Une parenthèse dorée

 

Le Shanri La justement le but ultime et la raison de tout ces évènements. Voila ce qu’en dit Goda lui-même dans l’épisode 9 :

‘Although occurring by accident, there was a period of this country’s history in which this had come to pass. Even now, those without motive yearn for this without realising it. All I’m doing is giving them what they want. (Episode 9 )

 

Je disais plus haut que ce Shangri ayant déjà fait son apparition au japon et dont Goda semble se référer aurait bien pu être le japon impérialiste des années 30 du fait de l’adhésion unanime de la nation a l’idéologie suprématiste pour la pureté du grand japon rendu possible après l’incident du 15 mai. Goda ne dit jamais a quelle periode exactement il se réfère lorqu’il dit « there was a period of this country’s history in which this had come to pass”

 

Ce qui veut dire que c’est a nous de le déduire avec les éléments que l’on possède et tout mène a croire qu’il s’agit du japon des années 30 mais comme nous l’avons vu il manque un point essentiel pour que cela soit vrai : le saut qualitatif du niveau de vie.

 

 Je dis moi qu’il fait en réalité allusion au Japon d’après guerre qui nait en pleine guerre froide. C’est ce sanctuaire qu’il souhaite rebâtir. Nous savons tous que durant cette période les grandes nations industrielles ayant participé a la seconde guerre mondiale étaient dans un état d’affaiblissement suite au conflit et mettaient toutes leurs forces dans la reconstitution de leurs économies respectives. Elles n’étaient plus en mesure de jouer les gros bras a l’international comme a leurs habitudes et c’est a partir de ce moment que nous avons assisté à une vague de décolonisations avec les nations d’Asie et d’Afrique qui l’une après l’autre récupéraient leurs indépendances (du moins officiellement). Seule deux forces avaient su tirer leurs épingles du jeu l’une n’ayant pas subi de combats sur son propre sol (les USA) et l’autre ayant pu redresser la barre assez vite (l’URSS). En somme il s’agit des deux forces qui avaient pu prendre en tenaille l’Allemagne du 3ème Reich.  Elles se sont très vite partagé le monde à deux (a Yalta) tout en essayant de se piquer des parts au travers de guerres par procurations. En effet Yalta avait réglé la question de l’hémisphère nord mais pour l’hémisphère sud c’était encore le Far West et tous les coups étaient permis.

 

Cela dit bien qu’elles ne s’affrontaient pas directement ces deux nations ou plutôt ces deux empires ont investi d’immenses sommes dans le domaine militaire et technologique en vu d’un éventuel troisième conflit mondial (à ne surtout pas perdre si jamais il devait éclater sous peine de disparition pure et simple).

 

Grâce à ce statut-quo le monde occidental entrait donc dans une période de boom aussi bien économique que démographique sans précédent durant laquelle les contradictions du capitalisme cessèrent pour un temps. En France on appela cette période les 30 glorieuses. En effet les crises récurrentes, la récession et les conflits syndicaux laissaient place a la stabilité rendu possible uniquement parce que Big Brother d’un coté et L’URSS de l’autre surveillaient de près tout ce petit monde et étaient prêt a flinguer le premier qui bouge (n’oublions pas que dès l’effondrement d’un des deux, en l’occurrence l’URSS a partir des années 70, les guerres ont repris de plus belle et les crises économiques cycliques ont repris normalement leurs cours, c’est important de la rappeler pour la suite en ce qui concerne Goda). En claire une période faste ou l’économie tournait a plein régime et ou les USA comme l'URSS investissaient et réinvestissaient énormément de capitaux dans l’armement, la haute technologie et tout les secteurs qui y étaient connectés de près ou de loin en bénéficiaient. Cela fonctionnait jusqu’au moment ou l’un des deux s’arrêta d’investir, ce fut l’URSS qui la première avait épuisé toutes ses forces productives dans la lutte provoquant sa propre chute et du même coup l’hégémonie du modèle américains qui s’imposa au monde.

 

Paradise Lost

 

Le Japon quant à lui était resté le petit jardin privé des USA. Après la guerre on lui a interdit d’avoir une armée et d’investir en masse dans le budget de la défense (seule une force d’auto défense dérisoire lui était permise ce qui fait d’ailleurs toujours débat aujourd’hui). Aussi bien la Russie (défaite de 1905) que les Etats-Unis (guerre du pacifique, Pearl Harbour) avaient compris a leurs frais que ce petit pays d’extrême orient  - dont la population composée de petits hommes chétifs semblants inoffensifs -  pouvait se révéler des plus terrible  lorsqu’il avait une armée dévouée entre ses mains prête au sacrifice ultime pour le Tenno.  Il fallait donc « castrer » ce pays en lui retirant ses deux plus gros moteurs qui nourrissaient traditionnellement la nation en terme idéologique à savoir l’Armée et l’Empereur. Pour l’armée je l’ai dit, la nouvelle constitution du pays (rédigée sous la surveillance de Big Brother) interdisait (et interdit toujours) au Japon d’avoir une force militaire a vocation offensive et lui impose de renoncer éternellement à la guerre sous peine de sanction international. Premier testicule coupé. L’Empereur maintenant ? Au lendemain de la seconde guerre mondiale le tribunal militaire internationale avait programmé l’exécution pure et simple du Tenno l’empereur Hirohito, pour crime de guerre. Le but était moins de le punir que de supprimer la fonction hiérarchique suprême de l’empire du soleil levant afin d’éviter toute possibilité future du retour d’un japon nationaliste et belliqueux (très mauvais pour les affaires).  Certes, mais pendre, guillotiner ou fusiller le Tenno c’était aussi le meilleur moyen de se faire détester par toutes les couches de la nation qui vouait un culte a son souverain céleste et donc s’assurer de la haine éternelle du peuple japonais envers le monde occidental et ses gaijin… Impensable.

En plus d’un nouveau marché, le Japon pouvait constituer un allier trop précieux sur le pacifique et dans l’extrême orient ainsi qu’une place de choix pour y installer des bases militaire et autres rampe de lancement… Surtout avec ces Vietnamiens et ces Chinois qui penchaient très fortement vers le communisme et qu'il fallait donc surveiller de près…  Qu’à cela ne tienne, Paris vaut bien une messe ! On épargnera l’empereur et sa fonction mais en contre partie il perdra tout ses pouvoirs politiques et surtout métaphysiques (jusqu’avant 1945 le Tenno était officiellement considéré au japon comme fils du ciel. L’Empereur Hirohito est le premier à se déclarer « humain » parce qu’incarnant la défaite face aux gaijin se qui déclencha une vague de suicides dans tout le pays) au profit d’un premier ministre qui gérera désormais toutes les affaires courantes « à l’occidentale ». Deuxième couille tranchée…

Le japon viril, fier et belliciste est désormais liquidé. Terminé l’esprit samurai. Le sabre et le drapeau du soleil rayonnant au placard ! Place aux salarymens.

 

C’est dans cet état d’esprit de refonte totale du système que le Japon entre de plein pied dans sa période faste. Comment oublier cette défaite humiliante ? Comment oublier la déchéance de l’Empereur ? Comment oublier les bombardements atomiques sur Hiroshima et Nagasaki ? Et bien En se construisant un Shangri La… Désormais toutes les énergies individuelles et collectives seront dirigées vers un seul but commun : la construction du Shangri la

 

La nation toute entière va se transcender et faire corps pour reconstruire le pays sur ses propres ruines et arracher au ciel par la force de ses mains un bout de paradis. Un bout de paradis dans lequel elle pourra refouler ses vieilles tentations nationalistes et noyer ses pries cauchemars de la guerre. C’est la naissance du Japon capitaliste tel que nous le connaissons aujourd’hui avec une économie qui va croitre d’année en année grâce à des atouts que peu de pays possèdent. Une population travailleuse avec un haut niveau d’instruction, des débouchés dans tous les secteurs avec une main d’½uvre de qualité en masse mais surtout, un savoir faire façonnier et technique sans commune mesure permettant de fusionner travaille a la chaine et artisanal ensemble. Le Rêve de tout entrepreneur. Une des autres clé de ce succès économique est expliquée par la présence militaire américaine au Japon. En effet après l’interdiction de force militaire imposée par les USA le japon devait aussi fournir des espaces aux forces américaines (notamment Okinawa) contre sa protection en cas d’attaque. Par ce moyen les Etat-Unis pouvaient braquer les pays communistes environnant (Chine, Russie, Vietnam, Corée du Nord…) tout en préservant ses propres intérêts privés au Japon. Ainsi le Japon était le seul pays sans défense mais qui en même temps n’avait pas besoin d’armée… Cette situation insolite lui permit de s’épargner des dépenses faramineuses en armement et dans le budget de la défense (quand tous les autres pays industriels se réarmaient en masse dans un contexte très chaud de guerre froide) au profit d’autres secteurs notamment la santé, le soin, l’éducation et toutes sortes d’infrastructures publiques favorisant le bien être de la société ce qui permit de garder les contradictions du capitalisme encore plus éloignées durant un temps encore plus long.

Ce fut en somme l’émergence de l’Etat providence (qui n’a rien de providentiel cela dit) dans lequel toutes les classes de la population pouvaient sans exception et sans discrimination bénéficier de l’état de grâce dans lequel se trouvait le pays, engendrant ainsi un cercle vertueux ou en échange la population lui rendait bien par le travail et l’investissement. Le fait de ne plus avoir de budget militaire signifiait que tout le capital épargné  pouvait servir ailleurs comme dans l’aide aux plus démunies et aux chômeurs. Les ouvriers avaient enfin les salaires qu’ils méritaient et La classe moyenne s’étendait d’année en année atteignant un haut niveau de revenus pour grandir inversement au chômage maintenu à un taux quasi nul qui ferait tourner de l’½il n’importe quel politicard d’aujourd’hui. Ce qui d’ailleurs rendra jaloux bon nombre d’entre eux, la première ministre britannique de l’époque, Margareth Thatcher ira même jusqu'à insulter les japonais de « fourmis travailleuses » ce qui sera qualifié de scandaleux par là pseudo presse politique d’alors. Grâce à ces hauts revenus les sociétés faisaient d’immenses bénéfices ce qui favorisa le développement de biens d’équipements  et les technologies de pointes (les découvertes technologiques ne servant pas militairement elles furent utilisées pour l’optimisation et le développement de l’espace de vie et du travail) rendant les sociétés privées et les administrations publiques efficaces et efficientes dans leurs système de gestion notamment informatique. Ainsi durant cette période de son histoire le japon devint pour la première fois un leader dans l’exportation de produits manufacturés de haute technicité et de bien de consommations à travers le monde entier. Le pays produisait les biens pour en suite les livrer en occident y compris aux USA même ou ils étaient consommés en masse…  Les rôles s’inversaient car au moment du pacte il était prévu que ce soit principalement le Japon qui devienne un nouveau marché pour les Etats-Unis pas l’inverse. L’économie japonaise n’a pas seulement fait un bon ponctuel mais un bond perpétuel qui se prolongea dans le temps étant donné que les grands pays exportateurs ressentent moins fortement les crises que les pays importateurs. Aux USA la crise commença dès les années 70 avec le premier choc pétrolier et pourtant elle mis des années avant de s’échouer sur les plages du Japon…  

Cette fulgurante ascension économique qui profitait enfin à tous*, dans les grandes mégapoles comme dans les plus petits villages a continué pendant des décennies au point que le Japon devint la deuxième puissance économique dès la fin des années 60 juste derrière le grand frère Américain. C’est ce que tous les observateurs économiques de l’époque ont appelé Le Miracle Japonais.

Shangri La était devenu une réalité.

Voila ce que Goda rêve de reconstruire en renouvelant ce pacte avec les Américains. Le groupe terroriste des 11 Individuels qu’il a créé ainsi que les Réfugiés ne sont que des pions à sacrifier pour permettre au plus grand nombre de revivre cette ère de prospérité qui fut une vraie réalité. Goda vise même mieux car non seulement il va rendre au Japonais ce paradis perdu mais en plus il leurs rendra aussi leurs couilles : Une armée forte (ce qu’il est sur le point de réaliser vers la fin de la série) et un nouveau héros symbolique.

Mais qui peut bien être ce nouvel héros ? L’empereur lui-même ? Nous partirons à la rencontre de ce héros dans le prochain article.

A plus !

(*Cette période d’opulence et de prospérité perdura au japon jusqu’au début des années 90 c'est-à-dire environs 20 ans de plus que dans les autres pays du nord là ou les contradictions classiques du capitalisme sont réapparues beaucoup plus vite. A partir de cette période le Japon entra dans une crise qui perdure encore aujourd’hui même au moment ou j’écris ces lignes et pour la première fois depuis très longtemps les japonais font massivement connaissance avec quelques chose qui nous connaissons bien ici : Le chômage).

 

 

 

 

 

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