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Géopolitique et jeux-vidéo

Le cas Street Fighter II
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Par wross59 - publié le
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Sélectionné par la rédaction

Les opinions et vues exposées dans les articles lecteurs ne reflètent pas forcément celles de la rédaction de Gameblog.

Bonjour, je vous présente un premier article sur l'influence de la géopolitique (étude des rapports de force sur un territoire) dans le jeu-vidéo. Le sujet se limite à une étude de cas : celui de Street Fighter II.

La géopolitique est l’étude des rapports de force sur un territoire défini. S’il y a bien une période où les rapports de force influençaient les médias, il s’agit bien de la période de la Guerre Froide.

La guerre froide a été le théâtre d’un conflit idéologique entre les Etats-Unis et l’U.R.S.S. D’un côté l’idéologie capitaliste, démocratique, libérale portée par les Etats-Unis, de l’autre l’idéologie communiste de l’U.R.S.S. Chaque bloc se diabolisant l’un l’autre à travers la propagande. Elle est multi-forme, course à l’espace, affiches, radio, télévision, cinéma. 

Le cas du cinéma

Le cinéma est alors un média mur après la seconde guerre mondiale car abondement utilisé dans les années 30 dans les dictatures Nazi et Staliniennes.

Après la seconde guerre mondiale, c’est surtout Hollywood qui s’engage dans la bataille. Dans les années 50, la lutte idéologique entre les deux camps est évoquée métaphoriquement à travers la science-fiction. L’exemple le plus emblématique est la « Guerre des mondes » de Byron Haskin en 1953. Tout y passe science-fiction, films d’espionnage (James Bond), satyre politique (le Docteur Folamour de Stanley Kubrick). Après des années de doutes dans les années 70, les années Reagan signent le retour des films ouvertement « anti-rouge », la série Rambo vous en convaincra.

On se convaincra de la propagande évidente du Blockbuster des années 80, Rocky 4 :

Le film fait référence au conflit entre le colosse Russe et Rocky défenseur des valeurs américaines que sont le Melting-pot (Rocky Balboa est issu de l’immigration italienne) et l’accès au rêve américain.

Et le jeu vidéo ?

A la différence du cinéma, le jeu-vidéo n’était pas un média mur comme aujourd’hui (l’est-il encore pour les journalistes ? C’est un autre débat). Pourtant, comme au cinéma, ce jeune média n’a pas été épargné par les luttes d’influence.

Une question se pose à nous, si la propagande est évidente pour le cinéma, l’est-elle pour le jeu-vidéo ? S’agit-il d’une propagande voulue ou était-elle inconsciente recopiant simplement les codes du cinéma qui avaient cours ?

Pour répondre à cette question, il convient de fonctionner par étude de cas. J’aimerai pouvoir approfondir, me questionner sur les références des créateurs de chaque œuvre vidéo ludique mais je manque de temps. Surement étofferai-je cet article avec le temps.

Le cas de Street Fighter 2

Le test s’est déroulé sur émulateur pour les captures d’écran. Je possède bien entendu les cartouches sur Super-Nintendo. Pour les plus curieux, le test est celui de la version TURBO.

Pourquoi m’intéresser à Street-Fighter ? Car les références géopolitiques ont évidentes. Alors prenons notre cartouche et démarrons une partie.

La world-map

Intéressons-nous à la world-map. Dans le contexte de l’époque, Street-Fighter n’offrait pas une vision cliché du monde par rapport aux références de l’époque. L’aspect stéréotypé nous est évident aujourd’hui. Mais Street-Fighter 2 se démarquait pas la variété de ses stages et leur qualité graphique pour un jeu de combat et sortait des stéréotypes de l’époque.

La carte est centrée sur le Pacifique. Le continent asiatique est surreprésenté (5 STAGES SUR LES 11 du jeu).  La carte offre une vision  assez réaliste pour l’époque de la situation géopolitique à la fin des années 80. URSS, CHINE représentent le monde communiste, on note la surreprésentation des U.S.A (trois stages) et du Japon (deux stages). Trois grandes puissances à l’époque dominaient les USA, l’URSS, le Japon. L’Europe reléguée à l’exotique Espagne. L’Afrique est absente et ne semble pas échapper aux représentations malheureuses du continent: la girafe et l’éléphant. L’Inde, la Thaïlande, le Brésil représente les SUD, fidèles à la démarcation entre une moitié NORD développée et industrialisée et le SUD, sauvage, exotique.

 Si vous choisissez Guile le premier combat se fera contre Zangief. Etrangement après un reset de la console, le choix de l’adversaire semble aléatoire. Mais après une extinction complète de la console, le choix se portera sur Zangief.

Des stages stéréotypés

Prenons le stage du personnage Zangief, en U.R.S.S. Le stage prend place dans un décor industriel, vieillissant et inquiétant, il s’agirait d’une aciérie à Birsk.

 Au sol, la faucille et le marteau symbole du socialisme. Des ouvriers observant le combat et criant, encourageant les combattants. L’un d’eux descend allègrement une bouteille de Vodka. Deux autres sprites semblent être des Officiers en tenue afganka, une tenue de campagne adoptée après l’intervention en Afghanistan en 1984, il s’agit de la version hiver. Les inscriptions en Russe « ATTENTION ! » « Interdiction de regarder » renvoient à la censure soviétique

Le personnage

Le personnage de Zangief est très intéressant, il est une métaphore à lui seul de la vieille U.R.S.S. Zangief, le colosse soviet[1], se bat dans une aciérie, il est un des seuls personnages n’ayant aucune attaque magique. Alors que Guile ou Ken ont leur fameux coup « demi-cercle vers l’avant + poing », le colosse russe n’utilise que des mouvements de lutte. Les coups de Zangief sont de courte portée, ce qui provoque un certain dédain pour ce personnage chez les joueurs. N’avez-vous jamais entendu un ami vous provoquer en disant « Je peux te battre même avec Zangief » ce qui équivalait à dire « je suis imbattable ».

Les fins

Les « endings » du personnage sont emblématiques.

« Passant à l'analyse idéologique, je ne pouvais pas laisser passer inaperçu le moment le plus excitant du jeu: la fin. Ken Masters et Guile, ont une fin très traditionnelle et conservatrice, et en accord à la morale bourgeoise. La première se marie et le second est dans une maison confortable avec sa famille

.

En revanche, le combattant soviétique a une fin plus curieuse. Le jeu le plus populaire de la série, Street Fighter II, est sorti en 1991, l'année qui, par coïncidence ou pas, marque  la fin de l'Union soviétique. Après avoir remporté le combat, un hélicoptère descend apportant un homme dans un costume. L'homme, appelé par le lutteur "grand chef", remercie le  camarade Zangief pour ses bonnes actions en faveur des soviets. Peu de temps après cela (et c'est le plus impressionnant) le «grand leader» (appelé dans les versions ultérieures du jeu "ex-président") danse avec le combattant.

 

C'est une référence quasi explicite à l'ancien secrétaire général du Parti communiste de l'Union soviétique, Mikhaïl Gorbatchev, responsable de la réforme politique et économique qui a fini dans l'ouverture du socialisme soviétique. En faisant cela, les créateurs du jeu "célébrent" ou même se moquent du modèle socialiste, déjà en décomposition. Pour ceux qui ne sont pas convaincus, comparez la capture d’écran avec la photographie. »[i]

 

Conclusion :

Les stéréotypes très présents dans Street-Fighter 2 semblent refléter une vision très orientée des rapports de puissance au début des années 90. L’U.R.S.S  est présentée sur le déclin, les créateurs célèbrent la puissance du modèle économique américain et japonais. Le traitement des personnages, des stages, la carte du monde rassemblent les codes de la propagande du cinéma. Le jeux-vidéo n’est donc pas épargné. Difficile de cerner les intentions des créateurs de Street-Fighter ? Personnellement, les références géopolitiques dans Street-Fighter 2 servent avant tout à donner un background cohérent au joueur et des personnages auxquels on peut s’identifier facilement. La vision qu’offre Street-Fighter 2 de l’U.R.S.S était en accord avec l’opinion commune, le bloc soviétique était au bord la rupture. La fin du monde soviétique annonçait un monde multipolaire dominé par la superpuissance américaine et un sud émergeant (La Chine, l’Inde, le Brésil, la Thaïlande). Et l’Europe ? Rien de choquant à son absence, l’Europe se limitait à un espace de lutte d’influence entre le bloc soviétique et occidental, la C.E.E amorçait son union monétaire et une crise majeure s’amorçait à ses portes en Yougoslavie.

 Cette vision déformée du monde est d’ailleurs pour certains encore d’actualité : http://nadegemambe.over-blog.com/article-le-monde-vu-par-les-usa-74260484.html


Sources :

 

[1] http://everything2.com/title/Ethnic+Stereotypes+in+Street+Fighter+2

1http://bhumanas.com/2012/04/03/street-fighter-and-cold-war/

 

 

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