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« I am a machine » : le jeu vidéo robotise l’homme ?
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« I am a machine » : le jeu vidéo robotise l’homme ?

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Par Poisan - publié le
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Qu'est-ce qui fait que, quand on joue à un jeu vidéo, on réfléchit, on agit et on intègre les choses différemment de n'importe quelle autre situation ? Qu'est-ce qui nous transforme ?

 

Le jeu musical comme symbole du principe d’automatisme

Depuis Parappa the Rapper et jusqu’à Guitar Hero 5, les jeux musicaux ont creusé sans complexe le caractère mécanique et automatique du jeu vidéo. Ce genre de titre propose une interactivité très limitée puisqu’on ne fait, finalement, que jouer pour voir la suite, ou plutôt jouer pour entendre la suite – s’assurer de la bonne continuation de la séquence musicale. C’est précisément ce qui engendre plaisir et frustration.

Au centre du jeu musical, il y a l’interface : que ce soit une fausse guitare, de fausses congas ou autre chose. L’instrument n’est qu’un prétexte, ce qui peut rebuter certains (cf. Versus #07 où AHL explique qu’il n’y a aucun intérêt à jouer sur une fausse guitare). La manette habituelle est remplacée par une guitare mais celle-ci n’est qu’un simulacre : l’objet ne se joue pas comme une vraie guitare. Il suffit d’appuyer sur les touches. Les variations, digressions stylistiques, libertés prises par le joueur qui feraient, sur un instrument, la prouesse musicale sont ici sanctionnées par l’ordinateur. Seul compte l’application envers une parfaite redondance avec le programme.

En réalité, à travers son interface physique et ses accessoires, le jeu musical cultive la contrainte physique imposée au joueur. La guitare est un défi pour les doigts : ça n’a plus rien à voir avec l’instrument d’origine, mais elle force à faire une gymnastique ultra contraignante physiquement, de la même manière que Dance Dance Revolution fait suer et augmenter la cadence cardiaque. Cette dimension sportive engendre une quête de perfection, de professionnalisation (cf. les fanclubs Dance Dance Revolution), voire d’automatisation.

Ceci est le propre du jeu musical, mais la question du rythme semble – elle, en revanche – beaucoup plus universelle. En faisant intervenir le rythme comme fondement du jeu et en l’associant aux réflexes du joueur, le jeu musical met en évidence un point essentiel du gameplay classique : le rapport mécanique, l’assimilation d’automatismes et le formatage de l’action ludique. Jouer à un jeu vidéo, ce n’est pas seulement s’adapter à une interface ; il faut calquer son geste sur le tempo de la machine.

 

Comment battre Super Mario Bros.

Un groupe d’artistes contemporains travaillant sur les jeux vidéo, le Radical Software Group, a élaboré un projet appelé « How to win Super Mario Bros. » qui reprend une partie complète du classique de Miyamoto. Ils ont enregistré la pression exercée sur les touches par quelqu’un qui joue au jeu et fait un speed run.

De cette expérience, une transcription écrite extrêmement précise a été tirée, sorte de tablature ou partition musicale qui, selon une très faible unité temporelle, précise quelles touches sont pressées à chaque instant. La partie peut donc être lue sur le document, qui correspond au programme parfait, à l’agencement idéal, à la fusion que doit opérer le joueur avec la machine pour gagner.

Le joueur doit se plier au rythme du jeu, s’accorder avec la machine jusqu’à ce qu’il n’y ait plus qu’un seul mouvement. Dès lors, le terme de jeu ne désigne plus du tout une latitude de mouvement ; il correspond à un processus d’aliénation, voire de soumission.

 

Rituels et automatismes dans Zelda

Ce que cherche à montrer une expérience comme « How to win Super MarioBros. » , c’est que tout gameplay est défini par un processus de répétitions et d’automatismes. Le jeu présente au joueur des motifs d’apprentissage redondants qui travaillent à l’intégrer au sein du système de jeu. Cette assimilation se fait selon une série de paliers, de récompenses ou de punitions. Chaque jeu possède sa propre façon de gérer ces paramètres, et c’est ainsi que s’organise sa forme ludique. D’une loi peut éclore un rituel de jeu, suivi maintes et maintes fois par le joueur comme unique but de son action.

Dans un donjon de Zelda, par exemple, la progression du jeu se déroule toujours de la même manière : il faut d’abord trouver la carte qui indique l’aménagement des lieux, puis la boussole qui donne l’emplacement des trésors, puis l’arme spéciale qui permet de franchir certaines pièces, et enfin la clé en or qui ouvre le chemin menant au boss. Les donjons se succèdent, différents dans leur architecture mais similaires dans leur consignes de progression. Cette logique ludique (carte + boussole + arme + clé = boss) devient un principe fondamental de la jouabilité d’un Zelda, si bien que le joueur qui découvre un nouvel épisode de la série et qui a déjà intégré ce mécanisme auparavant ne sera pas dépaysé. Son jeu est déjà affûté, il a sa place dans le monde interactif de Zelda.

Autrement dit, le jeu force à réfléchir différemment, de façon systémique et intuitive.

 

Être ou ne pas être un no-life

Si le terme de no-life est apparu à l’ère des MMORPG, c’est sans doute parce que ces jeux fonctionnent en partie selon un système de leveling. Après Super Mario Bros., le Radical Software Group s’est aussi attaqué à World of Warcraft, en réalisant « How to play World of Warcraft ». Sous forme d’organigramme, ils y résument en quelques schémas les quêtes à mener pour devenir le joueur ultime. Ça paraît simple comme ça.

Ce que le schéma laisse de côté, c’est précisément le temps passé, le leveling et l’expérience de jeu qui en font tout son intérêt. World of Warcraft apparaît alors comme un système relativement simple, et plus du tout une addiction de no-life. On est aux antipodes de ce qui est montré du doigt dans le célèbre épisode de South Park où Cartman et ses amis se liguent et passent des milliers d’heures à pourfendre les plus faibles ennemis du jeu (d’insignifiants sangliers) pour faire monter leur niveau d’expérience, très lentement, mais sûrement.

Lorsqu’on passe son temps à répéter les mêmes actions devant un écran, on ne sait plus très bien où se situe le plaisir et où commence l’addiction. La question de savoir si c’est émancipateur ou aliénant, louable ou néfaste, profitable ou dangereux ; cette question éthique est au centre des débats qui agitent les sphères médiatiques au sujet des jeux vidéo.

Le débat peut encore durer longtemps. Personnellement, je le trouve déplacé et schématique, parce qu’il ne prend plus en compte l’idée de plaisir qui découle de cette dépendance automatisée du joueur. Il n’est pas formulé autour des mécanismes de jeu, mais seulement de leur effet à posteriori. Et surtout, il est bardé de clichés. Après tout, pourquoi un joueur compulsif serait-il plus no-life qu’un rat de bibliothèque ?

 

 

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