est à vous

Minecraft : mère nécessité

de la vulnérabilité à la mégalomanie
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Par Numerimaniac - publié le
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Récit d'un joueur qui fait la connaissance d'un monde nouveau : Minecraft. De la vulnérabilité la plus totale aux débuts, à la mégalomanie la plus folle. Ce qui n'est pas sans certaines conséquences...

Article initialement publié le 30/11/2010 sur Numericity.fr

Je suis ébloui par le soleil, j’entends ou j’imagine le son de l’eau. Je suis sur la plage, naufragé d’un Nouveau Monde qui s’appelle Minecraft. Mes premiers pas en tant que Robinson sont hésitants et gravissent une première butte qui débouche sur une plaine et quelques collines environnantes. Je me retourne un instant et je ne vois que de l’eau, à perte de vue. De l’autre côté, je contemple ce monde encore vierge, les quelques animaux qui gambadent et sautent de façon erratique... Ce monde est composé de blocs, régi par des règles et des liens complexes dont je ne sais rien encore, ou presque. Le soleil s’invite dans mon champ de vision, et me rappelle la seule et imprécise règle que je connaisse ici : la nuit venue, un danger émane de l’obscurité.

J’explore sans méthode, indécis. Trouver un endroit suspendu ou s’enterrer ? Je tourne en rond et un renfoncement naturel dans la roche m’encourage à l’adopter comme abri. Inconsciemment, j’opte pour un choix réalisé par l’homme il y a des milliers d’années, avant même que son histoire ne commence. En premier habitant de ce continent vierge, je pose les premières minces bases de ma civilisation. Le creux dans la roche est imparfait, à peine mieux qu’un ombrage. Il me faut creuser mais après avoir déblayé la terre, mes mains se buttent à une roche bien plus résistante. Le soleil est déjà à moitié derrière une montagne. J’ai besoin de creuser, c’est ma nécessité. Le bois des arbres se laisse domestiquer et je le recueille. Il me faut construire. A force de manipulation artisanales, je transforme le bois en planches, puis de planches en bâtons, hélas toujours aussi inefficaces contre le roc. Je pense à l’acquis de ma propre civilisation, seule transmission dans ce monde, et je cherche les bases, pour finir avec en mains une pioche de fortune : en bois. Fragile, peu efficace, elle brise néanmoins la pierre. Me voilà à progresser dans la matière. Je m’arrête, surpris, lorsque je me retrouve rapidement dans le noir le plus total, inquiétant. L’abri est assez grand, mais la nuit se prépare à surgir en silence. Le ciel se parsème déjà d’étoiles et mon inquiétude est à son paroxysme. Je suis si vulnérable. Au loin, il m’arrive de confondre un porc ou une vache avec une créature mortelle issue de mon imagination. J’arrête ma construction et entreprend de m’emmurer avec la roche brisée pour passer la nuit en espérant que cela puisse entraver la progression de je ne sais quoi. Je ne laisse qu’une fenêtre en hauteur, pour regarder le ciel et attendre avec impatience un nouveau jour.

 

Il fait nuit noire. Quelques pas, puis une plainte gutturale soudaine et puissante. Mon sang se glace et pétrifie mon être. Des plaintes avides, des tintements d’os, des pas lourds rodent autour de mon abri. Je regarde le ciel et ses étoiles qui progressent doucement. Je reste crispé, presque les yeux fermés, attendant de recevoir un coup ou une morsure mortelle. Dans l’obscurité, les râles si présents dessinent en face de moi les peurs primales et viscérales de mon enfance, à quelques centimètres, qui m’attirent et m’emporteront à coup sûr dans leur enfer. Je me résigne. Pourtant, petit à petit, la petite fenêtre passe du noir d’encre au bleu profond, avant de passer à du gris puis de l’azur dissimulé derrière une brume… matinale, enfin. Les sons étranges persistent encore, mais perdent leurs effets hallucinatoires. En effet, par ma fenêtre, un rayon de lumière balaie mes inquiétudes en révélant un abri sécurisé.
Une fois évanouis les bruits inquiétants, je détruis les parois pour retrouver l’extérieur. Le jour est déjà quelque peu avancé, que je situe en milieu de matinée. Cette terrible me nuit me pousse à me promettre de ne plus jamais connaître cela à nouveau. La course du soleil, en épée de Damoclès, me contraint à me dépêcher. J’ai la ferme intention de ne pas revivre cela deux fois.

 

Groggy, je fais quelques pas dans une nature qui se laisse approcher seulement de jour me laisse entrevoir quelques tâches sombres sur un pan rocheux à quelques mètres en contrebas, dans une sorte de dépression rocheuse. Doté maintenant de pioches auxquelles j’ai ajouté une pièce de travail en pierre, mon travail en est que plus aisé. Les tâches sombres sont du charbon… et je crée le feu, pour la première fois, en le combinant à mes bâtons qui deviennent torches. Émerveillé par cette invention primaire mais fondamentale, un vent d’espoir me traverse. Je continue mon exploration à travers les ténèbres de la croûte terrestre. Méthodique, je dégage des ressources que je ne peux pas encore utiliser, du fer, de l’or même. Je crée un vaste escalier et rogne la roche qui viendrait rendre ma fuite plus facile. Le jour commence à diminuer.
Avec les centaines de blocs de roches extraits, je m’attèle à la construction d’un fort rudimentaire, rectangulaire, suffisamment éloigné de parois qui permettraient à des ennemis d’entrer. Plus encore, comme pour conjurer un mauvais sort avec de l’eau bénite, je badigeonne mon fort de torches par dizaines, pour exterminer ne serait-ce qu’un coin d’ombre, autant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Les gémissements reviennent hanter mes nuits, mais je reste stoïquement à l’abri, à manipuler tout ce que j’ai pu ramener lors de mes journées de labeur, éclairé par les faibles flammes vacillantes. J’associe mes blocs divers – mes matières premières – issus autant des entrailles de la terre que de la surface, dans la nuit, sous les lancinants rugissements des créatures. Des objets parfois inattendus surgissent des manipulations : des bols, des casques, une ébauche d’escalier… mais aussi des épées, des coffres, des échelles, des pancartes.

 

Mes progrès s’accélèrent et rapidement, mon petit fort prend de l’ampleur. Des plans pour l’avenir s’esquissent, la peur s’éloigne et mon goût du beau, de la grandiloquence guident l’essence et la forme de mes créations. Avec la roche extraite, j’ai entrepris une annexe plus grande que mon actuel habitat. Plus encore, marchant dans les pas de la mégalomanie humaine condamnée par les instances divines, j’érige ma tour, mon phare, un point de repère nécessaire pour des expéditions de plus en plus lointaines. Sur ses quatre façades, je place des torches en nombre pour que leur faible lueur combinée luise dans le noir. Me rêvant démiurge, mon environnement change. Je le gère, je le maîtrise, je le domestique. Et il m’obéit.

 

Porté par cette fièvre créatrice qui excite mon orgueil, celle-ci ne peut être réalisée qu’en creusant de plus en plus profond dans la terre, mère de mes désirs. Cette descente enthousiaste s’arrête soudain lorsqu’un courant d’air me glace le sang et m’arrête dans mon frénétique labeur où l’on n’entend que le métal frapper la roche. J’avance encore et encore, m’enfonce dans l’obscurité qui compose la matrice de mes futures naissances. Un bruit d’eau s’écoulant entre des roches sombres guide mes coups de pioches pour soudain déboucher en surplomb d’une cavité d’une grandeur et d’une complexité qui me tord l’estomac.
Un espace naturel grandiose et anonyme, perdu dans les confins de la terre se présente à moi. Je me retourne un instant, regarde mon escalier titanesque se perdre dans une perspective m’hypnotisant, où le point de fuite n’est même plus le point du jour, si loin. Je réalise, au fond de mon forage, ma petitesse, moi qui construis de si monumentaux bâtiments. J’explore l’endroit sans méthode, indécis. Je déambule, avec l’impression de tituber, pris par le vertige des profondeurs. Je me sens impuissant à maîtriser tout cette espace qui m’environne, ces gisements de différents métaux qui s’offrent à moi, ces torrents d’eaux qui circulent en formant une grande rivière, ces improbables architectures rocheuses dont résultent des ponts dangereux. Je fiche sur les parois et sur le sol mes quelques torches en réserve, mais semblent impuissantes devant l’écrasante voûte noire. L’obscurité se répand et m’enveloppe d’un linceul. D’alcôves surgissent des pas lourds et maladroits, suivis de râles avides. Je me sens vulnérable, je scrute le néant, une épée en main. Loin de mes terres matées par ma volonté, me voici en face de mon ambition prête à me dévorer aux portes de l’enfer. Un désir de repentir étreint mon cœur qui s’affole. Comme un enfant, le noir me fait peur, à nouveau.

 

Numerimaniac (Alexis)

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